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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 10:46

28 août

F  ê  t  e     d  e

Notre Saint Père Augustin,

Evêque & Docteur de l’Eglise

 

Champaigne, Philippe de - Saint Augustin - 1645-1650

 

 

Le plus grand des Docteurs et le plus humble, Augustin se lève, acclamé par les cieux dont nulle conversion de pécheur n'excita comme la sienne l'ineffable joie [1], célébré par l'Eglise où ses travaux laissent pour les siècles en pleine lumière la puissance, le prix, la gratuité de la divine grâce.

Depuis l'entretien extatique qui fit d'Ostie un jour le vestibule du ciel [2], Dieu a complété ses triomphes dans le fils des larmes de Monique et de la sainteté d'Ambroise. Loin des villes fameuses où l'abusèrent tant de séductions, le rhéteur d'autrefois n'aspire qu'à nourrir son âme de la simplicité des Ecritures sacrées dans le silence de la solitude. Mais la grâce, qui a brisé la double chaîne enserrant son esprit et son cœur, garde sur lui des droits souverains ; c'est dans la consécration des pontifes vouant Augustin à l'oubli de soi-même, que la Sagesse consomme avec lui son alliance : la Sagesse qu'il déclare « aimer seule pour elle seule, n'aimant qu'à cause d'elle le repos et la vie [3]. » A ce sommet où l'a porté la miséricorde divine, entendons-le épancher son cœur :

« Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne et si nouvelle ! je vous ai aimée tard ! Et vous étiez en moi ; et moi, hors de moi-même, vous cherchais en tous lieux [4]... J'interrogeais la terre, et elle me disait : « Je ne suis pas ce que tu cherches »; et tous les êtres que porte la terre me faisaient même aveu. J'interrogeais la mer et ses abîmes, et ce qui a vie dans leurs profondeurs ; et la réponse était : « Nous ne sommes pas ton Dieu, cherche au-dessus de nous. » J'interrogeais les vents et la brise; et l'air disait avec ses habitants : « Anaximènes se trompe; je ne suis pas Dieu. » J'interrogeais le ciel, le soleil, la lune, les étoiles : « Nous non plus, nous ne sommes pas le Dieu que tu cherches. » O vous tous qui vous pressez aux portes de mes sens, objets qui m'avez dit n'être pas mon Dieu, dites-moi de lui quelque chose; et dans leur beauté qui avait attiré mes recherches avec mon désir, ils ont crié d'une seule voix : « C'est lui qui nous a faits [5]. » — Silence à l'air, aux eaux, à la terre ! silence aux cieux ! silence en l'homme à l'âme elle-même ! qu'elle passe au delà de sa propre pensée : par delà tout langage, qu'il soit de la chair ou de l'ange, s'entend lui-même Celui dont parlent les créatures; là où cessent le signe et l'image, et toute vision figurée, se révèle la Sagesse éternelle [6]... Mes oreilles sourdes ont entendu votre voix puissante ; votre lumière éblouissante a forcé l'entrée de mes yeux aveugles; votre parfum a éveillé mon souffle, et c'est à vous que j'aspire, j'ai faim et soif, car je vous ai goûté ; j'ai tressailli à votre contact, je brûle d'entrer dans votre repos : quand je vous serai uni de tout moi-même, la douleur et le travail auront pris fin pour moi [7]. »

  

Pour télécharger la suite : 28 août - S. Augustin 28 août - S. Augustin

 



[1] Luc. XV, 7.

[2] Le Temps Pascal, t. II, IV mai, en la  fête de sainte Monique.

[3] Aug. Soliloq. I, 22.

[4] Confess. X, XXVII.

[5] Ibid. VI.

[6] Ibid. IX, X.

[7] Ibid. X, XXVII, XXVIII.

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 19:39

Assomption de

la Bienheureuse Vierge Marie

 

 

15.08.2010 

« Reine de France, priez pour nous,

Notre espérance repose tout en vous. »

 

  

voeulouis13

  

Oraison du renouvellement du Vœu de Louis XIII

 

V/. Deus, judicium tuum regi da.

R/. Et justitiam tuam filio regis.

 

 

Deus, regum ac regnorum moderator et custos, qui unigenitum Filium tuum Dominum nostrum sanctissimæ Virgini Matris in terris subditum esse voluisti, ut in eo nobis exemplum humilitatis et obedientiæ præsignares ; famuli tui Ludovici regis christianissimi vota secundo favore prosequere : ut qui ejusdem se Virginis tutelæ devota sponsione consecrant, perpetuæ in hac vita tranquilitatis, et æternæ libertatis in cælo præmia consequantur. Per eumdem Dominum.

 

 

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 20:55

12.06.2010

 

Par la grâce de Dieu, le clergé sédévacantiste de notre communauté a accueilli un nouveau prêtre, qui a été ordonné au prieuré Notre-Dame de Walsingham, à Ashford, le samedi 12 juin 2010, par Son Excellence Mgr French. Nous remercions le Bon Dieu pour cette grâce, et souhaitons à M. l'Abbé J. un ministère fructueux et béni.

Soulignons le courage et la foi de ce nouveau prêtre, qui a abandonné la place confortable qu'il occupait depuis plusieurs années dans l'église conciliaire, à l'appel du Bon Pasteur. Convaincu de l'apostasie du "Concile" vatican II ainsi que de l'invalidité des ordinations conférées avec le nouveau rite, il a préféré tout quitter pour suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ et embrasser la Tradition millénaire de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique.

 

 

 

La cérémonie en quelques images...

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 18:56

fête-Dieu10

 

Adoration au reposoir du Roi du monde,

 

Jésus-Hostie

 

ADVENIAT REGNUM TUUM !

