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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:30

Mme Cécile J. Bruyère

Abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes

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La sainte Liturgie

dans le temple de l’âme


Retable de l%27Agneau mystique (10)

Jan van Eyck (1390-1441) retable de l’Agneau mystique, Gand (détail)

 

 

D

ieu n’a pu créer que pour sa gloire, et tout le devoir des créatures intelligentes doit être par là-même ramené à cette pensée unique d’un culte non seulement intérieur, mais encore visible et solennel, rendu à la divine majesté. Celui qui est inscrit en tête du livre, Notre-Seigneur Jésus-Christ, le primogenitus omnis creaturarum, est le premier qui rend à Dieu ce culte suprême voulu éternellement par la volonté divine : « Ecce venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam », « Voici que je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté. »[1] Il est venu pour rendre à son Père, comme créature, l’hommage le plus complet que Dieu puisse recevoir, une gloire qui soit à la taille de Dieu pour ainsi dire, puisqu’elle lui est offerte par Dieu lui-même, l’union hypostatique donnant à la nature humaine du Verbe Incarné, une dignité et une splendeur uniques : Ideo ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti, corpus autem aptasti mihi. C’est pourquoi le Fils de Dieu en entrant dans le monde dit : Vous n’avez point voulu d’hostie ni d’oblation, mais vous m’avez formé un corps. »[2] La résolution de Notre-Seigneur était évidente : son Incarnation avait pour but de le rendre capable d’être pontife et hostie, afin d’offrir à la divinité le culte le plus parfait et le plus élevé qu’une créature intelligente pût offrir.

La venue du Fils de Dieu sur terre est encore une autre conséquence. Quoi qu’il en soit du motif de l’Incarnation, elle atteignit aussitôt ce résultat : d’associer à l’œuvre liturgique des créatures intelligentes, élevées à l’état surnaturel, et pour lesquelles le Fils de Dieu devait pousser la condescendance jusqu’à se faire non seulement holocauste, mais hostie pour le péché, effaçant leurs fautes, réparant toutes leurs erreurs ; de telle sorte que ces créatures concourussent désormais à son propre sacrifice, comme les membres d’un même corps dont il est le chef : « In qua voluntate sanctificati sumus per oblationem corporis Jesu Christi semel : Or c’est cette volonté qui nous a sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, qui a eu lieu une seule fois. »[3]

La mission du Verbe Incarné est donc une mission de pontife ; c’est en cette qualité que l’apôtre saint Paul voulait qu’il fût considéré par les chrétiens parfaits : « Unde, fratres sancti, vocationis cœlestis participes, considerate apostolum et pontificem confessionis nostrœ, Jesum, qui fidelis est ei qui fecit illum : Vous donc, frères saints, participants de la vocation céleste, considérez Jésus, l’apôtre et le pontife de la religion que nous professons ; voyez comme il est fidèle à celui qui l’a établi tel. »[4] Or, ce sacerdoce n’a pas été reçu dans le Christ d’une manière transitoire et momentanée, mais d’une manière permanente : « Hic autem eo quod maneat in œternum, sempiternum habet sacerdotium. Unde et salvare in petpetuum potest accedentes per semetipsum ad Deum : semper vivens ad interpellandum pro nobis. Mais comme celui-ci demeure éternellement, il possède un sacerdoce éternel. C’est pourquoi il peut toujours sauver ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour nous. »[5]

Ainsi le souverain pontificat est éternel et son exercice est à jamais : non seulement dans la personne adorable du Fils de Dieu, mais encore dans cette tribu sacerdotale dont il est le chef, « genus electum, regale sacerdotium, race choisie, sacerdoce royal »[6], où tous sont prêtres, bien qu’à des degrés divers, et tous appelés à concélébrer avec le Pontife souverain. Le sacrifice offert par lui est unique, car il ne pouvait offrir plusieurs fois un sacrifice qui demeure, et qui épuise par une seule et permanente oblation toutes les justes réclamations de la majesté divine. « Non enim in manufacta sancta Jesus introivit, exemplaria verorum ; sed in ipsum cælum, ut appareat nunc vultui Dei pro nobis... Christus semel oblatus est ad multorum exhaurienda peccata : En effet Jésus n’est pas entré dans ce sanctuaire fait de main d’homme, qui n’était que la figure du véritable, mais dans le ciel même, afin d’être maintenant présent en notre faveur devant la face de Dieu... Le Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs. »[7]

