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Saint Thomas d’Aquin

 

_________

 

L’activité du Saint-Esprit

dans l’âme chrétienne

 

Traduction et notes

par le R. P. A.-M. Roguet, O. P.

 

 

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Approbation

 

Nous avons lu l’opuscule « Saint Thomas d’Aquin, l’activité du Saint-Esprit dans l’âme chrétienne » (traduction de IV, Contra gentes, 21 et 22), par le R. P. Roguet, et nous l’avons trouvé digne d’être publié.

 

Imprimi potest :

Paris, le 4 août 1938.

R. P. A. MOTTE, vicaire provincial.

 

Imprimatur :

Lutetiæ Parisiorum,

die 30. Septembris 1938.

V. DUPIN, v. g.

 

 

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Avant-propos

 

 

L’

opuscule que voici est la traduction des chapitres vingt-et-unième et vingt-deuxième du Quatrième Livre de la Somme contre les Gentils de Saint Thomas d’Aquin. Ceux qui dressent une cloison étanche entre les recherches techniques du philosophe ou du théologien et les affections de la piété seront surpris que nous ayons été chercher dans cet ouvrage sévère de quoi composer un opuscule de dévotion : mais théologie et piété s’attachent au même Dieu, mieux aimé lorsqu’il est mieux connu. Nous sommes sûr que toutes les âmes désireuses d’une nourriture substantielle seront éclairées et réconfortées par ces quelques pages où la théologie se met si simplement au service de l’Ecriture Sainte pour éclairer les réalités les plus profondes de la vie chrétienne.

Les savants trouveront que notre traduction atténue parfois la force de l’original. Ils n’ont qu’à lire le texte qui reste à leur disposition.

Ici nous avons cherché avant tout à ne pas rebuter ceux à qui la langue scolastique est inconnue et rébarbative. C’est à eux aussi que sont destinés nos sous-titres et les très modestes notes placées à la fin de la brochure.

C’est un devoir pour nous de dédier ce tout petit travail à la mémoire du T. R. P. Synave qui, dans les débuts de notre apprentissage théologique, nous a signalé ces pages de lumière forte et douce que nous n’avons jamais cessé de relire, de méditer et de prêcher.

 

A.-M. R.

 

 

 

 

L’activité du Saint-Esprit dans l’âme chrétienne

 

 

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En quel sens on peut dire que le Saint-Esprit nous a été donné.

 

L

orsque nous acquérons une ressemblance avec une perfection divine, on dit que cette perfection nous est donnée.

C’est ainsi que la sagesse de Dieu nous est donnée en ce sens que nous devenons semblables, d’une certaine façon, à la sagesse divine. Le Saint-Esprit, lui, procède par mode d’amour[1] : il est l’amour dont Dieu s’aime soi-même.

Aussi lorsque nous acquérons une certaine ressemblance avec cet amour, lorsque nous aimons Dieu, on dit que le Saint-Esprit nous est donné. Ainsi Saint Paul : La Charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. (Ep. aux Rom., V, 5.)

 

Le Saint-Esprit produit en nous l’amour pour Dieu.

 

Mais les œuvres produites en nous par Dieu se relient à Dieu ou bien comme à leur cause productrice, en tant que ces œuvres sont des effets en nous de l’activité de Dieu, -ou comme à leur cause exemplaire, leur modèle, en tant que l’œuvre de Dieu en nous crée une ressemblance avec Lui. Comme l’activité, aussi bien que l’essence d’où elle dérive, est commune au Père, au Fils et à l’Esprit-Saint, tout ce que Dieu produit en nous comme cause productrice, est produit à la fois par le Père, le Fils et l’Esprit-Saint[2]. Au contraire la parole de sagesse[3] par laquelle nous connaissons Dieu, et qui est déposée en nous par Dieu, crée une présence et une ressemblance spéciale du Fils. De même l’amour dont nous aimons Dieu est l’empreinte particulière du Saint-Esprit. La charité qui est en nous, bien qu’elle soit produite à la fois par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, peut ainsi être appelée, à un titre spécial, l’œuvre en nous du Saint-Esprit.