 

« La souveraine excellence qui élève le Christ au-dessus de toutes les créatures lui fit donner dans un sens spécial le titre de roi ; c’est un usage antique et commun. C’est ainsi qu’il est appelé Roi des intelligences humaines, non pas tant pour la pénétration de son esprit et l’étendue de sa science que parce qu’il est la Vérité et qu’il est nécessaire aux hommes de puiser près de lui la vérité et de la recevoir avec soumission ; Roi des volontés humaines, car non seulement à la sainteté de la volonté divine répondent en lui une intégrité et une obéissance absolument parfaites de la volonté humaine, mais c’est encore son impulsion, ce sont ses inspirations, qui présentent à notre libre arbitre les sentiments qui nous enflamment aux plus nobles actions. Enfin le Christ est reconnu comme le Roi des cœurs à cause de la charité suréminente de sa science (Eph., III, 19) et de sa bienfaisante douceur qui attire les âmes ; car, jusqu’ici, il n’y eut aucun homme qui fût aimé et il n’y aura jamais aucun homme qui soit aimé par l’univers entier comme le fut et le sera Jésus-Christ. »

S.S. Pie XI, Quas primas, 11 décembre 1925

 

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 21:29

Il n’y a d’indépendant sur la terre que le pouvoir public et le pouvoir domestique. Le père de famille et le roi ne relèvent que de Dieu.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 13:22

Le progrès de l’esprit

Dialogue philosophique

par 

Jacques Maritain*

 

 

 

La croyance au Progrès est une doctrine de paresseux... La vraie civilisation n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des traces du péché originel.

Baudelaire

 

C’est à l’industrie que nous devrons un jour d’être tous éclairés et tous honnêtes. Elle fera des hommes sans préjugés et sans vices, comme elle a créé des taureaux sans cornes : le miracle n’est pas plus grand.

Edmond About

 

THÉONAS. – Voici que le jour baisse, mes chers amis, et qu’il nous faudra bientôt interrompre notre entretien. Permettez-moi de revenir sur le sujet qui nous a d’abord occupés. Je vois toute une série de conclusions liées entre elles se dégager des principes qui nous ont paru commander la question du progrès, et je voudrais essayer de les dérouler devant vous.

N’avons-nous pas dit que tout dépend ici de l’essence composée de l’homme, et que dans cet étrange embrassement d’une « forme » spirituelle et d’une pure mutabilité matérielle qui constitue l’être humain, la tendance naturelle de l’esprit vers le plus parfait se croise inévitablement avec l’appétit naturel de la matière pour le nouveau, pour l’autre comme tel, en sorte que l’idée du progrès nécessaire est un non-sens, la loi du progrès et la loi du changement pur s’enchevêtrant partout en nous ?

Entendez-moi bien. Je ne nie pas que l’homme est capable de progrès, et même qu’il est fait pour progresser, je dis qu’il est absurde de penser que le progrès se réalise nécessairement, en vertu d’un ressort divin, ou d’une loi métaphysique de l’histoire humaine ; cela est absurde précisément parce que l’homme est un être perfectible : perfectible, et donc, au même titre et pour la même raison, corruptible aussi. Sa différence spécifique elle-même est ici en jeu. Pris entre l’intuition sensible et la pure intellection propre aux esprits séparés, l’esprit de l’animal qui raisonne est astreint par nature au mouvement logique, comme son corps est soumis aux mouvements sublunaires : et ainsi, par là même qu’il peut et doit se parfaire, il peut aussi se détériorer. Criante évidence de sens commun, sans cesse méconnue pourtant par les adorateurs du Progrès.

Où cette condition de l’être humain apparaît-elle plus fortement que dans la vie morale de l’individu ? Nulle part on ne voit mieux que le progrès n’est pas nécessaire, c’est à dire qu’il ne se réalise pas nécessairement. Et nulle part on ne voit mieux que le progrès est une nécessité pour nous, en ce sens que nous sommes obligés, pour ne pas tomber, de progresser toujours. Car toute opération, si elle est moins tendue en perfection que la vertu d’où elle émane, va à diminuer celle-ci. .Ah ! il n’y a pas de repos pour nous, en cela le mobilisme des bergsoniens n’a pas tort. Fortement tenu par la Miséricorde suprême, le dur fouet du Temps ne cesse pas de nous harceler. « Va, va, fille de Dieu, va », dit chaque minute à l’âme, comme à Jeanne d’Arc ses voix. Le château de sainte Thérèse est un château de vent et de flamme. Sans doute les saints se tiennent bien tranquilles dans leurs images. Mais si nous voulions nous représenter l’âme des saints, il nous faudrait imaginer je ne sais quel ouragan docile, conduit et réglé par les ailes d’aigle de l’Esprit, et qui sans nul arrêt monterait jusqu’à Dieu. Voilà le seul progrès qui vaille la peine de vivre. Ascensiones in corde disposuit.

 

PHILONOUS. – Mon cher, nous n’avons guère le temps, dans le monde moderne, de penser à ce progrès-là. Nous voyez-vous plantés dans la rue et les yeux au ciel, comme les apôtres après l’Ascension ? « Quid statis adspicientes in cœlum ? Circulez, mes petits amis », nous dirait, ange terrestre, un bienveillant gardien de la paix. Je sais bien que Max Jacob rapporte en sa Défense de Tartufe avoir eu des apparitions divines au cinéma. Mais c’est là une voie que je qualifierai d’extraordinaire. Non, ce qui nous intéresse, ce n’est pas le mouvement vertical, le progrès de l’âme vers quelque objet céleste, c’est le mouvement horizontal, le progrès de l’humanité, ici-bas, vers la perfection de ses activités naturelles. Parlez-nous de cette sorte de progrès !

 

THÉONAS. – C’est justement ce que je voulais faire. Ne devons-nous pas dire que là où l’effort de l’esprit est moins gêné par la matière, et trouve plus facilement à réussir, là aussi, et là seulement, la loi du progrès tendra à dominer ? Nous n’avons plus maintenant qu’à regarder ce principe développer ses conséquences.

