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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 19:06

Chapitre IV.

Que l’attache que nous avons au plaisir des sens

est mauvaise et vicieuse.

 

P

our connaître encore plus à fond la raison de la défense que nous fait saint Jean, de nous laisser entraîner à la concupiscence de la chair, c’est-à-dire à l’attache au plaisir des sens, il faut entendre que cette attache est en nous un mal qu’il faut ôter, un vice qu’il faut vaincre, une maladie qu’il faut guérir. Ou l’on cède, et on se livre tout à fait à ce violent amour du plaisir des sens, et on se rend criminel et esclave de la chair et du péché ; ou on combat, ce qu’on ne se croirait pas obligé de faire si elle n’était mauvaise. Et ce qui la rend visiblement telle, c’est qu’elle nous porte au mal, puisqu’elle nous porte à des excès terribles, à la gourmandise, à l’ivrognerie, à toute sorte d’intempérances. Ce qui faisait dire à saint Paul : « Je sais que le bien n’habite point en moi, c’est-à-dire dans ma chair. »[1] Et encore : « Je trouve en moi une loi (de rébellion et d’intempérance, qui me fait apercevoir), lorsque je m’efforce à faire le bien, que le mal m’est attaché »[2] (et inhérent à mon fond). Ainsi le mal est en nous, et attaché à nos entrailles d’une étrange sorte, soit que nous cédions au plaisir des sens, soit que nous le combattions par une continuelle résistance, puisque, comme dit saint Augustin, pour ne point tomber dans l’excès, il faut combattre le mal dans son principe : pour éviter le consentement, qui est le mal consommé, il faut continuellement résister au désir, qui en est le commencement : Ut non fiat malum excedendi, resistendum est malo concupiscendi.

Nous faisons une terrible épreuve de ce combat dans le besoin que nous avons de nous soutenir par la nourriture. La sagesse du Créateur, non contente de nous forcer à ce soutien nécessaire par la douleur violente de la faim et de la soif, et par les défaillances insupportables qui les accompagnent, nous y invite encore par le plaisir qu’elle a attaché aux fonctions naturelles de boire et de manger. Elle a rempli de biens toute la nature, « envoyant, comme dit saint Paul, la pluie et le beau temps, et les saisons qui rendent la terre féconde en toutes sortes de fruits, remplissant nos cœurs de joie par une nourriture convenable. »[3] Et par là, comme dit le même saint Paul, « Dieu rend lui-même témoignages à sa providence et à sa bonté paternelle, qui nourrit les hommes comme les animaux, et sauve les uns et les autres de la manière qui convient à chacun.

Mais les hommes ingrats et charnels ont pris occasion de ce plaisir, pour s’attacher à leur corps plutôt qu’à Dieu qui l’a voit fait, et ne cessait de le sustenter par des moyens si agréables. Le plaisir de la nourriture les captive : au lieu de manger pour vivre, « ils semblent », comme disait un ancien et après lui saint Augustin, « ne vivre que pour manger. » Ceux-là mêmes qui savent régler leurs désirs et sont amenés au repas par la nécessité de la nature, trompés par le plaisir et engagés plus avant qu’il ne faut par ses appâts, sont transportés au delà des justes bornes : ils se laissent insensiblement gagner à leur appétit, et ne croient jamais avoir satisfait entièrement au besoin, tant que le boire et le manger flattent leur goût. Ainsi, dit saint Augustin, la convoitise ne sait jamais où finit la nécessité : Nescit cupiditas ubi finiatur necessitas [4].

C’est donc là une maladie que la contagion de la chair produit dans l’esprit: une maladie contre laquelle on ne doit point cesser de combattre, ni d’y chercher des remèdes par la sobriété et la tempérance, par l’abstinence et par le jeune.

Mais qui oserait penser à d’autres excès qui se déclarent d’une manière bien plus dangereuse dans un autre plaisir des sens ? Qui, dis-je, oserait en parler, ou oserait y penser, puisqu’on n’en parle point sans pudeur, et qu’on n’y pense point sans péril, même pour le blâmer ? O Dieu, encore un coup, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature, de cette concupiscence qui lie l’âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et qui cause aussi dans le genre humain de si effroyables désordres ? Malheur à la terre, malheur à la terre, encore un coup, malheur à la terre, d’où sort continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s’élèvent de ces passions ténébreuses, et qui nous cachent le ciel et la lumière ; d’où partent aussi des éclairs et des foudres de la justice divine contre la corruption du genre humain !

O que l’Apôtre vierge, l’ami de Jésus et fils de la Vierge mère de Jésus, que Jésus aussi toujours vierge lui a donnée pour mère à la croix, que cet apôtre a raison de crier de toute sa force aux grands et aux petits, aux jeunes gens et aux vieillards, et aux enfants comme aux pères : « N’aimez pas le monde, ni tout ce qui est dans le monde, parce que ce qu’il y a dans le monde est concupiscence de la chair ; « un attachement à la fragile et trompeuse beauté des corps, et un amour déréglé du plaisir des sens, qui corrompt également les deux sexes.