 

Par le Saint-Esprit Dieu habite en nous.

 

Comme les œuvres divines ne reçoivent pas seulement de l’opération divine le commencement de leur être, mais aussi leur maintien dans l’être, et comme aucun agent ne peut produire une œuvre là où il n’est pas[4] … il s’ensuit que là où se trouve un effet produit par Dieu, là aussi se trouve Dieu lui-même qui produit cet effet. Donc, comme la charité dont nous aimons Dieu est, en nous, l’effet du Saint-Esprit, il s’ensuit que le Saint-Esprit lui-même est en nous aussi longtemps que la charité est en nous.

Comme le dit Saint Paul : Ignorez-vous que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (1ère Ep. aux Cor., III, 16). Comme le Saint-Esprit fait que nous aimons Dieu, et comme l’être aimé habite en celui qui l’aime, il s’ensuit nécessairement que, par le Saint-Esprit, le Père lui aussi, et le Fils, habitent en nous. D’où la parole de Notre Seigneur : Nous viendrons vers celui qui aime Dieu et nous ferons chez lui notre demeure (Saint Jean, XIV, 23), et encore : Nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné (1ère Epître de Saint Jean, III, 24).

 

Par le Saint-Esprit Dieu nous aime.

 

Dieu aime particulièrement ceux à qui Il donne de L’aimer par le Saint-Esprit. Car leur donnerait-il un pareil bien, s’il ne les aimait pas ? C’est le sens de cette parole, prononcée au nom du Seigneur : J’aime ceux qui m’aiment (Proverbes VIII, 17). Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu d’abord, mais c’est bien Lui qui nous a aimés le premier (1ère Epître de Saint Jean, IV, 16). Nous connaissons que nous demeurons en lui et Lui en nous, en ce qu’Il nous a donné de son Esprit (id. 13).

 

Le Saint-Esprit nous révèle les secrets de Dieu.

 

Une des caractéristiques de l’amitié est qu’on dévoile ses secrets à son ami : l’amitié unit les sentiments et de deux cœurs n’en fait plus qu’un, si bien qu’on ne croit pas extraire de son cœur ce que l’on dévoile à un ami. Notre-Seigneur a donc pu dire à ses disciples : Je ne vous appellerai plus des serviteurs... Je vous ai appelé mes amis... parce que tout ce que j’ai appris de mon Père je vous l’ai fait connaître (Saint Jean, xv, 15). Puisque le Saint-Esprit nous établit amis de Dieu, on a donc raison de dire j que c’est le Saint-Esprit qui révèle aux hommes les mystères divins[5], comme lorsque Saint Paul nous dit : Il est écrit que ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que le cœur de l’homme n’a pas reçu - à savoir ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment - à nous Dieu l’a révélé par son Saint-Esprit (1ère Ep. aux Cor., II, 9, 10).

Et parce que l’homme parle pour communiquer ce qu’il sait, on a encore raison d’attribuer au Saint-Esprit la parole par laquelle l’homme exprime les divins mystères : L’Esprit dit les mystères (1ère Ep. aux Cor., XIV, 2). Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous (Saint Matthieu, X, 20). Il est dit des Prophètes que : C’est sous l’inspiration du Saint-Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé (2e Ep. de Saint Pierre, 1, 21). Et le Symbole de la foi dit du Saint-Esprit : Il a parlé par la bouche des Prophètes.

 

Le Saint-Esprit nous communique les dons de Dieu.