S’agit-il de ruser avec la matière inerte en combinant des agencements de parties, nous sommes facilement plus malins qu’elle ; aussi dans l’ordre de la fabrication matérielle le progrès sera-t-il la règle, et même le progrès indéfini, – dans les limites du moins d’une même période continue, car après les grandes brisures de l’histoire, tout, ou presque tout, est à recommencer (songez aux techniques perdues des Hétéens, ou à celles de l’ancienne Égypte). C’est à ce domaine de la fabrication matérielle que l’imagination populaire emprunte sa notion du progrès, – qu’elle se représente avant tout d’après l’accroissement de rapidité des moyens de transport ; c’est là aussi que se vérifie la définition du progrès proposée par les gens savants, lorsqu’ils appellent le progrès une « économie d’énergie[1] ». Cette sorte de progrès occupe la scène depuis une centaine d’années avec une profusion de « prodiges », et la fascination qu’elle exerce est sans doute ce qui a le plus servi à accréditer parmi nous le dogme du Progrès. Il est inutile de vous faire remarquer qu’elle ne contribue par elle-même ni à la perfection morale ni même au bonheur terrestre des hommes, la  concupiscence étant infinie, et les besoins croissant plus vite que les moyens de les satisfaire. En réalité, ce progrès purement matériel, bon sans doute dans son ordre, mais très inférieur, fait courir à la civilisation un péril capital, en désaxant la vie humaine et en mettant des moyens de plus en plus puissants au service d’une créature faible et perverse. S’il prenait définitivement la prépondérance et le rôle directeur, ce serait pour l’Occident le signe d’une décadence irrémédiable.

 

PHILONOUS. – Il reste au moins que le progrès dont vous parlez amène une diminution générale de souffrance.

 

THÉONAS. – C’est la grande guerre qui vous a appris cela ?

 

PHILONOUS. – Voilà que vous raisonnez sur des accidents. La guerre a été une catastrophe...

 

THÉONAS. – Elle a eu des causes cependant, et dont les plus immédiates tenaient précisément à la prédominance insensée de l’activité matérielle.

 

PHILONOUS. – Laissons cela. Vous ne nierez pas les soulagements apportés à la douleur humaine par les grandes découvertes médicales ? Antisepsie, Anesthésie, Sérothérapie, Physiothérapie, Opothérapie... La prophylaxie sanitaire et la désinfection scientifique, M. Léon Laffitte rappelait ces exemples fort à propos dans un récent article du Mercure de France, ont réduit dans des proportions énormes les ravages de la fièvre typhoïde, des fièvres éruptives, de la diphtérie, de la fièvre puerpérale; elles ont fait reculer à tout jamais le choléra, la peste, la fièvre jaune, le typhus.

 

THÉONAS. – Elles n’ont rien pu contre la grippe espagnole. A mesure que nous triomphons des maux qui nous affligent, de nouveaux surgissent, mon pauvre ami.

 

PHILONOUS. – Cela n’empêche pas les maux vaincus d’être vaincus !

 

THÉONAS. – Non certes ! Et cela n’ôte rien au mérite et au génie de ceux qui nous ont appris à les vaincre. Mais il se pourrait que leurs découvertes, et généralement parlant les soulagements et les facilités de vie que la science nous procure, ne fassent que compenser l’augmentation de souffrances amenée en fait par la culture, de telle sorte que la moyenne de la souffrance humaine resterait à peu près la même en tout temps.

Il est vrai que nous ne sommes pas ici pour éviter la souffrance, mais plutôt pour en user bien.

 

PHILONOUS. – C’est bien ainsi que doit parler un vertueux ermite. Mais reprenez, je vous prie, le fil de ces déductions que vous vouliez nous exposer.

 

THÉONAS. – Je vous disais donc que dans le domaine de la fabrication matérielle, de la production, de l’industrie, des sciences pratiques, le progrès doit être la règle. Dans le domaine de la vie morale, au contraire, pas de progrès régulier pour l’humanité, mais de perpétuelles vicissitudes. C’est que la matière, – notre propre matière animée, – est ici difficile à dominer.

Sans doute la civilisation, en droit du moins, a une fin principalement morale, puisqu’elle est ordonnée au totum bene vivere de l’être humain, et que la droite vie morale est la partie essentielle de ce bien vivre ; en développant toutes nos activités, la civilisation tend donc, si ce développement est normal, à nous rapprocher de notre Principe, ce qui est, selon la grande pensée des anciens, la définition même du véritable progrès. Mais en fait il y a un tel déchet qu’on s’explique sans trop de peine les fureurs réactionnaires de Rousseau et de Tolstoï, – esprits inaptes à distinguer l’essentiel de l’accidentel (surtout quand l’accidentel est volumineux), – et que les avantages moraux de la culture, abstraction faite d’un certain affinement général de la sensibilité, qui n’est encore qu’une sorte de progrès matériel dans l’ordre de la moralité, semblent profiter surtout à un petit nombre. Enfin et surtout il est certain que les grandes floraisons de civilisation, avec leurs merveilles d’humanité, ne sont pas la loi générale, mais des réussites heureuses, et difficiles, et rares ; et que leur décadence et leur corruption sont pires que la barbarie. Non, en vérité, il n’y a pas à attendre là de progrès nécessaire pour l’humanité.

 

PHILONOUS. – Et l’avènement du christianisme ? Allez-vous récuser cet immense progrès moral ?

 

THÉONAS. – C’est un fait divin et gratuit, ce n’est pas un progrès naturel de l’humanité. Lorsqu’ils invoquent un tel exemple, les théoriciens du Progrès, depuis les abbés-philosophes du dix-huitième siècle jusqu’à Herder, surprennent la bonne foi des gens. Au reste, si le christianisme, par la lente diffusion de ses influences dans la masse humaine, a pu amener certains progrès tout à fait généraux, comme l’abolition de l’esclavage, et renouveler partout la table des valeurs, cependant le vrai, et propre champ d’activité de ses vertus, c’est le Corps mystique du Christ. C’est là qu’un glorieux progrès continu marque la puissance de l’Esprit, et que l’humanité – dans la mesure où elle vit de la vie de l’Église – s’élève au-dessus d’elle-même. Mais il y a la contre-partie, et l’humanité qui rompt avec la vie de l’Église est précipitée plus bas que si le Christ n’était pas venu. Si non venissem, et locutus fuissem eis, peccatum non haberent. N’oubliez pas que la même clarté qui illumine les uns aveugle les autres. Ainsi ce qui est du monde descend, tandis que ce qui est de l’Esprit monte, tel l’« élan créateur » passant, selon M. Bergson, parmi la retombée de la matière.

