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Il ne faut jamais désespérer du salut des défunts

 

(Nouvelle édition)

 

Doctrine et faits édifiants

 

Œuvre expiatoire

La Chapelle-Montilien (Orne)

 

 

L

’Eglise célèbre « la miséricorde de Dieu qui n’a pas de mesure et sa bonté dont le trésor est infini ». Par la bouche du psalmiste, le Seigneur voulut rappeler à toutes les générations qu’ « Il est clément, patient, tout à fait miséricordieux, qu’Il étend sa miséricorde absolument sur tous » (Ps. CXLIV).

Chaque année, dans l’oraison du Xème Dimanche après la Pentecôte, le prêtre, au nom de tous les fidèles, s’adresse au Dieu tout-puissant et éternel, qui, dans l’abondance de sa tendresse, dépasse les mérites et même les vœux de ceux qui le supplient. L’Eglise dit encore à la messe des défunts, que le propre de Dieu, c’est d’avoir toujours pitié et de pardonner sans cesse.

 

Ces prières sont pour nous une instruction salutaire ; elles nous permettent, suivant l’expression de saint Paul, d’espérer contre toute espérance, lorsque l’angoisse étreint notre cœur sur le sort d’une âme qui vient de paraître devant Dieu.

 

Sans doute, nous ne devons pas nous leurrer d’un espoir chimérique : il est certainement des âmes qui se perdent et sont damnées. Mais, ne l’oublions pas, si dans l’autre vie la justice semble abonder, sans que jamais la bonté perde ses droits, durant la vie présence, – et les textes cités le prouvent – jusqu’à la mort réelle, c’est infailliblement la miséricorde qui prévaut.

 

L’Eglise sanctionne de son autorité infaillible la sainteté d’un grand nombre de ses enfants et les propose à notre vénération ; jamais, par contre, elle ne damne telle personne en particulier, ne voulant pas se prononcer sur le sort éternel qui lui est réservé, parce qu’elle ne connaît pas exactement l’état de l’âme, ni toutes ses dispositions intérieures au moment de la mort. L’Eglise n’a damné ni un Néron, ni un Luther, ni un Voltaire.

 

Saint François de Sales, dans son immense charité, défendait même la pensée défavorable sur le salut de ceux qui, après avoir mal vécu, meurent sans avoir donné de marque de repentir. « Ne les condamnons pas, disait-il, nos conjectures pourraient nous tromper ; la persévérance finale ne se décide pas d’après le mérite ; Dieu s’est réservé le secret de ceux à qui il la donne. » Et pour confirmer cette vérité, il racontait ce qu’il avait entendu dire à un prédicateur sur la mort de Luther : « Qui sait si, à l’heure de la mort, Dieu ne l’aura pas touché de sa grâce efficace. Il est vrai que, s’il n’est pas damné, il l’aura échappé belle, aussi belle que fit jamais homme du monde, et il doit une belle chandelle au bon dieu ; mais enfin, nous devons avoir de grands sentiments de la bonté de Dieu, lequel est infiniment riche en miséricorde. Jésus-Christ offrit sa pais, son amour et le salut à son traître disciple : pourquoi n’aurait-il pas pu offrir la même grâce à ce misérable hérésiarque ? »

L’Evêque du Belley, confident de François de Sales, atteste que celui-ci « ne voulait jamais que l’on désespérât de la conversion des pécheurs jusqu’à leur dernier soupir, disant que cette vie était la voie de notre pèlerinage, en laquelle ceux qui sont debout pouvait tomber, et ceux qui tombaient pouvaient, par la grâce de Dieu, se relever. Il allait plus loin ; car, même après la mort, il ne voulait pas que l’on jugeât mal de ceux qui avaient mené une mauvaise vie, sinon de ceux dont la damnation était manifeste par l’Ecriture. Hors de là, il ne voulait pas que l’on entrât dans le secret de Dieu, qu’il a réservé à sa sagesse et à sa puissance. Même après le dernier soupir, il voulait que l’on espérât bien de la personne expirée, quelque fâcheuse mort qu’on lui eût vu faire, parce que nous ne pouvions avoir que des conjectures fondées sur l’extérieur, sur lequel les plus habiles peuvent se tromper[1] ».

