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Aperçus
sur la Révolution française

par

Michel T.

(1989)
 

Si nous avons célébré le bicentenaire de la Révolution française, cela revient à dire que l’on a jugé l’événement digne d’admiration, et que nous devons nous en féliciter. Pour notre part, nous entendons démontrer que la Révolution est la pire catastrophe qui soit advenue en notre pays, lequel a été pillé, saccagé, envahi, martyrisé, ébranlé dans ses fondements, et nous n’avons pas fini d’en souffrir et d’en payer la note.

Comprenons-nous bien : en 1789, de profondes réformes étaient à faire, en particulier fiscales et administratives. Une partie du pouvoir royal et de l’intelligentsia leur étaient favorables et entendaient les mener à bien afin de relancer le dynamisme socio-économique sur des bases plus saines.

Mais des gens appartenant à divers courants intellectuels et financiers, qui se rencontraient dans les sociétés de pensée et applaudissaient aux discours des « Lumières » du siècle, se sont emparés de ce mouvement réformateur et l’ont transformé en révolution.

Or, il est arrivé ceci : la doctrine révolutionnaire s’est immédiatement avancée comme axiomatique et l’on ne saurait donc la réfuter sans être pervers ou de mauvaise foi. Je prétends montrer que les principes révolutionnaires n’ont rien d’évident par eux-mêmes, qu’ils ne sont pas une lumière soudainement révélée à l’humanité, et qu’on peut pour le moins les contester.

 

Cependant, pour ne pas encourir le reproche de me rapporter à ma fantaisie personnelle, je m’en suis remis aux meilleurs esprits de la tradition occidentale, comme Platon, Aristote, ou plus près de nous Louis de Bonald et Donoso Cortès, mais surtout, quoique paradoxalement d’un point de vue chronologique, à Saint Thomas d’Aquin.

Ce dernier philosophe a cristallisé au XIIIème siècle les fondements philosophiques et religieux où notre civilisation s’enracine.

Par ailleurs, on s’aperçoit qu’au fil des siècles la barbarie – que nous définirons comme l’antithèse de la civilisation – est devenue politique et qu’elle s’est installée dans la pensée, avant de s’installer dans les mœurs, puis dans les lois.

Il faut donc considérer que la cause première de tous nos malheurs est d’ordre intellectuel : nos contemporains, par le truchement de l’école et des médias, sont accablés de sophismes qu’on veut faire passer, encore une fois, pour des vérités nécessaires. Il convient donc d’en dénoncer l’imposture et d’en réfuter les postulats.

Saint Thomas d’Aquin, quoiqu’ayant vécu au XIIIème siècle, semble avoir pressenti les propositions erronées des penseurs du XVIIIème siècle. Il les récuse cinq cents ans à l’avance.

 

Saint Thomas d’Aquin et la théologie de la monarchie

 

D’une façon générale, Saint Thomas se fait le chantre de l’ordre et de l’unité, dans l’ambiance intellectuelle propre au Moyen Age.

Comme dans toute civilisation traditionnelle – et notre époque moderne y fait seule exception depuis 1789 – c’est le précepte suivant qui est appliqué : « Ce qui est en bas doit refléter ce qui est en haut pour accomplir le mystère et le miracle de l’unité du monde ».

Autant dire que l’organisation d’une nation ne peut être que le reflet des hiérarchies célestes, de telle sorte que le même appelant le même, ce reflet social de l’ordre céleste appellera les énergies spirituelles à marquer de leur sceau le destin de la nation.

C’est ici que s’impose l’idée monarchique.

A ce sujet, la pensée de saint Thomas est ferme : la « monarchie », c’est-à-dire le gouvernement d’un seul, est en soi le régime le meilleur. Car, nous dit-il, la raison en est que le gouvernement n’est pas autre chose que la direction des êtres gouvernés vers leur fin, qui est un certain bien ; or, l’unité est essentielle au bien, une chose n’existant que dans la mesure où elle est une. D’où il suit que quiconque prétend gouverner une multitude, doit s’efforcer d’y faire régner l’unité et la paix.

Par ailleurs, l’Un est par soi cause d’unité, tandis qu’il est manifeste que plusieurs ne peuvent unir plusieurs êtres et faire qu’ils concordent qu’en tant qu’eux-mêmes sont unis d’une certaine manière. Et ce qui est Un par soi peut être cause d’unité mieux que plusieurs qui sont seulement unis. C’est pour cela que la multitude est mieux gouvernée par un seul que par plusieurs.

Cependant, s’il paraît avéré que, pour le corps social, l’existence est proportionnelle à l’unité, et que tout ce qui en assure l’unité en assure donc l’existence, on peut évidemment faire l’objection suivante : l’homme à qui l’on accorde un grand pouvoir ne dégénérera-t-il pas en tyran ? Et l’on sait que pour les doctrinaires du XVIIIème siècle, un monarque était essentiellement un tyran.

Saint Thomas déclare explicitement : « La royauté est le meilleur gouvernement du peuple, pourvu qu’elle se maintienne à l’abri de la corruption, et toute grande puissance concédée à un monarque risque de dégénérer en tyrannie... Car il n’y a que l’homme vertueux à bien porter une telle fortune ».