Mais laissons le domaine de l’agir humain, ou de la moralité, qui relève avant tout de la volonté, et occupons-nous maintenant, si vous voulez bien, de ce qui constitue le domaine plus spécial de l’intelligence. Dans les beaux-arts, qui sont le fruit le plus purement intellectuel de l’intelligence opérative, ce n’est pas le progrès qui règne, c’est le changement (à intervalles plus ou moins longs), je veux dire une certaine loi de renouvellement et d’innovation. Pourquoi ? Parce que l’artiste a pour tâche d’incarner la beauté dans une matière déterminée, et que la matière est infiniment étroite par rapport à la beauté ; en sorte que toute forme d’art, si noble qu’elle soit, est destinée à s’épuiser, et à faire place à une autre.

Je sais bien que du côté du métier l’art comporte un certain progrès, – dans la mesure même où métier suppose tradition, enseignement, collaboration humaine à travers le temps. Mais l’établissement progressif des traditions de métier n’exigeant que les conditions les plus naturelles de vie intellectuelle et sociale, ces traditions peuvent se trouver très suffisamment constituées dès les premiers âges des civilisations ; et dès lors le cours du temps apportera dans cet ordre des changements sans doute, mais non pas forcément des progrès, – quand il n’amènera pas des régressions, voire, comme il est arrivé pour nous à la fin du XVIIIe siècle, un abandon parfaitement rétrograde de ces mêmes traditions. Ajoutez à cela que si le métier, – et aussi tout le bagage rationnel dont l’art a besoin, – veulent que l’artiste ait un maître et qu’il prenne rang dans une tradition, l’art lui-même cependant, dans ce qu’il a de plus formel, dans la conception créatrice de l’œuvre, ne relève que de la via inventionis, c’est-à-dire avant tout du don et de l’effort individuel : à ce titre il peut être aussi parfait, ou plus parfait, chez ses premiers inventeurs que chez ceux qui viendront ensuite, et d’autre part il sollicite sans cesse les renouvellements de fond. Ainsi nulle raison de progrès nécessaire dans l’ordre de l’art[2].

Il en va tout autrement de l’ordre spéculatif et de la science, où il ne s’agit plus d’opérer dans une matière, mais au contraire d’amener la vérité dans l’âme ; ici c’est la matière qui, revêtue par la connaissance d’un mode d’être immatériel, subit les conditions de l’esprit ; et comme l’amplitude de l’esprit est sans bornes, et qu’une vérité ne chasse pas l’autre, mais s’y ajoute, c’est la loi de l’accroissement qui, dans la science comme telle, tendra toujours à prédominer. Aussi bien, la science, – parce qu’elle requiert essentiellement la concaténation des concepts et des moyens termes, et parce que la transmission intellectuelle des biens acquis, la via disciplinæ y joue le principal rôle, – la science humaine exige-t-elle dans ce qu’elle a de plus formel, et comme une condition nécessaire de son accroissement, tradition et enseignement. Ce n’est donc pas au changement, à la loi de l’autre comme tel, c’est au progrès, à la loi de l’augmentation et du perfectionnement, qu’elle sera avant tout soumise.

On comprend dès lors qu’en dépit des déchets accidentels, les sciences mathématiques – celles de toutes les sciences qui sont le mieux proportionnées à l’esprit humain – nous offrent un admirable exemple de développement progressif ; remarquons toutefois que leur progrès comporte normalement des révolutions (non pas destructives, mais fécondes, telle l’invention de la méthode infinitésimale) ; c’est que leur objet, l’ens quantum, restant lié malgré tout à des données imaginatives et par suite n’étant pas un pur intelligible, admet une certaine multiplicité, et donc une certaine possibilité de renouvellement, du côté des conditions premières elles-mêmes sous lesquelles il se présente aux prises de l’intelligence ; et il permet mieux que tout autre les trouvailles du génie individuel, par là même que placé mi-chemin entre l’être mobile du Philosophe de la Nature, trop engagé dans la matière, et l’être en tant qu’être du Métaphysicien, trop dégagé d’elle, il est le mieux à la portée de notre esprit, et le plus maniable à la raison.

Mêmes progrès, et plus frappants peut-être, dans les sciences physico-mathématiques depuis Galilée, – c’est-à-dire dans l’art de traduire en symboles quantitatifs les phénomènes sensibles, – précisément parce que ces disciplines sont à vrai dire les plus pauvres de toutes en intelligibilité, et les moins exigeantes en intellectualité, et donc les plus faciles ; et révolutions plus fréquentes encore, parce que les théories proposées à l’esprit ne sont pas là mesurées par le réel, mais seulement par la commodité qu’elles offrent à l’imagination pour soutenir le réseau des formulations mathématiques.

Que dirons-nous enfin de la Métaphysique ? Etant la science la plus noble, ayant l’objet le plus purement intelligible, c’est en elle que la part de l’accidentel sera le plus restreinte. C’est donc elle qui suivra avec le moins de bouleversements et de crises la loi de la science comme telle, la loi du progrès continu. Et réalisant mieux que toute autre la condition absolument essentielle de ce progrès : la fixité des principes et la stabilité de la tradition, – car elle n’exige pas des instruments et des conditions de recherche extraordinaires, mais elle suppose seulement, pour la découverte de ses principes, les plus simples évidences sensibles (mises en œuvre par des intelligences d’une pénétration et d’une vigueur exceptionnelles), et par conséquent ses fondements peuvent être établis dès les temps antiques, et ils l’ont été en effet, – c’est elle qui de toutes les sciences humaines imitera le mieux, par la constance de la direction de son mouvement, l’immobilité de la science angélique.

En fait, c’est bien ainsi, malgré les énormes déficiences du sujet humain, que se meut la philosophia perennis, la métaphysique éternelle à laquelle l’esprit hellénique a donné sa forme de science ; elle connaît, à certaines époques, des ralentissements, voire de longues stagnations, mais elle reprend toujours élan dans une direction invariable ; et si vous trouvez qu’à tout prendre, son progrès, sauf en quelques points lumineux de l’histoire, ne paraît pas très rapide, je vous répondrai qu’en ajoutant insensiblement les choses nouvelles aux anciennes, elle a pourtant constitué, en réalité, un trésor de sagesse proprement inépuisable, auprès duquel ce qu’on nomme la science moderne semble une bien pauvre monnaie. Au reste la métaphysique n’est-elle pas la science-reine ? Il convient donc qu’elle soit magnanime, et vous savez qu’au dire d’Aristote le magnanime avance lentement, motus lentus magnanimi videtur, et vox gravis, et locutio stabilis ; est otiosus et tardus, utitur ironia, ad alios non potest convivere.