 

Le P. de Pontlevoy raconte, dans la Vie du P. de Ravignan, que ce saint et savant religieux aimait à espérer beaucoup pour les pécheurs surpris par la mort, lorsque, d’ailleurs, ils n’avaient pas au cœur la haine de Dieu. Volontiers, il parlait des mystères du moment où on expire et il pensait qu’un grand nombre de pécheurs se convertissent à ce dernier instant. « Chrétiens, placés sous la loi de l’espérance non moins que de la foi et de l’amour, nous devons nous élever sans cesse du fonds de nos peines jusqu’à la pensée de la bonté infinie du Sauveur. Aucune borne, aucune impossibilité n’est placée ici-bas entre la grâce et l’âme tant qu’il reste un souffle de vie. Il faut donc toujours espérer et adresser au Seigneur d’humbles et persévérantes instances. De grands saints et de grands docteurs ont été bien loin en parlant de cette efficacité puissante des prières pour des âmes chéries. Nous connaîtrons un jour ces merveilles de la miséricorde divine. Il ne faut jamais cesser de l’implorer avec une profonde confiance[2] ».

 

« Qui peut dire les miséricordes de Dieu au lit de mort de ses enfants ? Écrit Mgr. Bougaud[3]. Là, dans les ombres confuses de la dernière heure, où l’œil de l’homme ne discerne plus rien, qui peut savoir ce qui se passe entre Dieu et une âme ? Quand l’âme erre sur les lèvres, comme un léger souffle, déjà plus de la terre, pas encore du ciel, au moment où Dieu s’approche pour recueillir cette âme, qui peut dire ce qui se passe ? Une mère repousserait-elle son enfant, même ingrat ? N’essaierait-elle pas par tous les moyens de le ramener à elle ? Ne fera-t-elle pas les premières et les dernières avances ? N’excédera-t-elle et jusqu’au bout ne cherchera-t-elle pas à le sauver, même malgré lui ? Or, Dieu est plus que mère…

 

« Oh ! Que nous connaissons peu le cœur de Dieu ! Quand l’homme va mourir, cet homme qu’il a créé de ses mains, qu’il a surveillé avec tendresse durant toute sa vie, qu’il a talonné, frappé, blessé, illuminé pour le rappeler à lui, quand il va mourir, Dieu se prépare à lui livrer le dernier combat, le combat de l’amour, le combat suprême d’une mère qui, voyant que son fils va lui être arraché, arrive au paroxysme de la colère et de l’amour. Il descend donc, ce Dieu de bonté ; il se penche, ce père inquiet, sur la couche douloureuse où va mourir un de ses fils. Il fait appel à tout ce qu’il a employé déjà pour le vaincre, grâces, tendresses, bienfaits :

            Je t’en avais comblé, je t’en veux accabler !

 

« Si le malade se rend au premier assaut, les hommes voient le triomphe et la religion se réjouit de la conversion d’un pécheur. Mais, si l’homme résiste et entre, avant d’avoir cédé, dans les ombres qui précèdent la mort, le combat ne cesse pas pour cela ; il continue, et la victoire peut encore rester à Dieu, alors qu’il n’y a plus pour les hommes aucun moyen de le savoir. Quand les yeux du malade sont déjà envahis par les ombres de la mort, quand les pieds sont froids, quand, pour s’assurer qu’il vit encore on est obligé de poser la main sur son cœur, si la main était plus sensible, elle sentirait la lutte qui continue, lutte suprême. Il s’agit d’obtenir un mot, moins qu’un mot : un souffle, un simple élan ! Dieu y travaille avec l’obstination de l’amour.

 

« Vous me direz : Que savez-vous de tout cela ? Où avez-vous pris l’histoire de cette lutte ? Et moi je vous réponds : je l’ai prise dans votre cœur. Êtes-vous père ? Êtes-vous mère ? Ce que je dis là, nb le feriez-vous pas ? Eh quoi ! Le cœur de Dieu ne vaudrai-il pas le vôtre ? Et vous auriez l’honneur de faire pour vos enfants plus que Dieu ne ferait pour les siens ? Cela est impossible. – Et c’est ainsi, ô religion divine, que nulle douleur ne reste sans consolation ; tu les embaumes toutes dans l’espérance. »

 

Qui oserait poser une limite aux ressources infinies de l’amour divin pour s’immiscer au fond d’une âme et vaincre toutes ses résistances, alors même que tout au dehors semble annoncer que cette âme a vaincu Dieu en le repoussant ? Dieu se contente de si peu ! Un mouvement du cœur que nul ne peut percevoir, une larme invisible qui sort au dernier moment, c’en est assez pour émouvoir son infinie pitié. Pour une pauvre petite larme, per una lagrimetta, selon l’expression de Dante, voilà une âme arrachée à l’enfer et sauvée !

