La position « sédévacantiste », ou la fidélité à la
Tradition
La Synthèse est le pire de tous les moments de la Modernité, parce qu’elle offre à ceux qui s’étaient
viscéralement identifiés avec l’opposition à l’antithèse la réalisation de leurs « revendications ». Désormais, les partisans de la thèse, qui avaient fait figure de dissidents
voire de martyrs semblent triompher. Nous disons semblent, car en réalité ils sont trompés aussi bien que les partisans de l’antithèse ; en effet, le propre de la Synthèse étant de
ne pas « retomber dans les vieilles erreurs » de la thèse que sont l’exclusivisme et le mépris, afin de réconcilier thèse et antithèse, la Synthèse amène les deux à une entente commune
au nom d’un objectif supposé les transcender,
dont le mot d’ordre est « l’unité dans la diversité », expression chère à l’actuel chef de l’église conciliaire.
Tout ceci apparaît très clairement dans le texte qui aura marqué le début de ce siècle – que l’on pressent
atroce –, le « motu proprio Summorum pontificum » du 7 juillet 2007. Alors que les partisans de la thèse croient naïvement à un « retour de la tradition » et
extrapolent en y voyant l’interdiction d’« abus liturgiques » qui n’en sont pas, la réalité de la Synthèse leur fait parcourir un
cheminement pédagogique fort apte, non pas à les faire entrer en Modernité (car ils sont déjà intrinsèquement modernes, ne serait-ce que par leur identification illusoire de la thèse avec la
Tradition), mais à leur faire comprendre que ce qu’ils avaient pris pour une aberration n’est autre – et il est capital de considérer cela très sérieusement – que la volonté du Christ qui ne
laissera pas les portes de l’Enfer prévaloir contre son Eglise. La conclusion qui s’impose à l’esprit du traditionaliste conséquent est que l’apostasie ne consiste pas à adhérer à une église
qui a rompu avec la Tradition pour s’ouvrir à la Modernité, mais à refuser cette même Modernité au nom de la Tradition.
Il comprend alors qu’il ne faut pas croire que l’Eglise ne dit que la vérité, mais que tout ce que l’Eglise dit est la vérité – nuance fondamentale, qui, une fois assimilée, lui permet de
résoudre les antagonismes irréductibles qu’implique le principe traditionnel de non-contradiction.
Ainsi, il est à même « d’interpréter le concile à la lumière de la tradition », expression désormais
consacrée, qui permet de résumer l’effort (apparent) de la Synthèse. Là encore nous disons apparent, car la Synthèse est une nécessité, sa possibilité tenant au principe selon lequel la
cause finale est contenue dans la cause première ; la Synthèse, souvenons-nous-en, n’est que l’aboutissement de la finalité en vue de laquelle la Modernité a été amorcée – donc elle est
contenue en germe dans la thèse.
D’où son apparente – et « préoccupante », pour l’antithèse – affinité avec elle. D’ailleurs la logique de cette conclusion est renforcée, par le fait que, la Tradition étant la vie de
l’Eglise, d’une part, il est aussi impie qu’absurde de vouloir préserver la Tradition contre l’Eglise, et de l’autre, vouloir « interpréter le concile à la lumière de la tradition »
est… un truisme, puisqu’il est le produit même de la Tradition ! Les traditionalistes sont donc, en réalité, de bien pauvres gens à l’esprit très étroit, qui s’affranchissent péniblement des
œillères de leur orgueil, pour parvenir laborieusement à des évidences… communément et spontanément admises par tout un chacun. Néanmoins, ils sont psychologiquement très utiles, parce qu’ils
servent à donner de la stabilité aux néo-modernistes, toujours enclins à « vendre la mèche ».
On a toujours besoin de « gens sérieux » pour faire bon effet. N’est-ce pas le rôle des « idiots utiles » déjà évoqués ?