O Dieu, qui par un juste jugement avez livré la nature humaine coupable à ce principe d’incontinence, vous y avez préparé un remède dans l’amour conjugal : mais ce remède fait voir encore la grandeur du mal, puisqu’il se mêle tant d’excès dans l’usage de ce remède sacré. Car d’abord ce sacré remède, c’est-à-dire le mariage, est un bien et un grand bien, puisque c’est un grand sacrement en Jésus-Christ et en son Eglise et le symbole de leur union indissoluble ; mais c’est un bien qui suppose un mal dont on use bien ; c’est-à-dire qui suppose le mal de la concupiscence, dont on use bien lorsqu’on s’en sert pour faire fructifier la nature humaine. Mais en même temps c’est un bien qui remédie à un mal, c’est-à-dire à l’intempérance : un remède de ses excès, et un frein à sa licence. Que de peine n’a pas la faiblesse humaine à se tenir dans les bornes de la liaison conjugale, exprimées dans le contrat même du mariage ! C’est ce qui fait dire à saint Augustin « qu’il s’en trouve plus qui gardent une perpétuelle et inviolable continence, qu’il ne s’en trouve qui demeurent dans les lois de la chasteté conjugale : un amour désordonné pour sa propre femme étant souvent, selon le même Père, un attrait secret à en aimer d’autres. » O faiblesse de la misérable humanité, qu’on ne peut assez déplorer ! Ce désordre a fait dire à saint Paul même, que « ceux qui sont mariés doivent vivre comme n’ayant pas de femmes »,[5] les femmes par conséquent comme n’ayant pas de maris : c’est-à-dire les uns et les autres sans être trop attachés les uns aux autres, et sans se livrer aux sens, sans y mettre leur félicité, sans les rendre maîtres. C’est encore ce qui fait dire au même saint Paul, que ceux qui sont dans la chair, qui y sont plongés et attachés par le fond du cœur à ses plaisirs, ne peuvent plaire à Dieu : Qui in carne sunt, Deo placere non possunt [6]. C’est ce qui fait la louange de la sainte virginité, et sur ce fondement, saint Augustin distingue trois états de la vie humaine par rapport à la concupiscence de la chair : les chastes mariés usent bien de ce mal ; les intempérants en usent mal, les continents perpétuels n’en usent point du tout, et ne donnent rien à l’amour du plaisir des sens.

Disons donc avec saint Jean à tous les fidèles et à chacun selon l’état où il est : O vous qui vous livrez à la concupiscence de la chair, cessez de vous y laisser captiver ; et vous qui en usez bien dans un chaste mariage, n’y soyez point attachés et modérez vos désirs : et vous qui plus courageux comme plus heureux que tous les autres, ne lui donnez rien du tout, et la méprisez tout à fait, persistez dans cette chaste disposition qui vous égale aux anges de Dieu : tous ensemble abattez cette chair rebelle, dont la loi impérieuse qui est dans nos membres, a tant fait répandre de larmes, tant pousser de gémissements à tous les saints : à l’exemple de saint Paul, fortifiez-vous contre elle par les jeûnes ; et mortifiant votre goût, travaillez à rendre plus facile la victoire des autres appétits plus violents et plus dangereux.

 

____________________

 

 

Commentaire succinct

 

La concupiscence de la chair est souvent réduite, dans l’esprit des chrétiens, au seul dérèglement de la convoitise « charnelle » ; or, selon l’enseignement traditionnel, tout en incluant la luxure, la concupiscence de la chair s’étend jusqu’au plaisir des sens ; le « corps de mort » semble avide de chercher le plaisir – grand ou petit – qui lui est comme un embaumement, et qui masque sa corruption (ch. iv). L’ « attache au plaisir des sens », l’odorat, le toucher, le goût, le sentir, etc., entraîne l’homme dans des « excès terribles », comme la gourmandise ou l’ivrognerie, dit Bossuet ; ils sont d’autant plus graves qu’ils parodient les délices spirituelles que procure la pratique de la vie spirituelle[7], dont les activités naturelles procèdent – et non le contraire : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu », Sive ergo manducatis, sive bibitis, sive aliud quid facitis : omnia in gloriam Dei facite [8]. « Nous faisons, dit Bossuet, une terrible épreuve de ce combat dans le besoin que nous avons de nous soutenir par la nourriture ». Nous y reviendrons plus loin.

 

L’attrait du plaisir des sens, même anodin, est « une maladie que la contagion de la chair produit dans l’esprit ; une maladie contre laquelle on ne doit point cesser de combattre, ni d’y chercher des remèdes par la sobriété et la tempérance, par l’abstinence et par le jeûne. »

 

 



[1] Rom., VII, 18.

[2] Ibid., 21.

[3] Act., XIV, 16.

[4] Confess., lib. X, cap. XXXI et alibi.

[5] I Cor., VII, 25.

[6] Rom., VIII, 8.

[7] Cf. l’aspiration indulgenciée « Anima Christi » : Sanguis Christi, inebria me.

[8] 1 Corinthiens 10.31.

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