 

Pour en douter, il faudrait méconnaître le caractère même de Dieu et l’importance souveraine du dernier instant pour l’homme. Durant tout le cours de notre vie, Dieu a toujours fait plus qu’il n’a promis, jusqu’à dépasser nos belles espérances. Il n’a cessé toute notre vie de frapper à la porte de nos cœurs et de répandre sur nous l’abondante et féconde rosée de sa grâce. A quel résultat va aboutir cette action continue de la puissance, de la justice, de la bonté de Dieu ? Comment supposer que ses miséricordes vont précisément s’arrêter à l’instant solennel où il s’agit d’assurer ou de sacrifier pour toujours non seulement notre bonheur, mais l’honneur de son Fils incarné et les intérêts de sa propre gloire ? N’est-il pas, au contraire, plus que probable ; mieux, n’est-il pas pleinement conforme aux mœurs de Dieu, qu’à ce dernier instant, – le seul d’ailleurs vraiment décisif et irrévocable, – il tente un dernier et suprême effort et s’emploie, par sa toute-puissance action, à prévenir la perte éternelle de sa créature et la stérilité pour elle du sang rédempteur. Cette heure de la mort est une heure de vérité et de grâce. Dieu s’approche alors plus pour secourir et sauver que pour juger. C’est la dernière chance qui lui reste pour gagner sa créature. Sa sagesse saura en profiter. Mais les yeux éteints du moribond, son visage sans expression ou contracté par la douleur, sa bouche sans paroles, dérobent à nos regards ce suprême effort de l’amour de Dieu et de sa tendre miséricorde pour l’homme et gardent secrète l’entrevue dernière, dans les ombres de la foi, du Créateur avec sa créature.

 

*

*  *

 

« Deux voies, écrit Mgr. Chollet[4], ont été préparées par la commisération de Dieu et du Christ aux âmes qui sont mises au dernier moment, dans l’impuissance de se confesser et de donner tous les signes de la prédestination et du salut… L’Extrême Onction remet les péchés si le malade en avait l’attrition au moment où il perdit connaissance, où s’il l’a, sans pouvoir la manifester, quand le sacrement lui est conféré. » L’Archevêque de Cambrai montre que Dieu offre sans cesse au pécheur la grâce pour former cet acte de repentir, et que bien souvent l’homme regrette ses fautes aussitôt commises quand il est tombé par l’effet de la passion, de l’aveuglement ou de l’entraînement des mauvaises compagnies. Mais si la pauvre victime, par suite d’un accident, de la solitude, n’a pu recevoir aucun sacrement, si elle n’a pas eu le temps de réfléchir, ne fût-ce qu’un instant, ni d’implorer la miséricorde divine, l’incertitude de son sort éternel est un martyre pour sa famille. « La théologie et votre propre piété, répond Mgr. Chollet, vous permettent encore d’espérer. La contrition parfaite, chez celui qui ne peut être purifié ni par l’absolution ni par l’extrême-onction est libératrice… Elle ne demande qu’un élan du cœur, un tressaillement de la conscience… Qui vous dit qu’à la minute dernière, Dieu, qui est l’infinie Tendresse, le Christ dont le Cœur a des trésors d’indulgence rédemptrice, ne s’est pas penché sur le mourant, qu’il ne lui a pas envoyé une de ces lumières qu’il ne réserve qu’aux mourants, qu’il ne lui a pas montré le néant de sa vie, l’erreur de ses fautes, qu’il ne lui a pas insufflé le regret de ses chutes, le désir de l’absolution et l’attrait du beau éternel auquel il touchait ? Qui vous dit que cette grâce spéciale et suprême n’a pas été victorieuse et que, dans le naufrage de la vie, la conscience n’a pas retrouvé, en un éclair, l’élan des jours d’innocence, de l’enfance pure, du matin béni de la première Communion ?