On voit que Saint Thomas analyse la situation jusque dans ses extrêmes possibilités. Car la tyrannie n’est pas une nécessité intrinsèque à la royauté, mais enfin une possibilité qu’il faut envisager par le seul fait qu’elle soit possible.

Or – nous dit Saint Thomas – cette tyrannie d’un seul homme est encore préférable à celle d’une oligarchie ou d’un parti : « Puisque ce qui détourne certains peuples de la monarchie est la crainte de la tyrannie, il importe de remarquer que premièrement tous les régimes peuvent se corrompre en tyrannie, et que, de toutes les tyrannies, la moins insupportable est la tyrannie d’un seul. »

En effet, celle qui naît d’un gouvernement collectif amène la tyrannie dans la discorde ; alors que la tyrannie d’un seul maintient généralement l’ordre et la paix de par son propre intérêt.

De plus, il est rare que la tyrannie d’un seul atteigne tous les membres du corps social, elle s’acharne le plus souvent sur quelques particuliers. A ce sujet, il est bon de signaler que les pseudo-monarchies de Robespierre ou d’un Lénine ne représentent pas des gouvernements proprement monarchiques, mais plutôt une forme despotique donnée au gouvernement collectif et oligarchique d’un parti.

Enfin, l’histoire montre que les gouvernements collectifs conduisent plus souvent et plus vite à cette tyrannie si redoutée, que ne le fait le gouvernement d’un seul.

 

Par ailleurs, Saint Thomas ajoutait : « Il n’y a que l’homme vertueux à bien porter la bonne fortune ».

Or, être possesseur unique du pouvoir est une bonne fortune beaucoup plus pour celui qui le conquiert que pour celui qui y accède tout naturellement par voie d’hérédité. Le premier y trouve la satisfaction d’une longue ambition, tandis que le second, même modérément vertueux, concevra le pouvoir – l’histoire nous le montre – comme un ensemble de charges, de devoirs et de responsabilités pour lesquels il a été préparé, et même auxquels il ne saurait se dérober, et qui ne sont certes pas perçus comme une « bonne fortune ». Rappelons-nous à ce sujet les soupirs de Louis XVI.

 

De tout ceci il découle que :

1) la tyrannie issue d’une monarchie étant plus supportable que celle issue d’un autre régime ;

2) la monarchie conduisant moins rapidement et moins fréquemment à la tyrannie que les autres régimes (nous allons d’ailleurs revenir sur ce point), si l’on veut atténuer et limiter les risques de tyrannie, il faut établir une monarchie.

 

Pourtant il conviendrait aussi de dire un mot sur le concept historique de monarchie absolue.

Celle-ci n’est point qualifiée d’absolue par rapport à « limitée », mais par opposition à « dépendant ». L’absolutisme royal n’était d’abord et essentiellement que l’indépendance du monarque par rapport aux divers intérêts, aux diverses factions, élites, ou aristocraties d’un même pays.

L’absolutisme royal aura donc été un organe autonome de l’intérêt national ne dépendant que de lui-même. Ainsi était-il libre pour ordonner, équilibrer, harmoniser et faire prévaloir le bien commun.

 

Pourtant, il ne faudrait pas s’y tromper : ce pouvoir restait limité. La structure décentralisée du régime l’empêchait d’intervenir hors de sa compétence qui était celle du bien commun.

En même temps, la France s’est très vite hérissée de libertés qui protégeaient les biens et les intérêts publics et privés. Il faut savoir que ce sont précisément ces protections qui ont été supprimées par la Constitution révolutionnaire.

 

Ce que la Révolution a opposé à l’idée monarchique, c’est celle de la Souveraineté du peuple. C’est elle qui prévaut encore aujourd’hui. Voilà qui mérite donc d’être étudié de plus près.

Saint Thomas envisage la question sous la forme du problème de l’élection.

 

Il était question tout à l’heure de la vertu qu’on exigeait du roi. Mais dans le cadre du phénomène électoral, où le pouvoir s’obtient par la parole, c’est surtout ici que la plus grande vertu est nécessaire, car enfin, c’est alors que l’ambition et la sédition, c’est-à-dire la guerre civile peuvent le mieux se donner libre cours.

Saint Thomas précise bien que si les membres de la cité ou de la nation peuvent avoir une certaine part dans le gouvernement par voie d’élection, ceci suppose, tant du côté des élus que du côté des électeurs, un état particulièrement florissant de toutes les vertus civiques.

Car si l’ambition, la vénalité et les passions venaient à prendre le dessus, loin d’assurer la paix, un tel régime serait la guerre civile en permanence.

Aussi bien, nous dit Saint Thomas, si le suffrage vient à dégénérer, il doit être impitoyablement supprimé.

 

D’ailleurs, même avec le suffrage pratiqué selon la vertu et assurant, dans ce cas, la paix publique, il faut encore sauvegarder les deux points suivants :

1) L’unité et la continuité de direction

2) L’application d’hommes compétents aux affaires publiques.

Seul un monarque héréditaire peut veiller à assurer l’unité (on a vu que le gouvernement d’un seul favorisait l’unité nationale), la continuité (par hérédité dynastique d’une idée directrice), et la compétence (par formation spécifique du roi) dans une telle gestion.