Songez maintenant que la métaphysique est souverainement difficile, en raison même de son objet, qui, purement immatériel, est à notre raison « comme la lumière à l’œil du hibou ». Vous comprendrez alors qu’elle soit le partage d’un petit nombre, et qu’à certains moments le dépôt n’ait pu s’en transmettre que par le plus mince filet spirituel. Vous comprendrez aussi que la philosophie (la science philosophique) est autre chose que l’immense amas des opinions des philosophes, et que si tous les mathématiciens coopèrent à l’accroissement des mathématiques, et tous les savants à l’accroissement de la science, par contre tous les philosophes ne coopèrent pas, au moins directement, à l’accroissement de la philosophie. Ceux qui se trompent sur les principes ne travaillent directement qu’à la détériorer. Et ainsi, tandis que la loi du progrès domine la métaphysique éternelle de l’intelligence humaine, c’est la loi du changement pur, de l’altération et de la corruption, la tyrannie de l’autre comme tel, l’appétit de mutation propre à la matière, qui commande tout l’effort philosophique étranger à la pure essence de la Philosophie.

Si je ne me trompe, mes chers amis, toutes ces considérations un peu austères ne sont pas inutiles à qui tente de voir clair dans la question du progrès. Une conclusion, en tout cas, s’en dégage : si de nos jours le Mythe du Progrès nécessaire séduit encore quelques esprits, une des raisons en est qu’héritiers d’une époque ennemie des hiérarchies et des distinctions, nous brouillons encore trop souvent les divers plans des énergies humaines, confondant dans une même image vague les activités les plus hétérogènes, et faisant une loi générale de ce qui n’est vrai que de cas très particuliers.

 

*

 

* Extrait de Théonas, ou Entretien d’un sage et de deux philosophes sur diverses matières inégalement actuelles, (Paris : Nouvelle Librairie Nationale, 1921). Cet ouvrage date de l’époque à laquelle le philosophe Jacques Maritain tenait encore des positions philosophiques et théologiques traditionnelles, c’est-à-dire opposées au Modernisme, et notamment à l’idée de Progrès, positions qu’il a rejetées pour adopter le progressisme libéral le plus éhonté par la suite. Il fut un des promoteurs du Concile Vatican II, qui acheva de ruiner l’Eglise romaine.

 



[1] Léon Laffitte, Une définition du progrès, Mercure de France, 1er mars 1921.

[2] Dans le récent volume de souvenirs publiés par M. Ambroise Vollard sur Renoir, je trouve quelques réflexions du grand peintre que je ne résiste pas au désir de citer :

« Renoir. – Le progrès en peinture, certes, non, je ne l’admets pas ! Aucun progrès dans les idées, et aucun, non plus, dans les procédés. Tenez, j’ai voulu, un jour, changer le jaune de ma palette ; eh bien ! j’ai pataugé pendant dix ans. Au total, la palette des peintres d’aujourd’hui est restée la même que celle des peintres de Pompéi, en passant par Poussin, Corot et Cézanne : je veux dire qu’elle ne s’est pas enrichie. Les anciens employaient les terres, les ocres, le noir d’ivoire, avec lesquels on peut tout faire. On a bien essayé d’ajouter quelques autres tons ; mais comme facilement on aurait pu s’en passer ! Ainsi, je vous ai parlé de la grande trouvaille qu’on a cru faire en substituant le bleu et le rouge au noir ; mais combien ce mélange est loin de donner la finesse du noir d’ivoire, qui, en outre, n’oblige pas le malheureux peintre à chercher midi à quatorze heures : Avec une palette restreinte, les peintres anciens pouvaient faire aussi bien qu’aujourd’hui (il faut être poli pour ses contemporains), et, à coup sûr, ce qu’ils faisaient était plus solide.

« Moi. – Mais si le peintre ne peut, raisonnablement, rêver une palette nouvelle...

« Renoir. – Quel doit être l’objet suprême de son effort ? Cet objet doit être d’affirmer sans cesse et de perfectionner son métier ; mais ce n’est que par la tradition qu’on peut y arriver. Aujourd’hui, nous avons tous du génie, c’est entendu ; mais ce qui est sûr, c’est que nous ne savons plus dessiner une main, et que nous ignorons tout de notre métier. C’est parce qu’ils possédaient leur métier que les anciens ont pu avoir cette matière merveilleuse et ces couleurs limpides dont nous cherchons vainement le secret. J’ai bien peur que ce ne soient pas les théories nouvelles qui nous révèlent ce secret.

« Mais, si le métier est la base et la solidité de l’art, il n’est pas tout. Il y a autre chose dans l’art des anciens, qui rend leurs productions si belles : c’est cette sérénité qui fait qu’on ne se lasse pas de les voir, et qui nous donne l’idée de l’œuvre éternelle. Cette sérénité, ils l’avaient en eux, non pas seulement par l’effet de leur vie simple et tranquille, mais encore grâce à leur foi religieuse. Ils avaient conscience de leur faiblesse, et, dans leurs succès comme dans leurs revers, ils associaient la divinité à leurs actes. Dieu est toujours là, et l’homme ne compte pas. Chez les Grecs, c’était Apollon ou Minerve ; les peintres de l’époque de Giotto prenaient aussi un protecteur céleste. C’est ainsi que leurs œuvres acquéraient cet aspect de douce sérénité qui leur donne ce charme profond et les rend immortelles. Mais l’homme, dans son orgueil moderne, devait refuser cette collaboration, qui le diminuait à ses yeux. Il a chassé Dieu, et, en chassant Dieu, il a chassé le bonheur...