 

Non seulement c’est une caractéristique de l’amitié que de dévoiler ses secrets à son ami à cause de l’unité de sentiments : cette unité exige encore que l’on fasse partager à son ami ce qu’on possède. Un ami, c’est un autre soi-même : il faut donc le secourir comme soi-même, en lui faisant partager ce qu’on a. Voici donc une nouvelle caractéristique de l’amitié : vouloir et faire du bien à l’ami. Celui qui, possédant les biens de ce monde, voit son frère dans le besoin et lui ferme ses entrailles, comment la charité de Dieu demeure-t-elle en lui ? (1ère Ep. de Saint Jean, III, 17). C’est en Dieu surtout que se vérifie cette caractéristique de l’amitié, car, en Lui, le vouloir est réalisateur. On a donc raison de dire que tous les dons de Dieu nous sont communiqués par le Saint-Esprit. Ainsi : à l’un, par l’Esprit, est donnée la parole de sagesse ; à cet autre, la parole de science, selon le même Esprit, et après une longue énumération de dons analogues, Saint Paul conclut : Tous ces dons divers sont l’œuvre d’un seul et même Esprit qui les distribue à chacun comme Il l’entend (1ère Ep. aux Cor., XII, 8, 11).

 

Le Saint-Esprit nous procure la béatitude.

 

... Pour que l’homme parvienne à jouir avec sa propre nature de cette divine béatitude qui appartient à Dieu, il faut d’abord qu’il acquière par des perfectionnements spirituels une certaine ressemblance avec Dieu, et ensuite qu’il agisse dans la ligne de ces enrichissements divins. C’est à cette condition qu’il obtiendra enfin la béatitude divine. Or les dons spirituels, on l’a vu, nous sont donnés par le Saint-Esprit. Ainsi c’est par le Saint-Esprit que nous sommes modelés à la ressemblance de Dieu ; c’est par lui encore que nous sommes rendus capables de bien agir ; c’est par lui enfin que la route nous est ouverte vers la béatitude. Cette triple action du Saint-Esprit est suggérée par Saint Paul lorsqu’il nous dit : Dieu nous a oints, et il nous a marqués de son empreinte, et il a donné le gage de l’Esprit dans nos cœurs (2e Ep. aux Cor., I, 21, 22). Et encore : Vous avez reçu l’empreinte de l’Esprit-Saint de la promesse, qui est le gage de notre héritage (Ep. aux Eph., I, 13, 14). L’empreinte se rapporte à la ressemblance, l’onction au pouvoir qui rend l’homme capable d’actions parfaites, et le gage à l’espérance qui nous oriente vers l’héritage céleste qui est la béatitude sans bornes.

 

Le Saint-Esprit fait de nous les enfants de Dieu.

 

Puisque aimer consiste à vouloir du bien et puisque c’est par bienveillance que nous faisons d’un homme notre fils adoptif pour lui donner part à notre héritage, on a raison d’attribuer au Saint-Esprit l’adoption des enfants de Dieu : Vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants, grâce auquel nous nous écrions : Abba (Père) (Ep. aux Romains, VIII, 15).

 

Le Saint-Esprit purifie l’âme.

 

Du fait qu’on devient l’ami d’un homme, toute offense est exclue, car l’amitié s’oppose absolument à l’offense : La charité recouvre toutes les fautes (Proverbe X, 12). Puisque le Saint-Esprit nous établit amis de Dieu, il s’ensuit que c’est par Lui que Dieu nous remet nos péchés. Ainsi Notre-Seigneur dit à ses disciples : Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis (Saint Jean, XX, 22). C’est pourquoi la rémission des péchés est refusée à ceux qui blasphèment l’Esprit-Saint : ils se privent de ce qui obtient à l’homme la rémission des péchés. C’est à cause de ce rôle du Saint-Esprit qu’on lui attribue encore notre renouvellement et notre purification : Envoyez votre Esprit et tout sera recréé et vous renouvellerez la face de la terre (Psaume CIII, 30) ; Soyez renouvelés dans l’esprit de votre cœur (Ep. aux Eph., IV, 23). Quand le Seigneur aura purifié les souillures des filles de Sion et aura lavé Jérusalem du sang qui est au milieu d’elle, dans l’esprit de jugement et dans l’esprit de zèle dévorant... (Isaïe, IV, 4.)