 

De toute façon, à supposer même que le peuple ait une certaine part dans le gouvernement en raison de l’élection, ce ne peut être le peuple qui gouverne, car le peuple est une multitude essentiellement changeante et mêlée, et il faut une élite qui puisse surmonter cette instabilité, et plus encore un chef, un monarque. Le chef, le roi, doit être absolument au-dessus de tous, en lui sera le pouvoir suprême, réglant et jugeant, autour duquel s’ordonneront en cercles concentriques, et par participation à son autorité et son unité, les différentes administrations du royaume.

Dans cette perspective, le peuple n’est point souverain : il est peuple doté de certaines prérogatives qui sont un droit concédé selon la mesure de ses vertus civiques, et révocables à merci dès que ses vertus civiques se corrompent.

 

Or, c’est bien ici que le bât blesse : en vertu de la doctrine chrétienne du péché originel, la chute a corrompu la volonté et l’entendement de l’homme, qui en font un être de passion maléficiée. De ce fait, le principe de la souveraineté populaire revient à transformer la vie publique en un chaos désastreux.

L’avantage de la royauté est alors qu’elle est détachée, de par sa fonction, de tous les intérêts temporels particuliers, de tout ce qui n’est pas le bien commun de la nation, avec lequel elle s’identifie.

C’est bien pourquoi les révolutionnaires ont d’abord posé comme axiome que la nature humaine est bonne, qu’elle devait aller spontanément au Bien et au Bon.

 

Evoquons à ce sujet deux grandes figures qui, à vrai dire, iraient plutôt en abondant dans le sens de Saint Thomas.

 

Platon, Aristote et la philosophie de la Cité

 

Tout d’abord un grand pessimiste en la personne de Platon.

Sa vision des choses s’opposait absolument au progressisme du XVIIIème siècle représenté par un Condorcet.

Il est d’abord à noter que Platon se veut non pas un utopiste, mais un réformateur qui doit tenir compte de la nature donnée des hommes et des choses, à la différence des théoriciens abstraits du XVIIIème siècle.

 

Pour comprendre la pensée politique de Platon, il faut savoir deux choses :

1) Le jeune Platon de vingt ans a été consterné d’assister à l’effondrement d’Athènes, cependant que les troupes spartiates défilaient dans sa cité natale vaincue.

2) Sa conception du monde, d’ailleurs traditionnelle, fait intervenir le temps de façon dramatique : l’Age d’Or, qui est le fait de la Connaissance, se situe à l’origine. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, toute chose s’use et se dégrade.

A l’origine donc la cité vivait dans un état de parfaite harmonie. Mais aucune fixité n’est possible dans la sphère du devenir, ce qui naît est sujet à destruction. Une fois dérangée l’harmonie première, le processus de décadence est enclenché et irréversible, et les changements sociaux vont fatalement vers le pire, en passant par des étapes intermédiaires bien précises qui sont autant de gouvernements naissant les uns des autres jusqu’à la tyrannie, que Platon considère comme le gouvernement le plus injuste, et qui a été engendré par les désordres de la démocratie.

Car, nous dit le philosophe de l’Académie, dans la démocratie l’individualisme s’érige en principe, et son mot d’ordre est la licence sans fin. La plupart des gens étant incapables de se gouverner eux-mêmes, on imagine mal comment ils prétendraient gouverner la cité. La démocratie devient ainsi le désordre de chacun multiplié par autant de citoyens.

Le chaos devient bientôt tel que n’importe qui peut s’emparer du pouvoir et s’ériger en tyran absolu, sans frein ni loi. Et le tyran est l’antithèse du gardien de la cité idéale : il est isolé et vit dans la peur permanente. La dissociation de la cité atteint là son terme en ce que les passions les plus sauvages sont débridées, au service d’un individu se prenant pour un absolu. Il est alors « sans ami, toujours despote ou esclave, ignorant la véritable liberté et la véritable amitié ».

 

C’est pourquoi la pensée politique de Platon est essentiellement conservatrice : comme tout changement politique ne peut aller que vers le pire, il cherche avant tout à stabiliser l’état de fait présent et le servir le mieux possible.

On retiendra la critique féroce de l’idée démocratique, laquelle, sous ses yeux mêmes, par le processus du désordre institué, engendra l’effondrement d’une cité.

Mais aussi qu’à la suite de déboires personnels, Platon observe que tout art humain manipule des choses changeantes, diverses, et dès lors, procède moins par règles générales que par des tours de mains qui s’adaptent aux circonstances. Il nous dit que : « Les dissemblances entre les hommes et entre leurs actions, la complète absence d’immobilité dans les choses humaines, se refusent à toute règle simple portant sur tous les cas et valable pour tous les temps. » Voilà ce qu’auraient dû méditer les théoriciens du XVIIIème siècle qui partent de définitions générales et réductrices pour les ériger en dogmes assassins incapables de régir la complexe humanité.

 

De son côté, Aristote ne concevait de science politique qu’à partir de l’observation et de l’expérience, et non pas selon l’activité théorique pure.

Pour lui, l’unité politique et économique est la famille, et non pas l’individu, lequel n’existe jamais en tant que tel, si ce n’est dans les formes pathologiques collectives et individuelles. D’ailleurs, un individu n’atteint à l’humain que par l’intermédiaire de l’humain (ainsi qu’en témoignent les enfants sauvages).

