Toute passion qui n’est pas celle de l’argent, des honneurs ou des plaisirs, s’appelle aujourd’hui fanatisme et exagération.
Louis de Bonald
Toute passion qui n’est pas celle de l’argent, des honneurs ou des plaisirs, s’appelle aujourd’hui fanatisme et exagération.
Louis de Bonald
Chapitre Premier.
Paroles de l’apôtre saint Jean contre le monde, conférées avec d’autres paroles du même apôtre, et de Jésus-Christ. Ce que c’est que le monde, que cet apôtre nous défend d’aimer.
|
« N |
’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Celui qui aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui, parce que tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie : laquelle concupiscence n’est pas du Père, mais elle est du monde. Or le monde passe, et la concupiscence du monde passe (avec lui) : mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. »[1]
Les dernières paroles de cet apôtre nous font voir que le monde, dont il parle ici, sont ceux qui préfèrent les choses visibles et passagères aux invisibles et aux éternelles.
Il faut maintenant considérer à qui il adresse cette parole ; et pour cela il n’y a qu’à lire les paroles qui précèdent celles-ci : « Je vous écris, mes petits enfants, que tous vos péchés vous sont remis au nom de Jésus-Christ. Je vous écris, pères, que vous avez connu celui qui est dès le commencement (celui qui est le vrai Père de toute éternité). Je vous écris, jeunes gens (qui êtes au commencement de votre jeunesse), que vous avez surmonté le mauvais ; je vous écris, petits enfants, que vous avez reconnu votre Père : je vous écris, jeunes gens (qui êtes dans la force de l’âge), que vous êtes courageux, et que la parole de Dieu est en vous, et que vous avez vaincu le mauvais. »[2] A quoi il ajoute aussitôt après : « N’aimez pas le monde », et le reste que nous venons de rapporter.
Cela est conforme à ce que dit le même apôtre au commencement de son Evangile, en parlant de Jésus-Christ : « Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. »[3] Et la source de tout cela est dans ces paroles du Sauveur : « Je vous donnerai l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le veut pas, et ne le reçoit pas, et ne le connaît pas »[4], ou il ne sait pas qui il est. Et encore : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier : Si vous eussiez été du monde, le monde aimerait ce qui est à lui: mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai élus du milieu du monde (je vous en ai tirés), c’est pour cela que le monde vous hait. »[5]
Et encore : « Vous aurez de l’affliction dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. »[6] Et enfin : « J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous avez tirés du monde pour me les donner.[7] Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux, que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous[8] : je ne suis plus dans le monde (je retourne à vous, et l’heure d’aller à vous est arrivée). Pour eux, ils sont dans le monde ; mais moi, je viens à vous.[9] Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, et je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les tirer du monde, mais de les garder du mal », ou de les garder du mauvais : « Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde : sanctifiez-les en vérité.[10] Mon Père juste, le monde ne vous connaît pas : mais moi je vous connais, et ceux-ci ont connu que vous m’avez envoyé. »[11]
Toutes ces paroles de notre Sauveur font voir que tous ceux qui font profession d’être ses disciples, sont tirés du monde, parce qu’ils sont sanctifiés en vérité, que la parole de Dieu est en eux, qu’ils le connaissent pendant que le monde ne le connaît pas, et qu’ils connaissent Jésus-Christ, le suivent et l’imitent. La vie du monde est donc la vie éloignée de Dieu et de Jésus-Christ ; et la vie chrétienne, la vie des disciples de Jésus-Christ, est la vie conforme à sa doctrine et à ses exemples.
C’est ce que saint Jean nous explique plus en détail par ces tendres paroles : « Mes petits enfants », jeunes et vieux, « je vous l’écris », je vous le répète, « n’aimez pas le monde » : n’aimez pas ceux qui s’attachent aux choses sensibles, aux biens périssables : ne les aimez point dans leur erreur : ne les suivez point dans leur égarement : aimez-les pour les en tirer, comme Jésus-Christ a aimé ses disciples qu’il a tirés du milieu du monde, du milieu de la corruption : mais gardez-vous bien de les aimer comme amateurs du monde, d’entrer dans leur commerce, dans leur société, dans leurs maximes, et d’imiter leurs exemples, parce qu’il n’y a parmi eux que corruption. Et en voici les trois sources : c’est « qu’il n’y a dans le monde que concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie » : qui sont toutes choses trompeuses, inconstantes, périssables, et qui perdent ceux qui s’y attachent. Je le crois : il est ainsi : c’est le Saint-Esprit qui l’a dit par la bouche d’un Apôtre : mais il faut encore tâcher de l’entendre, afin de haïr le monde avec plus de connaissance.