 

« Irai-je plus loin ? Vous dirais-je que, peut-être, à l’heure actuelle, vous pouvez encore augmenter votre confiance en cette insigne faveur du Christ envers celui que vous pleurez ; que vous avez le pouvoir, par une sorte d’effet rétroactif, de reculer jusqu’u dernier soupir du défunt, pour y jeter la supplication de vos prières actuelles, la force et la richesse de vos mérites futurs ; qu’enfin, ce que vous ferez demain peut décider de ce qu’a valu hier le cœur agonisant de votre mari ou de votre fils ? »

 

*

*  *

 

Nous croyons utile de rapporter ici quelques faits, – plusieurs ont été déjà cités dans le Bulletin jadis ; – ils sont de nature à donner confiance aux âmes inquiètes.

 

Saint Nicolas de Tolentino avait deux cousins dont l’un se nommait Gentile de Guidiani. Ce dernier, qui menait une vie coupable, fut tué par un rival dans le château d’Apezzana, et le Serviteur de Dieu l’apprit étant à Récanati, où il s’était rendu quelque temps après son ordination. Il en éprouva un profond chagrin en songeant à la conduite criminelle de l’infortuné ; tombant à genoux, il versa d’abondantes larmes et s’écria : « Oh ! Je crains bien que le malheureux ne soit déjà condamné ! »

 

Puis, ne se contentant pas de regrets stériles, il augmenta ses pénitences déjà si dures, et ses oraisons déjà si longues et multipliées ; il offrit le sacrifice de l’autel pour le défunt, et ne cessa plus ni jour ni nuit de prier amoureusement Notre-Seigneur d’avoir pitié de cette âme coupable, et de lui faire connaître si elle était sauvée ou perdue pour l’éternité. Pendant deux semaines, Nicolas ne cessa de solliciter cette double grâce par ses pleurs, ses supplications et ses sanglantes mortifications. Or, le quinzième jour à minuit, au moment où il se levait pour allumer la lampe qui brûlait devant le tabernacle, il entendit tout à coup une voix qui disait :

« Mon frère, mon frère, rendez grâce au Seigneur Jésus ; il a jeté des regards de pitié sur vos oraisons et vos larmes ; je devais être condamné, mais vos prières m’ont sauvé ! »

 

Le Saint craignant une illusion du démon, qui se transforme souvent en ange de lumière, répondit : « Pourquoi me tentes-tu, ennemi de tout bien ? Mon frère est mort ; et il n’appartient qu’à Dieu seul de le sauver ou de le damner.

- N’ayez aucun doute, mon frère, repris alors l’apparition ; je suis vraiment Gentile, votre cousin. C’est à vos prières que je dois d’avoir été préservé de l’enfer par Notre-Seigneur Jésus-Christ ! »

 

Ainsi, Notre-Seigneur avait une si vive tendresse pour son serviteur, qu’il fermait à sa prière les portes de l’abîme éternel devant un grand pécheur et il lui donnait une de ces grâces extraordinaires qui, en un seul instant, au dernier moment de l’existence, font du plus grand coupable un juste appelé au divin royaume ; juste qui, après le temps de la purification et de l’épreuve du Purgatoire, prendra place parmi les élus par l’effet d’une miséricorde infinie. (Extrait de la vie du saint.)

 

Dans un monastère de la Visitation, au temps de Mère de Chantal, il y avait une sainte et humble religieuse célèbre d’abord à la cour par sa beauté, et plus tard au cloître par ses prières perpétuelles et ses pénitences. Elle se nommait Marie-Denyse de Martignat. Elle avait été dame d’honneur de la duchesse de Nemours. Or, un jour qu’elle était en oraison, elle apprit miraculeusement que le duc de Nemours, Charles-Amédée, venait d’être tué en duel par son beau-frère, le duc de Beaufort. Tout en larmes, la mère de Martignat va se jeter aux pieds de sa supérieure, lui dit l’affreuse nouvelle et ajoute : « Il a été tué raide ; mais ne craignez rien, au moment où l’épée l’a touché, dans cet éclair, il a eu le temps d’élever son âme à Dieu et d’obtenir son pardon. Il est au Purgatoire ; mais si bas ! Hélas ! Qui l’en tirera ? » Une semaine après, arriva au couvent la nouvelle que, ce même jour et à la même heure, le duc était mort. La sainte mère ajoutait : « Je ne suis pas tant émue du lamentable état de souffrances où j’ai vu cette âme que dans l’admiration de la bienheureuse grâce qui a fait son salut. Je vois cet instant béni comme un écoulement de l’infinie bonté : douceur et charité divine ! Ce n’est pas sa vie qui lui a valu cette miséricorde ; c’est un effet de la communion des saints, par la participation qu’il a eue aux prières que l’on a faites pour lui. » (Vie des premières mères de la Visitation, par L. Veuillot.)