En effet, s’ils comprenaient que « la lettre tue mais l’esprit vivifie », ils cesseraient de prendre
pour des abus la mise en œuvre de l’esprit de la nouvelle liturgie ; ils ne comprennent pas qu’il n’est d’abus que lorsqu’il y a règle intangible (comme dans la Messe de saint Pie
V) ; or, comme le « concile » fut, d’une part « pastoral », c’est-à-dire qu’il visait « le vécu concret » des hommes, et de l’autre, une ouverture au monde – et
donc l’instauration d’une perméabilité à l’esprit du monde, il va de soi que la nouvelle liturgie n’est plus astreinte aux règles intangibles et extrêmement contraignantes de l’ancienne. On
n’interprète pas un concile « pastoral » avec les catégories d’un concile normal.
Il apparaît donc que les traditionalistes, non seulement se trompent et méconnaissent l’œuvre du Saint-Esprit,
lorsqu’ils transposent après « Vatican II » les règles et la forma mentis en vigueur avant lui, mais encore – et partant – font preuve d’un manque total de charité envers leurs
frères en humanité, ainsi que d’une peu édifiante dureté de cœur, qui donne libre cours à la critique des partisans de l’antithèse, qui voient souvent fort justement les faits, puisque, eux au
moins, sont perméables au monde et indulgents envers ses misères, étant en cela – et quels que puissent être leurs « excès » par ailleurs – pénétrés de l’esprit du concile « Vatican II
». Ce n’est que dans cette perspective que, par exemple, le discours des « évêques » de France et leur mise en garde contre l’esprit de schisme sous-jacent chez de nombreux partisans de
la « forme extraordinaire », cessera de résonner aux oreilles de ceux-ci comme une impertinence (!) et une moquerie cynique. Loin d’être une rébellion, c’est en réalité le discours de
leur église, qui fait écho à l’intention de leur pape, qui veut moins « rétablir » la Tradition qu’intégrer ses partisans dans le pluralisme rituel d’une église
unifiée.
Nous en donnons pour preuve que les évêques sont, eux aussi quoique d’une façon moins spéciale, assistés habituellement par le Saint-Esprit. Pourquoi les clercs et laïcs qui les reconnaissent
comme valides et légitimes, et qui, de ce fait, leur sont hiérarchiquement inférieurs, seraient-ils plus « éclairés » qu’eux ?
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Le lecteur aura compris que nous nous sommes placés, afin de la comprendre de l’intérieur, du point de vue
interne de l’église conciliaire. Evidemment, tel que nous l’avons exposé, il repose tout entier sur la double erreur que tout ce que dit l’Eglise devient la vérité, et que la
tradition est de facto la vie de l’Eglise. En effet, l’Eglise est l’organe de la Vérité, qui est Jésus-Christ, dont elle est l’Epouse immaculée et le Corps mystique ; la Vérité
lui est antécédente (sinon antérieure), et c’est une absurdité que de penser que la Vérité n’est pas immuable. D’autre part, la Tradition n’est pas la vie de ce que l’on voit être de
facto l’Eglise militante (qui n’est qu’une portion du Tout infrangible qu’est l’Eglise totale), mais la réception ininterrompue du dépôt confié par le Christ à ses Apôtres, à savoir, en un
mot, Lui-même. La Tradition est le contenu de la Foi : or, « ce que l’on croit vient de ce que l’on entend », non pas n’importe quelle parole proférée par les autorités de
l’Eglise (qui cessent de l’être si elles deviennent hérétiques), mais « ce que l’on entend venant de la Parole de Dieu », c’est-à-dire de Jésus-Christ, par la bouche de son Vicaire,
qu’il utilise comme sa propre bouche, et qui donc ne peut ni mentir, ni errer ni tromper les fidèles.
Aussi convient-il de répéter que la Tradition est la vie de l’Eglise, et non qu’elle est la vie même de
l’Eglise, ce qui ne possède absolument pas le même sens. Dans la première affirmation, on dit que la vie dont vit l’Eglise est toute surnaturelle – d’où l’on déduit le caractère divin de
la Tradition ; tandis que dans la seconde, on dit que la vie que vit l’Eglise (entendue alors comme la vie naturelle d’une créature) est de facto la Tradition – réduisant
cette dernière aux fluctuations naturelles (même si leur caractère providentiel est admis) du corps particulier qu’est l’Eglise au sein de la création. Or, l’Eglise étant très exactement le
Corps mystique de Jésus-Christ, elle est précisément, nous l’avons dit, l’organe inaliénable et inaltérable de la Vérité.