Par ailleurs, Aristote ne pensait pas spécialement du bien du phénomène révolutionnaire qu’il mettait sur le compte des passions basses livrées à elles-mêmes à la faveur du laxisme démocratique. Comme son maître Platon, il se demande en vain comment la mécanique démocratique pourrait éviter la subversion démagogique. D’autant, ajoute-t-il, que la démocratie-démagogique incline fatalement l’homme à des passions terrestres qui le détournent de sa véritable fin, qui est la contemplation des êtres métaphysiques.

 

Pour reprendre ici trois idées :

– La nécessité de la médiation humaine

– La contestation de la souveraineté de l’individu

– Le réalisme politique,

nous entrons de plain pied dans la pensée contre-révolutionnaire de Louis de Bonald.

 

Louis de Bonald contre les « Lumières »

 

Celui-ci a édifié un système qu’on pourrait définir comme une théorie des intermédiaires qui contre absolument toutes les propositions des philosophes du XVIIIème siècle.

 

Il observe que l’athéisme militant du XVIIIème siècle centre nécessairement toute autorité en l’homme, à défaut d’une transcendance. Il s’ensuit une grande instabilité des institutions en vertu du principe que tout ce que l’homme a inventé, il peut le défaire.

De même, cette absence de transcendance permet de redéfinir l’homme en le réduisant à sa seule composante rationnelle, tendance qui s’origine dans la revendication du protestantisme à lire les Ecritures selon sa propre lumière individuelle. L’ensemble constitue les deux revendications de rationalisme et d’individualisme qui engendreront toute l’épopée tragique des temps modernes.

Bonald jette un regard désabusé sur le contrat social qui en découle : ce contrat est une utopie morale car, livrés à eux-mêmes (à leur propre autorité), les hommes n’accepteront jamais le sacrifice de leurs passions personnelles. Les passions destructrices ne peuvent donc être réformées, pour le bien des gens eux-mêmes, que par un pouvoir social qui leur est extérieur.

Ainsi, cette fois encore, c’est par réalisme social que Bonald réclame la nécessité d’un principe supra-social. Car la supériorité du Théos – référence transcendante – sur le Démos est celle d’une volonté, constante, raisonnable et fixe.

 

Par ailleurs, en bon penseur traditionnel, Bonald établit un rapport analogique entre le politique, la personne et le cosmos. C’est ici que joue à plein sa théorie des intermédiaires.

Si, dit-il, les Idées éternelles (du type platonicien) habitent l’esprit humain dès la naissance, elles ne sont présentes que potentiellement, et ne s’éveillent en l’homme qu’à travers le choc révélateur du langage. On peut dire que le langage communiqué à l’homme dès son jeune âge, révèle l’intelligence à elle-même, et qu’alors seulement les Idées en puissance s’actualisent.

C’est dire que toute espèce d’individualisme donné comme base première s’effondre, car notre intelligence, jusque dans ses plus hautes manifestations, dépend d’une tradition sociale qui s’exprime par le langage et remonte à une Révélation primitive donnée par Dieu. C’est dire la catastrophe que représente le dévoiement du langage où s’instaure une distanciation entre le mot et l’idée, travail pervers que Platon avait déjà dénoncé à son époque, et tout son effort avait été de rétablir la coïncidence entre le mot et l’idée, à la différence du travail des Lumières du XVIIIème siècle qui n’ont eu de cesse que de les désunir.

 

De même, sur le plan politique, le roi est l’intermédiaire entre Dieu et le peuple, dont il est le meilleur soutien contre l’oppression et l’arbitraire, au contraire de l’autoritarisme dictatorial de la démocratie.

C’est donc une hiérarchie générale utile que Bonald esquisse.

1) Dans l’ordre intellectuel où le langage s’originant dans une Révélation supra-humaine dévoile l’idée à la pensée. 2) Dans l’ordre cosmique où le Verbe issu de Dieu informe la Nature. 3) Dans l’ordre politique où le roi, représentant de Dieu, apporte ordre harmonieux et protection au peuple.

 

Enfin, comme Aristote et comme Saint Thomas, contre la théorie du contrat social, Bonald voit dans la famille la plus petite unité de la société naturelle, mais aussi le modèle de la société civile.

Comme ses devanciers, il vante les mérites de l’idée dynastique royale qui assure la fixation du pouvoir dans une famille, et par là un progrès continu et invariable.

Au total : un principe d’autorité d’origine transcendante qui répande ordre, harmonie, protection et instruction spirituelle. A l’opposé, en raison du désordre institué par la libération des passions et des concupiscences de toutes sortes, il est donné implicitement la permission d’exploiter l’homme et celle de le laisser déchoir.

On voit le rapport qui unit le monarque à son peuple : il est du même ordre que le rapport établi entre l’âme et le corps ; tous deux sont un composé où le premier donne forme au second, lui donne la vie, en lui assurant continuité et unité.

 

Revenons une dernière fois à Saint Thomas d’Aquin.

Le Docteur Angélique insiste sur le fait qu’un ensemble social est constitué de mille cas particuliers auxquels il faut accorder des lois particulières qui sont la définition même des privilèges. Il dit clairement : « Les privilèges sont comme des lois privées qui visent des personnes particulières et s’étendent à une multiplicité d’affaires. » Ainsi se constitueront les fameuses libertés de l’Ancien régime, systématiquement supprimées par les Révolutionnaires au nom d’une liberté abstraite s’érigeant en absolu.