« Les peintres de ces époques si enviables avaient bien quelques défauts, - heureusement pour eux, - mais, en voyant leurs œuvres qui ont conservé tant de fraîcheur à travers les siècles, on ne leur trouve que des qualités. Ces œuvres qu’on aime toucher du doigt comme de beaux marbres, ces pâtes merveilleuses, ce travail divin, que vous dirai-je, me remplissent de joie. Il y a eu, en France, pendant plusieurs siècles, une lutte à qui aurait le plus de goût et de fantaisie : les châteaux sortent du sol ; les bronzes, les faïences, les tapisseries donnent l’idée d’un travail de fées ; chacun veut coopérer, par la terre, par le bois, par le fer, par la laine, par le marbre, à la richesse de la France. Tout a été beau chez nous jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, depuis le château jusqu’à la plus humble chaumière. Il faut voir les albums du Musée du Trocadéro, pour se faire une idée de la force de ces artistes, de la fermeté du dessin dans les plus petits détails, jusque dans un verrou, jusque dans un bouton de porte. Ils ne travaillaient pas pour exposer au Salon, ceux-là ! » (Ambroise Vollard, Renoir, Paris, Crès.)

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 09:02

Une excellente lecture pour la semaine de la Pentecôte :

l’activité du Saint-Esprit dans l’âme chrétienne

(traduction de IV, Contra gentes, 21 et 22), par le R. P. Roguet

 

L’

opuscule que voici est la traduction des chapitres vingt-et-unième et vingt-deuxième du Quatrième Livre de la Somme contre les Gentils de Saint Thomas d’Aquin. Ceux qui dressent une cloison étanche entre les recherches techniques du philosophe ou du théologien et les affections de la piété seront surpris que nous ayons été chercher dans cet ouvrage sévère de quoi composer un opuscule de dévotion : mais théologie et piété s’attachent au même Dieu, mieux aimé lorsqu’il est mieux connu. Nous sommes sûr que toutes les âmes désireuses d’une nourriture substantielle seront éclairées et réconfortées par ces quelques pages où la théologie se met si simplement au service de l’Ecriture Sainte pour éclairer les réalités les plus profondes de la vie chrétienne.

 

 

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Le Saint-Esprit dans l'ame chretienne L'activité du Saint-Esprit dans l'ame chretienne

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 14:15

Remarques sur le livre intitulé :

La mystique cité de Dieu, etc.,

traduite de l’espagnol, etc., à Marseille, etc.

 

J.-B. Bossuet

 

Le seul dessein de ce livre porte sa condamnation. C’est une fille qui entreprend un journal de la vie de la sainte Vierge, où est celle de Notre-Seigneur, et où elle ne se propose rien moins que d’expliquer jour par jour et moment par moment tout ce qu’ont fait et pensé le Fils et la Mère, depuis l’instant de leur conception jusqu’à la fin de leur vie ; ce que personne n’a jamais osé.

On trouve dans quelques révélations qui n’obligent à aucune croyance, certaines circonstances particulières de la vie de Notre-Seigneur ou de sa sainte Mère : mais qu’on ait été au détail et à toutes les minuties que raconte celle-ci de dessein formé, et comme par un ordre exprès de Dieu, c’est une chose inouïe.

Le titre est ambitieux jusqu’à être insupportable. Cette religieuse appelle elle-même son livre, Histoire divine, ce qu’elle répète sans cesse; par où elle veut exprimer qu’il est inspiré et révélé de Dieu dans toutes ses pages. Aussi n’est-ce jamais elle, mais toujours Dieu et la sainte Vierge par ordre de Dieu qui parlent ; et c’est pourquoi le titre ajoute que cette Histoire divine a été manifestée « dans ces derniers siècles par la sainte Vierge, à la sœur Marie de Jésus[1]. » On trouve de plus dans l’espagnol, que « cette vie est manifestée dans ces derniers siècles pour être une nouvelle lumière du monde, une joie nouvelle à l’Eglise catholique, et une nouvelle consolation et sujet de confiance au genre humain. » Il faut garder tous ces titres pour le Nouveau Testament : l’Ecriture est la seule histoire qu’on peut appeler divine. La prétention d’une nouvelle révélation de tant de sujets inconnus doit faire tenir le livre pour suspect et réprouvé dès l’entrée. Ce titre au reste est conforme à l’esprit du livre.

Le détail est encore plus étrange. Tous les contes qui sont ramassés dans les livres les plus apocryphes, sont ici proposés comme divins, et on y en ajoute une infinité d’autres avec une affirmation et une témérité étonnante.

Ce qu’on fait raconter à la sainte Vierge dans le chapitre XV, sur la manière dont elle fut conçue, fait horreur et la pudeur en est offensée. Ce chapitre est un des plus longs, et suffit seul pour faire interdire à jamais tout le livre aux âmes pudiques. Cependant les religieuses s’y attacheront d’autant plus, qu’elles verront une religieuse qu’on donne pour une béate, demeurer si longtemps sur cette matière.

        Au même chapitre, après avoir dit combien de temps il faut naturellement pour l’animation d’un corps humain, elle décide que Dieu réduisit ce temps, qui devait être de quatre-vingt jours ou environ, à sept jours seulement. Ce jour de la conception de la sainte Vierge, dit-elle, fut pour Dieu comme un jour de fête de Pâque, aussi bien que pour toutes les créatures, (pag. 237, 238).

C’est, dit-on, une chose admirable que ce petit corps animé, qui n’était pas plus grand qu’une abeille (p. 241), et dont à peine on pouvait distinguer les traits, dès le premier moment pleurât et versât des larmes dans le sein de sa mère, pour déplorer le péché (p. 251).

Tous les discours de sainte Anne, de saint Joachim, de la sainte Vierge même, de Dieu et des anges, sont rapportés dans un détail qui seul doit faire rejeter tout l’ouvrage, n’y ayant que vues, pensées et raisonnements humains.

Depuis le troisième chapitre jusqu’au huitième, ce n’est autre chose qu’une scolastique raffinée, selon les principes de Scot. Dieu lui-même en fait des leçons et se déclare scotiste, encore que la religieuse demeure d’accord que le parti qu’elle embrasse est le moins reçu dans L’Ecole. Mais quoi ! Dieu l’a décidé, et il l’en faut croire.