Si donc elle semble se contredire, c’est qu’elle n’est plus elle-même, mais, se trouvant réduite aux hommes qui la gouvernaient – désormais détachés d’elle par l’hérésie –
ce qui subsiste n’est plus qu’une organisation toute naturelle, et même infra-naturelle, donc diabolique à l’instar des « églises » protestantes.
L’église conciliaire est ainsi la face religieuse de ce monde-ci, avec lequel « Dieu ne
veut avoir aucune part ». A ce titre, elle est la cheville ouvrière de la Synthèse qui doit mener à l’avènement de l’Antéchrist.
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Si cette église-là était la très pure, très sainte et immaculée Epouse de Dieu, son propre Corps, nous aurions
assisté au suicide de l’Immortel. Les « fumées de Satan » ne peuvent entrer que dans un corps qui n’est plus divin – comme en témoigne le protestantisme, qui est aussi une religion aux
rites invalides. En fin de compte, ce n’est pas la noirceur de l’antithèse qui est la plus effrayante, mais la luminosité factice de la Synthèse. Aussi convient-il de se souvenir des paroles de
l’Ecriture sainte : « Si nous-mêmes ou un ange du ciel, dit S. Paul, vous évangélisait autrement que nous vous avons évangélisés, qu’il soit anathème », Si licet nos, aut
Angelus de cælo evangelizet vobis præterquam evangelizavimus vobis, anathema sit .
Le « nous-mêmes » qui a prêché la vérité, c’est l’apôtre, c’est l’Eglise de Jésus-Christ, vivant de la vie surnaturelle de l’Ame de son âme, de son Vrai Moi ;
c’est l’organe, humain certes, mais divinisé, jouissant de l’infaillibilité par son union et identification au Fils éternel de Dieu ; en revanche, le « nous-mêmes » qui prêche un
autre Evangile, c’est l’apôtre sans Dieu, devenu moins homme que démon, ce sont les princes de l’Eglises déchus de leur charge et de leur statut même de princes et de chrétiens : en un mot,
c’est Satan, « qui se transforme » volontiers « en ange de lumière », ipse enim Satanas transfigurat se in angelum lucis .
Celui-là est anathème .
Evidemment, on nous objectera que notre propos se fonde sur la constatation du caractère hérétique des documents
fondateurs de la nouvelle église. Or, aucune hérésie formelle n’a jamais été constatée, objecte-t-on en guise d’ultime argument…
Outre le fait que des hérésies formelles ont bien été enseignées, ajoutons qu’il est inouï qu’on n’ait jamais
justifié l’Eglise aux yeux de ses propres enfants en s’escrimant à démontrer qu’elle n’était pas hérétique. La méthode a toujours consisté à montrer aux opposants qu’ils étaient eux-mêmes
hérétiques. C’est d’ailleurs Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même qui nous donne le moyen de reconnaître un faux docteur, impliquant par là que son hérésie n’apparaît pas toujours aussi
clairement que l’intelligence le voudrait. « Vous les connaîtrez à leurs fruits… car c’est par le fruit qu’on connaît l’arbre », A fructibus eorum cognoscetis eos… siquidem ex
fructu arbor agnoscitur .
Le traditionalisme, parce qu’il s’est fait le partisan de la thèse, n’est qu’un des fruits pourris de l’église conciliaire, et plus généralement, de la Modernité.
Sur la base de ce que Mgr Gaume nous a expliqué du mystère de la manducation, nous pouvons conclure
que tout ce qui peut être réintégré dans l’église conciliaire montre qu’il en était déjà un aspect, nonobstant son schisme.
Le schisme ne saurait empêcher les traditionalistes d’être inscrits dans la dialectique moderne, car la Modernité elle-même est en état de schisme total vis-à-vis de la Tradition.
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Extrait du commentaire du Traité de la
concupiscence de Bossuet.