Du reste, cette fois encore en opposition avec les sectarismes niveleurs de 1789, Saint Thomas rappelle qu’une philosophie politique digne de ce nom doit respecter les diversités naturelles qui composent une société et la font vivre, y compris la floraison des coutumes.

Le gouvernement personnel, les coutumes et les privilèges, autant de notions dont l’idéalisme révolutionnaire destructeur (au rebours du réalisme thomiste) nie la légitimité au nom d’une liberté mal conçue, d’une raison universelle partout semblable à elle-même qui se rapporte non pas aux humains, mais à un Homme abstrait, un fantôme philosophique.

 

C’est ici le moment de réfléchir sur les notions ambiguës de liberté, de raison, et de bonheur, tant revendiquées par les Lumières, puis de s’inquiéter des conséquences de la désacralisation de la France.

 

Un faux concept philosophique : la Liberté

 

On sait qu’une des principales revendications des Lumières a été la Liberté, posée comme un absolu dès l’origine et ne souffrant aucune limite. L’homme naît libre et devrait pouvoir jouir de cette liberté sans aucune restriction et à jamais.

Ecartons les errances historiques de la Révolution, et occupons-nous du principe en lui-même.

Il s’enracine socialement dans les fameuses sociétés de libre pensée du XVIIIème siècle, qui sont la conclusion de la liberté de pensée et du libre examen des Réformés, comme nous l’avons déjà vu. Essayons de ne pas céder à la séduction immédiate de cette revendication. Car celle-ci entraîne 1) la négation qu’il existe une filiation traditionnelle, vivante et initiatique, d’origine supra-humaine. 2) la réduction de la lecture des Ecritures à l’horizon mental de chacun.

C’est enfermer tout élan intellectuel, philosophique et spirituel dans l’étroite sphère de la raison, et après s’être installé dans celle-ci, nier qu’il existe d’autres degrés de la connaissance. Alors, on pourra édifier la raison comme faculté humaine unique. Rappelons que Saint Thomas – parmi d’autres – distinguait trois étages de la connaissance : la Ratio (qui se rapportait à la vie quotidienne pratique), l’Intellectus (qui s’approprie les vérités universelles de type mathématique), et Sapientia (qui est l’intuition des êtres métaphysiques).

 

Ce jeu de la libre pensée qui réduit l’homme à sa composante inférieure secrète tout son poison dans les sociétés de libre pensée. Augustin Cochin a mis en lumière leur mécanisme : on prétend dans une assemblée atteindre à la vérité par la libre discussion. Quels sont les gens qui vont s’y distinguer ? Les gens de loi et de parole mais aussi les sceptiques qui se permettent de défendre n’importe quelle thèse, les vaniteux, les ambitieux et les superficiels qui abondent en paroles oiseuses et nombreuses. Ceux-là prennent goût à la discussion sans règle et leurs défauts mêmes deviennent des forces. Par contre, les esprits sincères et vrais, qui vont au solide, se trouvent là dépaysés, et s’éloignent d’un monde dont ils n’ont que faire. Ainsi s’éliminent d’eux-mêmes les esprits de qualité, au profit des plus aptes, nous voulons dire les bavards.

On a affaire ici à une sélection mécanique et inévitable où les plus légers, les plus superficiels prendront le haut, et les plus lourds, les plus chargés de pensée réaliste tomberont.

Ainsi se sont faites les épurations automatiques des sociétés qui deviennent de la sorte de plus en plus « pures » au fur et à mesure que les esprits conscients de la complexité de la réalité s’éloignent des bavardages oiseux. Dès lors, notre très pure troupe raisonnante s’avance en sens inverse de la vie réelle vers le monde des nuées, selon la pensée, mais bientôt à la tête de la nation, selon l’histoire.

 

La société de pensée s’éprouve libre en son absence de règles, et va se constituer en modèle universel. Il faudra donc que tout citoyen soit proclamé libre sans frein, faisant table rase d’un passé gênant.

Qu’est alors cette liberté ?

Elle est celle d’un citoyen coupé de sa mémoire, de son passé, de ses traditions, lancé sur la scène de l’histoire, sans référence aucune, sans modèle indicatif, car sa liberté a tout à inventer, jouissant d’un vague pouvoir de raisonner, mais surtout grosse de mille passions chaotiques qui, paradoxalement, vont nécessairement annihiler l’usage de cette liberté. En fait, celle-ci s’éprouve comme un vide, une qualité négative, un manque, qui va fabriquer des errants, des nomades hagards, à la recherche d’un point de repère toujours refusé, puisqu’il sera toujours éprouvé comme un obstacle gênant la libre expression d’une liberté toute d’abstraction. Celle-ci s’avère alors un concept philosophique creux et sans apport éthique.

 

Il faut pourtant observer un fait : c’est l’universalité de la revendication humaine en faveur de la liberté. Sans doute l’histoire du concept accompagne-t-elle celle de la connaissance humaine. Autant dire qu’elle épouse étroitement la chute de l’homme dans l’espace-temps. Au XVIIIème siècle, au temps de nos Lumières, cette chute était achevée, et tout ne pouvait se vivre que dans l’histoire toute matérielle des sociétés, ainsi qu’en témoigne l’émergence de la science moderne : est vrai ce qui se pèse, se mesure et se calcule.