 

Le 13 décembre 1855, mourait dans le judaïsme la mère du célèbre P. Hermann, artiste juif devenu religieux carme. A cette nouvelle, accablé de douleur, le P. Hermann va trouver le saint Curé d’Ars ; et celui-ci, avec ce ton de claire vue de l’avenir que Dieu lui avait accordée, lui dit : « Espérez ! Vous recevrez un jour en la fête de l’Immaculée-Conception une lettre qui vous apportera de grandes consolations. » Or, six ans après, le 8 décembre 1861, le Père, qui avait presque oublié la parole du saint Curé, reçu d’un jésuite une lettre lui racontant qu’une personne, morte depuis en odeur de sainteté, lui avait confié qu’ayant osé interroger Notre-Seigneur au sujet de cette mort, le bon Maître lui avait dit : « Je ne dois ma grâce à personne. Mais sache-le : plutôt que de manquer aux promesses faites à la prière, je bouleverserais le ciel et la terre. Toute prière qui a pour but ma gloire et le salut des âmes est toujours exaucée, si elle est bien faite. » Puis il ajouta qu’à la prière de sa divine Mère, il avait envoyé à la mère du P. Hermann une grâce miraculeuse ; et elle s’était écriée : « O Jésus, je crois, j’espère ; ayez pitié de moi. » (Vie du P. Hermann, par Sylvain.)

 

Parfois, aux pieds du saint Curé d’Ars sont venues tomber des personnes au désespoir : un être cher leur avait été ravi, un pécheur, hélas ! Et elles le croyaient perdu pour jamais. Mais de son mystérieux regard, M. Vianney avait vu plus loin qu’elles.

 

Une dame pieuse – raconte Mlle de Belvey qui ne la désigne pas autrement – avait un mari qui ne pratiquait pas. Elle priait beaucoup pour sa conversion, car il avait une maladie de cœur assez avancée et il pouvait mourir subitement. Cette dame aimait à orner la statue de la Vierge placée dans sa maison. Son mari se plaisait à lui cueillir des fleurs et les lui offrait, sachant bien quel usage elle allait en faire. Il mourut de mort apparemment subite, sans avoir pu se reconnaître, croyait-on, sans sacrements. Le chagrin de son épouse fut effrayant ; elle en tomba malade et on craignit pour sa raison. Enfin elle put venir à Ars, bien que d’un pays très éloigné. « Madame, lui dit le saint Curé à la première rencontre, avez-vous oublié les bouquets de fleurs que vous offriez à la Sainte Vierge ? » Ces paroles, qui la plongèrent d’abord dans l’étonnement, la rassurèrent, la consolèrent, lui rendirent la santé du corps et le calme de l’esprit.

 

Un jour, M. l’abbé Guillaumet, qui fut de longues années supérieur de l’Immaculée-Conception à Saint-Dizier (Haute-Marne), se rendait à Ars. C’était en 1855 ou en 1856. Dans le compartiment, il n’était question que des merveilles du saint village ; le nom de M. Vianney était sur toutes les lèvres. Or, assise à côté du prêtre, une dame en grand deuil écoutait silencieusement. Comme à l’arrivée en gare de Villefranche, M. Guillaumet s’apprêtait à descendre, cette dame ouvrit enfin la bouche pour lui dire : « Monsieur l’abbé, permettez-moi de vous suivre à Ars… Autant là qu’ailleurs, n’est-ce pas ? Je voyage pour me distraire. »