 

Elle outre ces principes scotistiques, jusqu’à faire dire à Dieu que le décret de créer le genre humain a précédé celui de créer les anges.

Tout est extraordinaire et prodigieux dans cette prétendue histoire. On croit ne rien dire de la sainte Vierge, ni du Fils de Dieu, si l’on n’y trouve partout des prodiges, tel qu’est par exemple, l’enlèvement de la sainte Vierge dans le ciel en corps et en âme, incontinent après sa naissance, et une infinité de choses semblables, dont on n’a jamais ouï parler, et qui n’ont aucune conformité avec l’analogie de la foi.

On ne voit rien, dans la manière dont parlent à chaque page Dieu, la sainte Vierge et les anges, qui ressente la majesté des paroles que l’Ecriture leur attribue. Tout y est d’une fade et languissante longueur ; et néanmoins cet ouvrage se fera lire par les esprits faibles, comme un roman d’ailleurs assez bien tissu, et assez, élégamment écrit ; et ils en préféreront la lecture à celle de l’Evangile, parce qu’il contente la curiosité, que l’Evangile veut au contraire amortir ; et l’histoire de l’Evangile ne leur paraîtra qu’un très-petit abrégé de celle-ci.

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est le nombre d’approbations qu’a trouvées cette pernicieuse nouveauté. On voit entre autres choses que l’ordre de saint François, par la bouche de son général, semble l’adopter, comme une nouvelle grâce faite au monde par le moyen de cet ordre. Plus on fait d’efforts pour y donner cours, plus il faut s’opposer à une fable, qui n’opère qu’une perpétuelle dérision de la religion.

On n’a encore lu que ce qui a été traduit ; mais en parcourant le reste, on en voit assez pour conclure que ce n’est ici que la vie de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère changée en roman, et un artifice du démon pour faire qu’on croie mieux connaître Jésus-Christ et sa sainte Mère par ce livre que par l’Evangile.

 



[1] D’Agréda.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 19:06

Chapitre IV.

Que l’attache que nous avons au plaisir des sens

est mauvaise et vicieuse.

 

P

our connaître encore plus à fond la raison de la défense que nous fait saint Jean, de nous laisser entraîner à la concupiscence de la chair, c’est-à-dire à l’attache au plaisir des sens, il faut entendre que cette attache est en nous un mal qu’il faut ôter, un vice qu’il faut vaincre, une maladie qu’il faut guérir. Ou l’on cède, et on se livre tout à fait à ce violent amour du plaisir des sens, et on se rend criminel et esclave de la chair et du péché ; ou on combat, ce qu’on ne se croirait pas obligé de faire si elle n’était mauvaise. Et ce qui la rend visiblement telle, c’est qu’elle nous porte au mal, puisqu’elle nous porte à des excès terribles, à la gourmandise, à l’ivrognerie, à toute sorte d’intempérances. Ce qui faisait dire à saint Paul : « Je sais que le bien n’habite point en moi, c’est-à-dire dans ma chair. »[1] Et encore : « Je trouve en moi une loi (de rébellion et d’intempérance, qui me fait apercevoir), lorsque je m’efforce à faire le bien, que le mal m’est attaché »[2] (et inhérent à mon fond). Ainsi le mal est en nous, et attaché à nos entrailles d’une étrange sorte, soit que nous cédions au plaisir des sens, soit que nous le combattions par une continuelle résistance, puisque, comme dit saint Augustin, pour ne point tomber dans l’excès, il faut combattre le mal dans son principe : pour éviter le consentement, qui est le mal consommé, il faut continuellement résister au désir, qui en est le commencement : Ut non fiat malum excedendi, resistendum est malo concupiscendi.

Nous faisons une terrible épreuve de ce combat dans le besoin que nous avons de nous soutenir par la nourriture. La sagesse du Créateur, non contente de nous forcer à ce soutien nécessaire par la douleur violente de la faim et de la soif, et par les défaillances insupportables qui les accompagnent, nous y invite encore par le plaisir qu’elle a attaché aux fonctions naturelles de boire et de manger. Elle a rempli de biens toute la nature, « envoyant, comme dit saint Paul, la pluie et le beau temps, et les saisons qui rendent la terre féconde en toutes sortes de fruits, remplissant nos cœurs de joie par une nourriture convenable. »[3] Et par là, comme dit le même saint Paul, « Dieu rend lui-même témoignages à sa providence et à sa bonté paternelle, qui nourrit les hommes comme les animaux, et sauve les uns et les autres de la manière qui convient à chacun.

Mais les hommes ingrats et charnels ont pris occasion de ce plaisir, pour s’attacher à leur corps plutôt qu’à Dieu qui l’a voit fait, et ne cessait de le sustenter par des moyens si agréables. Le plaisir de la nourriture les captive : au lieu de manger pour vivre, « ils semblent », comme disait un ancien et après lui saint Augustin, « ne vivre que pour manger. » Ceux-là mêmes qui savent régler leurs désirs et sont amenés au repas par la nécessité de la nature, trompés par le plaisir et engagés plus avant qu’il ne faut par ses appâts, sont transportés au delà des justes bornes : ils se laissent insensiblement gagner à leur appétit, et ne croient jamais avoir satisfait entièrement au besoin, tant que le boire et le manger flattent leur goût. Ainsi, dit saint Augustin, la convoitise ne sait jamais où finit la nécessité : Nescit cupiditas ubi finiatur necessitas [4].

C’est donc là une maladie que la contagion de la chair produit dans l’esprit: une maladie contre laquelle on ne doit point cesser de combattre, ni d’y chercher des remèdes par la sobriété et la tempérance, par l’abstinence et par le jeune.

Mais qui oserait penser à d’autres excès qui se déclarent d’une manière bien plus dangereuse dans un autre plaisir des sens ? Qui, dis-je, oserait en parler, ou oserait y penser, puisqu’on n’en parle point sans pudeur, et qu’on n’y pense point sans péril, même pour le blâmer ? O Dieu, encore un coup, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature, de cette concupiscence qui lie l’âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et qui cause aussi dans le genre humain de si effroyables désordres ? Malheur à la terre, malheur à la terre, encore un coup, malheur à la terre, d’où sort continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s’élèvent de ces passions ténébreuses, et qui nous cachent le ciel et la lumière ; d’où partent aussi des éclairs et des foudres de la justice divine contre la corruption du genre humain !