La liberté vraie, c’est la liberté politique, mais encore et toujours vécue comme un absolu car ce sentiment, d’ailleurs inassouvissable sur ce plan, est le souvenir dévoyé d’un âge spirituel où l’homme vivait selon l’Esprit et non selon la raison. Si le mot de liberté raisonne encore si fort en nous, c’est que nous conservons l’invincible nostalgie d’une liberté d’essence spirituelle. Seulement, la source des désordres et des aberrations des révolutions est de prétendre projeter un concept métaphysique appartenant à l’absolu dans le monde tout relatif et contingent de l’histoire.

Car enfin, les Anciens ne s’y laissaient pas prendre si facilement. Si vous demandez au Manuel d’Epictète ce qu’est la liberté, il vous répondra que c’est la situation psychologique d’un homme libéré des conflits avec l’extérieur et avec lui-même, qui a réalisé une espèce d’autarcie intellectuelle et psychologique de sorte qu’il ne dépend pas des circonstances extérieures et qu’il devient cause de lui-même.

Projeté dans le domaine politique, le concept devient fou et engendre mille maux. La sagesse consisterait à le relativiser, puisque le socio-politique appartient au relatif, et à le transformer en libertés relatives ponctuelles et circonstancielles comme dans l’Ancien Régime, et qui sont en réalité des protections précises et indispensables.

 

Nous pouvons donc avancer que la liberté abstraite et absolue des Révolutionnaires est :

1) Absurde, puisqu’elle ne correspond à rien de réel, que le petit d’homme, comme l’a montré Maurras, n’est en rien libre, mais réclame la protection de ses parents, comme la communauté humaine réclame des protections civiles plutôt que cette abstraction philosophique.

2) Redoutable, en ce qu’elle favorise l’émergence d’esprits médiocres et incapables, d’individus en proie à leurs passions, ayant licence d’affirmer des impulsions chaotiques et destructrices. Tout cela signifie que proposer aux hommes une telle liberté les laisse désemparés, sans protection, ce qui reste le meilleur moyen de pouvoir les asservir.

3) Perverse, car cette liberté accompagnée de la rationalisation de l’existence, qui prétend se vivre hors de l’homme dans les domaines socio-politiques, arrache ce même homme à son intériorité, détourne par fascination extérieure et extériorisante l’attention humaine de sa vérité intime. Elle fait oublier que la vraie liberté est une instance intérieure à conquérir, et qu’elle coïncide avec la découverte de notre véritable identité.

C’est engager les hommes à oublier ces vérités évangéliques que « Le royaume des Cieux est au-dedans de nous », et que cette « vérité nous rendra libre ».

 

Dès lors, l’homme soi-disant libre selon nos Lumières est rejeté dans les labyrinthes de l’espace-temps qui sont censés l’enfermer dans sa totalité, selon sa nouvelle définition. Extraordinaire emprisonnement qui représente exactement l’inverse de la sortie de la Caverne de Platon où le philosophe, après avoir triomphé des trompe-l’œil sensoriels et mentaux, émerge enfin de la Caverne du monde pour participer à la vie libre des êtres métaphysiques.

Au contraire, le citoyen libre de 1791 erre sans fin dans son propre emprisonnement mental qu’il verrouille par des institutions politiques. Son destin sera celui que l’histoire nous a montré : la montée du désespoir érigé en pensée philosophique, la déréliction psychologique, l’oubli de son destin spirituel et les pires maux dont l’accableront ceux qui ne verront en lui qu’un simple composé physico-chimique.

 

Autre faux concept : l’Egalité

 

On pourrait traiter exactement de la même façon le concept d’égalité, qui est le souvenir confus de l’état d’excellence où se trouvaient les hommes en contact avec leur Intellect supérieur, autrement dit avec l’Esprit, et qui en faisait des égaux dans cet état de perfection primordial. Autant dire que ce sont les saints qui peuvent prétendre aujourd’hui à une certaine égalité.

Au Moyen Age, cette notion d’égalité se retrouvait dans la fonction sacerdotale à laquelle tout le monde pouvait accéder, pourvu que le prétendant présentât les qualifications nécessaires. L’origine sociale ne jouait plus aucun rôle et « si un paysan ne pouvait devenir prince, il pouvait devenir pape et sacrer l’empereur ».

Cependant, en évoquant l’idée de qualification, nous introduisons immédiatement des différences et une hiérarchie. Car l’idée de caste, tant décriée aujourd’hui, fut d’abord le constat de la dégénérescence spirituelle de l’humanité, et la volonté de préserver quelque chose de l’excellence primordiale chez quelques uns, afin de maintenir présent un dépôt vivant de la Connaissance parmi les hommes déchus. La hiérarchie devient alors éminemment souhaitable, puisqu’elle est le signe pour chacun d’entre nous qu’il y a une possibilité de dépasser notre état présent et de rompre avec ses insuffisances conflictuelles. La soumission à semblable autorité n’est rien d’autre que la soumission à la trace terrestre et sociale de nos propres états supérieurs.