On ne peut donc s’étonner que saint Jean, regardant avec son œil d’aigle ce qui se passe dans l’inaccessible lumière, nous ait montré Jésus, notre pontife, l’auteur et le consommateur de notre foi exerçant son ministère au centre de la création rachetée dont il est la clef de voûte. Il célèbre au milieu du trône même, car il est Dieu ; et les anéantissements de son Incarnation, les opprobres que lui a valus notre rédemption, loin de lui soustraire les honneurs qui lui sont dus, ont porté son Père à exalter son nom d’homme au-dessus de tout nom : « Et omnis lingua confiteatur quia Dominus Jesus Christus in gloria est Dei Patris : Et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. »[8]

C’est donc au sein de la gloire du Père, au centre du trône que nous voyons l’Agneau, debout comme un triomphateur et un Sacrificateur, Agnum stantem tamquam occisum habentem cornua septem.[9] Il est immolé, car il est victime universelle ; il porte les sept cornes, symbole de la puissance de l’Esprit septiforme qui s’est reposé sur lui et l’a oint prœ consortibus suis. Seul il a le pouvoir de lever les sept sceaux du livre, car il est l’hiérarque suprême, l’initiateur par excellence et l’interprète des plus profonds mystères ; ce droit lui a été obtenu par sa victoire. Mais à peine l’exerce-t-il, que les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternent devant lui ; les cithares de la louange divine éclatent de toutes parts, l’encens de la prière des saints fume dans les coupes d’or, et les rachetés font résonner l’hymne de leur perpétuelle reconnaissance : Dignus es, Domine, accipere librum et aperire signacula ejus, quoniam occisus es, et redemisti nos Deo in sanguine tuo, ex omni tribu, et lingua, et populo et natione ; et fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes.[10]

Et comme l’Agneau n’est pas seulement le complément de notre hiérarchie humaine, mais le pontife de la hiérarchie universelle, les Anges l’acclament à leur tour : car dès que le Père l’a introduit dans le monde, il leur a commandé de l’adorer ; et ils accomplissent cet ordre avec enthousiasme, chantant l’hymne qui leur est propre : Dignus est Agnus, qui occisus est, accipere virtutem, et divinitatem, et sapientiam, et fortitudinem, et honorem, et gloriam, et benedictio-nem.[11] A ces accords puissants qui célèbrent la victoire de l’Agneau, se joint la louange de celui à qui est offert le sacrifice de l’Agneau, et l’hymne incomparable que chantent les habitants du ciel, sans qu’il cesse ni le jour ni la nuit : Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus omnipotens, qui erat, et, qui est, et qui venturus est.[12] Et afin de mieux confesser que celui qu’ils adorent est l’être par soi et l’auteur de tous les dons, ils jettent leurs couronnes devant le trône, témoignant ainsi que leur victoire vient de lui et qu’il ne couronne que ses dons en couronnant leurs mérites. C’est alors que l’on entend ce cantique : Dignus es, Domine Deus noster, accipere gloriam, et honorem, et virtutem, quia tu creasti omnia, et propter voluntatem tuam erant, et creata sunt.[13] Or la lumière qui rayonne sur cette fonction liturgique éternelle n’est pas une lumière d’emprunt, un soleil créé, ou un astre quelconque, nam claritas Dei illuminavit eam, et lucerna ejus est Agnus.[14] Telle est la liturgie de l’Église triomphante dont le développement s’accomplit sous le souffle de l’Esprit-Saint ; car c’est par lui que notre Agneau s’est offert, per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit immaculalum Deo.[15]

Mais notre Pontife n’a pas voulu abandonner son Épouse durant les jours de son pèlerinage ; cliquez ici pour télécharger le texte entier en format pdf 


[1] Hebr. X, 9.

[2] Hebr. X, 3.

[3] Heb. X, 10.

[4] Ibid., III, 1-2.

[5] Ibid., VII, 24-25.

[6] I Petr. II, 9.

[7] Hebr. IX, 24-28.

[8] Phil. II, 11.

[9] Apoc. V, 6.

[10] Apoc. V, 9-10.

[11] Ibid., 12.

[12] Apoc. IV, 8.

[13] Ibid., 11.

[14] Ibid., XXI, 23.

[15] Hebr. IX, 14.

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