L’abbé accepta de guider un peu l’étrange voyageuse quand ils seraient dans le village. La voiture qu’ils prirent à Villefranche les déposa devant l’église. Le catéchisme de 11 heures touchant à sa fin, M. Guillaumet conduisit cette femme entre l’église et le presbytère. L’attente ne fut pas longue. Le Curé d’Ars, revêtu encore du surplis, apparut… Il s’arrêta devant la dame en noir qui, pour imiter la foule, s’était mise à genoux. Il se pencha à son oreille. « Il est sauvé », lui dit-il. L’inconnue eut un sursaut. M. Vianney reprit : « Il est sauvé ». Un geste d’incrédulité fut toute la réponse de cette étrangère. Alors, le saint, scandant bien tous les mots, répliqua : « Je vous dis qu’il est sauvé. Il est en Purgatoire et il faut prier pour lui… Entre le parapet du pont et l’eau, il a eu le temps de faire un acte de repentir. C’est la Sainte Vierge qui lui a obtenu sa grâce. Rappelez-vous le mois de Marie dressé en votre chambre. Quelquefois votre époux, bien qu’irréligieux, s’est uni à votre prière. Cela lui a mérité le repentir et un suprême pardon. »

 

M. Guillaumet, on le conçoit, ne comprenait rien à ces paroles, que, placé tout près de la veuve, il entendait distinctement. Il ne sut que le lendemain de quelles lumières merveilleuses Dieu avait éclairé son serviteur. La dame en deuil passa dans la solitude et la prière les heures qui suivirent son entrevue avec M. Vianney. Sa physionomie n’était plus la même ; elle avait retrouvé la paix.

 

Sur le point de repartir, elle alla remercier M. Guillaumet. « Les médecins m’obligeaient à voyager pour ma sante, ajouta-t-elle ; je n’avais en réalité qu’un désespoir atroce en songeant à la fin tragique de mon mari. Il était incroyant et je ne vivais que dans la pensée de le ramener à Dieu. Je n’en ai pas eu le temps. Il s’est noyé par un suicide volontaire !… Je ne pouvais le croire que damné. Oh ! Ne plus jamais nous revoir !… Et vous avez entendu ce qu’il m’a dit et redit, le Curé d’Ars : « Il est sauvé ! » Je le reverrai donc au ciel, Monsieur l’abbé, je suis guérie. »

 

*

*  *

 

Nous venons de rappeler, par ces exemples, que la miséricorde de Dieu est infinie ; la grâce peut toucher l’âme du pécheur au moment où elle est séparée du corps.

 

« Il est dans l’homme, dit saint Augustin, un double et insondable mystère ; celui de sa conscience et celui non moins profond de sa mort ; sa conscience, que nul autre homme que lui ne connaît ici-bas et qui demeure sur la terre son secret et celui de dieu ; sa mort, instant décisif, où personne ne saurait dire ce qui s’est passé au fond de l’âme qui vient de quitter la terre. »

 

Oui, personne ne saurait dire quels revirements soudains la grâce opère parfois dans une âme au moment suprême. Y aurait-il tout l’appareil extérieur de l’impénitence finale, que l’âme aurait encore pu se ressaisir et ne point rejeter la dernière grâce que Dieu lui offrait après tant d’autres.

 

Ne désespérons donc jamais, mais, il ne faut pas l’oublier, si cette âme est sauvée, elle n’a pu faire pénitence ; elle gémit au milieu des flammes du Purgatoire, car sa dette est grande vis-à-vis de la justice divine.

 

Prenons en pitié leurs souffrances et leur délaissement. Permettons à Dieu de parfaire au plus tôt son œuvre de miséricordieuse bonté. Répondons sans tarder aux ardents désirs du Cœur de Jésus par nos pieux suffrages, par l’offrande du Saint Sacrifice. Hâtons la délivrance de ces pauvres âmes qui lui ont tant coûté, de ces brebis égarées pour lesquelles il a répandu tout son sang et qu’il a si longtemps pressées de ses plus paternelles instances.

 

 

 

 

Nihil obstat.                                                                                                     Imprimatur

P. Bricon,                                                                                                        Séez, le 18 mars 1935

censor.                                                                                                               Ch. Leconte, v. g.

 

 

 

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[1] Mgr. Camus, Esprit de saint François de Sales, IIIe p., ch. XII.

[2] Vie du R. P. de Ravignan, ch. X.

[3] Le Christianisme et les temps présents, l. I, ch. XII.

[4] Nos Morts. Post-scriptum : Un rayon dans la nuit…, Chez Lethielleux, 10, rue Cassette, Paris (VIe).

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