Les mêmes nostalgies ont joué chez les Lumières qui ont, cette fois encore, aplati ce concept spirituel dans un domaine indu, aboutissant à la seule égalité sociale concevable : celle d’un parfait nivellement par le bas, mettant tout le monde au niveau d’une universelle médiocrité. Tout au plus reste-t-il alors une égalité virtuelle, dans son acception supérieure, en fonction d’un éventuel accomplissement spirituel.

 

La Révolution, une apostasie sur tous les plans

 

Résumons-nous :

 

L’esprit de la Révolution se caractérise par l’officialisation de la chute de l’homme du niveau de l’intellect au niveau de la raison. Cependant, l’agnostique et l’athée, quoique coupés de leur propre intellect, ne peuvent se débarrasser d’éléments psychiques dont la fonction normale est d’être les véhicules de l’aspiration vers le transcendant. Ces éléments entretiennent enthousiasme et nostalgies confuses d’états supérieurs perdus qui se trouvent projetés sur la terre, apportant le chaos, étouffant sous un fatras de rêves sentimentaux et totalement irréalistes ce qu’un réalisme raisonnable pourrait accomplir.

Des anciennes vertus qui étaient les ailes de l’âme, il reste un fanatisme rigide de l’absolue religion du progrès. L’homme, en raison de sa véritable nature, ne pouvant pas ne pas adorer, s’il est coupé du plan spirituel, trouvera des dieux à adorer à un niveau inférieur, dotant ainsi quelque chose de relatif de ce qui, seul, appartient à l’absolu.

C’est pourquoi les termes équivoques des Lumières, comme Liberté, Egalité, Science, sont l’objet d’une adoration infra-rationnelle.

Alors qu’en vérité :

1) Un homme libre est un homme libre de lui-même, et qui, de ce fait, n’a plus rien à revendiquer parce qu’il est plein de l’Esprit.

2) Les hommes égaux sont les grands saints qui ont réalisé la parfaite adéquation au divin, et n’ont plus rien, non plus, à revendiquer.

3) Les hommes instruits sont instruits de leur véritable identité et sont repus de la science de Dieu ; qu’auraient-ils à revendiquer?

Car la revendication est l’esprit des Droits de l’homme. L’homme déchu est dans un état de manque permanent, quoiqu’il ne sache pas ce qui lui manque. Aussi réclame-t-il de tous les côtés. Saint-Just, par exemple, demandait le bonheur. Mais si l’on y regarde de plus près, on découvre une confusion entre l’eudémonisme et l’hédonisme, entre l’aspiration au bonheur et la course au plaisir. Confusion verbale caractéristique du vocabulaire révolutionnaire.

Or, l’hédonisme est une erreur : le plaisir s’épuise très vite, demande à être renouvelé. Et la conscience est bientôt envahi par cette obsession d’un plaisir toujours fuyant. Elle fait bientôt naufrage avec un corps épuisé.

Le seul remède serait précisément le bonheur, mais celui-ci appartient à la paix immuable de la vision spirituelle de l’Eternité, laquelle habite le Centre immobile et adorant de l’Etre.

Proposons une nouvelle fois cette image pour mettre en valeur l’opposition flagrante entre l’individu qui a cessé d’errer dans les labyrinthes de l’histoire, qui est entré au-dedans de lui-même pour y trouver le Royaume de Dieu, et l’individu qui perpétue une course échevelée et accélérée vers son propre effondrement.

Car le Grand Œuvre de la Révolution aura été la désacralisation de la France, avec sa conséquence : la mort du roi.

Comprenons pourquoi les deux faits sont liés et quelles en sont les conséquences.

L’oubli des instances supérieures de l’être a fait affirmer que l’homme ne pouvait pas seulement vivre selon l’économique, mais qu’il le devait. Nous avons vu qu’il s’agit là d’une pure illusion qui ne tient pas compte des aspirations profondes, conscientes ou inconscientes, des hommes. Ceux-ci vivent désormais dans un univers fermé sur lui-même, sans ouverture surhumaine, univers désenchanté, comme si l’on avait muré l’ouverture de la Caverne de Platon. Les âmes vouées au plaisir immédiat se désagrègent, et les aventures politiques les plus folles et les plus féroces peuvent se donner cours, faute de références normatives, faute d’éthique puisant à une source supérieure qui soit sa justification et sa promesse d’accomplissement.

Aussi les Révolutionnaires ont beaucoup tué, en toute logique, pour opérer leurs réductions mathématiques. Ils ont tué à peu près la moitié des prêtres de la France d’alors, transformé les églises en lupanars, et tué le roi. En fait, ils ont voulu effacer la moindre trace rappelant l’origine et le destin transcendants des humains.

C’est ici qu’il faut considérer qu’à l’origine mythique, l’âge d’or – l’âge de l’esprit – chaque être était roi en ce qu’il vivait selon l’Esprit, en son Centre vivant.

Au fur et à mesure que les siècles et les cycles passent, l’état originel s’éloigne toujours davantage, et le souvenir de cet état spirituel souverain s’estompe.

C’est alors qu’apparaît sur la scène de l’histoire la royauté comme institution officielle, le roi étant la dernière trace tangible de l’état primordial perdu.

Le roi représente alors un signe double dans notre actualité :

– Celui de l’état primordial

– Celui de l’état final de l’humanité quand elle aura réintégré sa première dignité à la suite de l’accomplissement du mystère de la Rédemption.