__________
Commentaire succinct
|
L |
e monde, dit Bossuet (ch. i), « sont ceux qui préfèrent les choses visibles et passagères aux invisibles et éternelles. » La leçon fondamentale qu’il nous faut retenir, est que le monde est donc avant tout un état, celui dans lequel l’homme (entendez : le baptisé) rend son amour désordonné, en inversant l’ordre des choses. Prenons néanmoins garde à ne pas commettre de contresens : Bossuet n’oppose pas les deux degrés de la création dont parle le Credo, visibilia et invisibilia, car, nous le verrons, tant l’un comme l’autre sont « passagers » ; au contraire, il nous faut prendre en considération les termes « passagers » et « éternels », qui se réfèrent au relatif et à l’absolu, impliquant de la sorte qu’est « visible » tout ce qui est sensible, fût-ce de manière subtile, et qu’est « invisible » tout ce qui est au-delà des sens, dans le pur spirituel. N’est pas mondain qui aime les corps, et spirituel qui aime les esprits ; sans quoi, Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné, serait mondain, et les rêveurs néo-spiritualistes seraient dans la vérité. Est mondain, dit Bossuet, celui qui n’est pas sanctifié, c’est-à-dire « tiré du monde ». Le monde ne connaît pas Dieu, tandis que les disciples de Jésus-Christ, si. « La vie du monde est donc la vie éloignée de Dieu et de Jésus-Christ ; et la vie chrétienne est la vie conforme à sa doctrine et à ses exemples. » Les « choses » deviennent donc « visibles » dans la mesure où elles s’éloignent de Dieu ; elles demeurent « invisibles » lorsque la charité nous fait garder ses commandements.
Les paroles de S. Jean visent à opérer une discrimination : « N’aimez pas, commente Bossuet, ceux qui s’attachent aux choses sensibles, aux biens périssables : ne les aimez point dans leur erreur, ne les suivez point dans leur égarement : aimez-les pour les en tirer, comme Jésus-Christ a aimé ses disciples qu’il a tirés du monde, du milieu de la corruption ; mais gardez-vous bien de les aimer comme amateurs du monde, d’entrer dans leur commerce, dans leur société, dans leurs exemples ; parce qu’il n’y a parmi eux que corruption. » Parce qu’il adhère de tout son être à la séparation d’avec Dieu opérée par le diviseur c’est-à-dire le diable, le mondain est l’agent du diable, il est une sorte de diable humain, qu’il faut aimer comme soi-même, c’est-à-dire pour l’arracher à son malheureux état, qui n’est autre qu’une anticipation de la damnation – qui est une éternelle séparation d’avec Dieu ; mais il faut le haïr en tant qu’agent – qui n’est d’ailleurs pas toujours aussi « inconscient », d’ailleurs qu’on le croirait… ou qu’on le voudrait.
Dominus noster
Jesus Christus
Verbum Dei sanctum
Æterna Lux mundi
Panis vivus vitæ æternæ
hodie resurrexit a mortuis.
_____________
Le Saint Sacrifice de la Messe, trésor des fidèles catholiques.
Bénédiction des pains de Pâques, après la Messe.
Liturgie de la veillée pascale anticipée, selon le rite traditionnel.
« Il y a cette différence entre la mort des autres hommes et celle de Jésus-Christ, que celle des autres hommes est singulière, et que celle de Jésus-Christ est universelle ; c’est-à-dire que chacun de nous est obligé à la mort, mais qu’il ne paie en mourant que sa propre dette. Il n’y a que le Fils de Dieu qui soit mort véritablement pour les autres, parce qu’il ne devait rien pour lui-même ; et de là vient que sa mort nous regardant tous, est d’une étendue infinie. « Mais comme il est le seul, disait saint Léon, en qui tous les hommes sont crucifiés, en qui tous les hommes sont morts, ensevelis, il est aussi le seul en qui tous les hommes saint ressuscités ». Si bien que, si nous sommes entrés avec lui dans l’obscurité de son tombeau, nous en devons sortir aussi avec lui avec une splendeur toute céleste, et ce tombeau nous doit servir aussi bien qu’à lui comme d’une seconde mère, pour nous engendrer de nouveau à une vie immortelle. »
Bossuet
Bonnes et saintes fêtes de Pâques à tous nos visiteurs !

abbesscharf @ yahoo.fr
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||