O que l’Apôtre vierge, l’ami de Jésus et fils de la Vierge mère de Jésus, que Jésus aussi toujours vierge lui a donnée pour mère à la croix, que cet apôtre a raison de crier de toute sa force aux grands et aux petits, aux jeunes gens et aux vieillards, et aux enfants comme aux pères : « N’aimez pas le monde, ni tout ce qui est dans le monde, parce que ce qu’il y a dans le monde est concupiscence de la chair ; « un attachement à la fragile et trompeuse beauté des corps, et un amour déréglé du plaisir des sens, qui corrompt également les deux sexes.

O Dieu, qui par un juste jugement avez livré la nature humaine coupable à ce principe d’incontinence, vous y avez préparé un remède dans l’amour conjugal : mais ce remède fait voir encore la grandeur du mal, puisqu’il se mêle tant d’excès dans l’usage de ce remède sacré. Car d’abord ce sacré remède, c’est-à-dire le mariage, est un bien et un grand bien, puisque c’est un grand sacrement en Jésus-Christ et en son Eglise et le symbole de leur union indissoluble ; mais c’est un bien qui suppose un mal dont on use bien ; c’est-à-dire qui suppose le mal de la concupiscence, dont on use bien lorsqu’on s’en sert pour faire fructifier la nature humaine. Mais en même temps c’est un bien qui remédie à un mal, c’est-à-dire à l’intempérance : un remède de ses excès, et un frein à sa licence. Que de peine n’a pas la faiblesse humaine à se tenir dans les bornes de la liaison conjugale, exprimées dans le contrat même du mariage ! C’est ce qui fait dire à saint Augustin « qu’il s’en trouve plus qui gardent une perpétuelle et inviolable continence, qu’il ne s’en trouve qui demeurent dans les lois de la chasteté conjugale : un amour désordonné pour sa propre femme étant souvent, selon le même Père, un attrait secret à en aimer d’autres. » O faiblesse de la misérable humanité, qu’on ne peut assez déplorer ! Ce désordre a fait dire à saint Paul même, que « ceux qui sont mariés doivent vivre comme n’ayant pas de femmes »,[5] les femmes par conséquent comme n’ayant pas de maris : c’est-à-dire les uns et les autres sans être trop attachés les uns aux autres, et sans se livrer aux sens, sans y mettre leur félicité, sans les rendre maîtres. C’est encore ce qui fait dire au même saint Paul, que ceux qui sont dans la chair, qui y sont plongés et attachés par le fond du cœur à ses plaisirs, ne peuvent plaire à Dieu : Qui in carne sunt, Deo placere non possunt [6]. C’est ce qui fait la louange de la sainte virginité, et sur ce fondement, saint Augustin distingue trois états de la vie humaine par rapport à la concupiscence de la chair : les chastes mariés usent bien de ce mal ; les intempérants en usent mal, les continents perpétuels n’en usent point du tout, et ne donnent rien à l’amour du plaisir des sens.

Disons donc avec saint Jean à tous les fidèles et à chacun selon l’état où il est : O vous qui vous livrez à la concupiscence de la chair, cessez de vous y laisser captiver ; et vous qui en usez bien dans un chaste mariage, n’y soyez point attachés et modérez vos désirs : et vous qui plus courageux comme plus heureux que tous les autres, ne lui donnez rien du tout, et la méprisez tout à fait, persistez dans cette chaste disposition qui vous égale aux anges de Dieu : tous ensemble abattez cette chair rebelle, dont la loi impérieuse qui est dans nos membres, a tant fait répandre de larmes, tant pousser de gémissements à tous les saints : à l’exemple de saint Paul, fortifiez-vous contre elle par les jeûnes ; et mortifiant votre goût, travaillez à rendre plus facile la victoire des autres appétits plus violents et plus dangereux.

 

____________________

 

 

Commentaire succinct

 

La concupiscence de la chair est souvent réduite, dans l’esprit des chrétiens, au seul dérèglement de la convoitise « charnelle » ; or, selon l’enseignement traditionnel, tout en incluant la luxure, la concupiscence de la chair s’étend jusqu’au plaisir des sens ; le « corps de mort » semble avide de chercher le plaisir – grand ou petit – qui lui est comme un embaumement, et qui masque sa corruption (ch. iv). L’ « attache au plaisir des sens », l’odorat, le toucher, le goût, le sentir, etc., entraîne l’homme dans des « excès terribles », comme la gourmandise ou l’ivrognerie, dit Bossuet ; ils sont d’autant plus graves qu’ils parodient les délices spirituelles que procure la pratique de la vie spirituelle[7], dont les activités naturelles procèdent – et non le contraire : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu », Sive ergo manducatis, sive bibitis, sive aliud quid facitis : omnia in gloriam Dei facite [8]. « Nous faisons, dit Bossuet, une terrible épreuve de ce combat dans le besoin que nous avons de nous soutenir par la nourriture ». Nous y reviendrons plus loin.

 

L’attrait du plaisir des sens, même anodin, est « une maladie que la contagion de la chair produit dans l’esprit ; une maladie contre laquelle on ne doit point cesser de combattre, ni d’y chercher des remèdes par la sobriété et la tempérance, par l’abstinence et par le jeûne. »

 

 



[1] Rom., VII, 18.

[2] Ibid., 21.

[3] Act., XIV, 16.

[4] Confess., lib. X, cap. XXXI et alibi.

[5] I Cor., VII, 25.

[6] Rom., VIII, 8.

[7] Cf. l’aspiration indulgenciée « Anima Christi » : Sanguis Christi, inebria me.

[8] 1 Corinthiens 10.31.

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 16:12

 

 

 

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Nous professons la Foi catholique orthodoxe, célébrons la Liturgie selon les décrets du saint Concile de Trente en suivant l'Ordo traditionnel, et pratiquons la discipline ecclésiastique conformément au Code de Droit canon de 1917.

 

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