 

Le roi est donc un souvenir glorieux et une promesse exaltante. On pourrait évoquer à ce sujet la symbolique des vêtements du roi qui, par leur éclat, représentent le corps de gloire de la résurrection – ainsi qu’en témoigne le sacre du roi à Reims, qui est un cérémonial d’éveil du roi à sa véritable identité, et un résumé rituel du processus de rédemption de l’humanité.

Autant dire que supprimer l’institution royale, c’est supprimer l’ultime signe sur terre de toute transcendance, et c’est renvoyer l’humanité à sa condition bestiale, sans mémoire et sans avenir.

 

La Révolution, fort logiquement, a voulu détruire les églises, les prêtres et le roi, toute trace du culte chrétien, parce qu’elle savait qu’ils étaient les signes de la vérité ultime de l’homme et les moyens de la réaliser. C’est aussi que le chrétien échappait par là à une juridiction étatique à vocation totalitaire. Or, l’Etat révolutionnaire entend régir tout l’homme. Il a donc voulu détruire chez ce dernier ce qui lui échappait, la part qui en faisait un participant potentiel à l’Etre de Dieu.

On voit ici que, quand bien même la Convention n’aurait édicté aucune mesure contre le Christianisme, elle a distillé un poison mortel pour l’âme qu’elle coupe de ses racines, de son enseignement initiatique traditionnel, de son éthique salvatrice, et dont elle ruine ainsi la destinée.

 

C’est alors qu’on peut comprendre la vraie signification des guerres de Vendée. Elles sont une dénonciation de l’irréalisme idéologique des philosophes du XVIIIème siècle, qui ignoraient tout des motivations profondes et des ambitions du cœur humain. On comprend l’horreur de la Convention devant cette résistance qu’elle ne pouvait concevoir de la part de ceux-là même qu’elle prétendait « délivrer » et qui refusaient cette délivrance.

C’est que le contraire de l’abstraite liberté des Philosophes n’est pas l’esclavage, mais la structure protectrice et initiatique de l’Ancien Régime. La liberté « philosophique » laisse l’homme libre de s’égarer, de s’auto-détruire, de manquer sa réalisation métaphysique. Une société véritablement civilisée est une structure non point libertaire, qui finit en licence dévastatrice et mortifère, mais une organisation éclairée qui mène l’homme à sa fin surnaturelle ; qui l’amène en effet à la liberté, parce que celle-ci se conquiert par l’exercice des vertus, autant dire des devoirs, et non des droits qui favorisent le renforcement du sentiment égotique, lequel est l’obstacle par excellence de la réalisation spirituelle.

La revendication du droit aplatit l’homme au-dessous de lui-même ; la revendication du devoir le hausse au-dessus de lui-même. L’un prône les responsabilités et favorise la dissolution ; l’autre revendique la responsabilité et construit le corps de gloire.

Nous avons là deux perspectives aux antipodes l’une de l’autre : …

– L’une qui intériorise et rapproche du Créateur

– L’autre qui extériorise et projette dans les ténèbres extérieures.

Ce sont deux conceptions de la civilisation inconciliables : l’une appartient à la lumière et à la vie ; l’autre aux ténèbres et à la mort.

 

Résumé général

 

Nous pouvons conclure à travers ces trois considérations :

 

1) Le droit monarchique du roi de France est un régime selon la nature, nous assure Saint Thomas, parce que son autorité vient d’En-haut et se fonde en Dieu, ultime assise de tout pouvoir, qui lui assure son unité et sa pérennité, contrairement au régime démocratique où l’autorité vient d’en bas, de la volonté populaire, discordante et changeante. Aussi, toute nation qui veut durer ne peut que s’enraciner dans l’immuable, l’invariabilité des principes transcendant l’histoire.

 

2) Si saint Thomas devait condamner quelque chose des temps modernes, c’est ce fanatisme idéologique cousu d’abstractions fumeuses auquel il opposerait son réalisme qui considère la nature de l’homme, la fin qu’il s’agit de lui proposer, et les moyens d’y arriver. Il rappellerait que cette fin n’est pas seulement temporelle, l’ordre et l’harmonie sociale n’étant pas des fins en soi, mais des moyens de placer l’homme dans la meilleure situation où il pourra œuvrer à son salut. En cela, pour Saint Thomas, toute civilisation digne de ce nom est d’ordre initiatique, mais ici nous nous éloignons vertigineusement des temps modernes.

 

3) Puisque les principes de la Révolution n’ont servi qu’à apporter le malheur, le désordre et la tyrannie, le pillage et le massacre, à quoi visaient-ils fondamentalement ? A faire sauter les structures des civilisations traditionnelles afin que les aigrefins puissent s’ébattre sans entrave et en toute impunité. Ceux-ci ont supprimé toute protection individuelle et collective, dans le même temps qu’ils ont permis aux passions les plus viles de se manifester sur la scène publique, de s’emparer du pouvoir, et de s’ériger en force de loi. Les lois de la République, grâce aux Droits de l’Homme, ce sont les démons de l’âme humaine traduits en système de gouvernement qui oppresse et égare une population désarmée politiquement et intellectuellement.

 

Autant dire que célébrer la Révolution française, c’est faire son repas de néant.

 

 

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