 

Après avoir considéré, en nous appuyant sur les Saintes Ecritures, les œuvres produites en nous par le Saint-Esprit, considérons maintenant la façon dont le Saint-Esprit nous meut vers Dieu.

 

Le Saint-Esprit nous fait converser avec Dieu.

 

Une caractéristique capitale de l’amitié consiste dans le commerce familier que l’on a avec son ami. Le commerce de l’homme avec Dieu consiste dans la contemplation, selon la parole de l’Apôtre : Notre commerce est dans les cieux (Ep. aux Philippiens, III, 20). Comme le Saint-Esprit fait de nous des hommes qui aiment Dieu, il s’ensuit que le Saint-Esprit fait de nous des hommes qui contemplent Dieu[6] : Pour nous qui, à visage découvert, réfléchissons comme un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de clarté en clarté, par l’Esprit du Seigneur (2e Ep. aux Cor., III, 18).

 

Le Saint-Esprit, cause de notre joie.

 

C’est une autre caractéristique de l’amitié que l’on fait ses délices de la présence de l’ami, qu’on se réjouit de ses paroles et de ses actions et que l’on trouve en lui le réconfort contre toutes les peines. C’est pourquoi dans nos tristesses nous nous réfugions vers nos amis pour trouver auprès d’eux du réconfort. Puisque le Saint-Esprit nous établit dans l’amitié avec Dieu, le fait habiter en nous et nous en lui, il s’ensuit que nous recevons de l’Esprit-Saint la joie de Dieu et le réconfort contre toutes les contrariétés et tous les assauts du monde. Tel est le sens de ces paroles : Rendez-moi la joie de votre salut et fortifiez-moi par un esprit généreux (Psaume L, 14). Le Royaume de Dieu est justice et paix et joie dans l’Esprit-Saint (Ep. aux Romains, XIV, 17). L’Eglise ... avait la paix, elle s’édifiait dans la crainte du Seigneur et elle était remplie de la consolation du Saint-Esprit (Actes des Apôtres, IX, 31). C’est pourquoi Notre-Seigneur nomme le Saint-Esprit « Paraclet » ce qui veut : dire consolateur[7].

 

Le Saint-Esprit nous rend obéissant.

 

Une autre caractéristique de l’amitié consiste dans une parfaite harmonie des volontés. Or la volonté de Dieu nous est manifestée par ses commandements. L’accomplissement des ordres de Dieu se rattache donc à l’amour que nous avons pour lui : Si vous m’aimez, observez mes commandements (Saint Jean, XIV, 15). Etablis par le Saint-Esprit dans l’amour pour Dieu, c’est par lui encore que nous sommes conduits à accomplir les préceptes de Dieu : Ceux qui sont menés par l’Esprit de Dieu, c’est ceux-là qui sont les enfants de Dieu (Ep. aux Rom., VIII, 14).

 

Le Saint-Esprit nous rend libre.

 

Mais il faut noter que si les enfants de Dieu sont menés par le Saint-Esprit, c’est à la manière d’hommes libres et non pas comme des esclaves. Est libre celui qui est son propre maître ; nous accomplissons donc librement ce que nous accomplissons de nous-mêmes, ce que nous faisons de par notre propre volonté. Ce que nous faisons contre notre volonté nous ne le faisons pas librement, mais servilement (en cédant à la violence). La violence peut être absolue quand tout le principe de l’action est extérieur à celui qui agit, sans aucune collaboration de sa part, comme lorsqu’un mouvement nous est imprimé de force. Ou bien la violence est mêlée de volonté comme lorsqu’on consent à faire ou à subir ce qui est moins contraire à la volonté pour échapper à ce qui la contrarie davantage[8]. Or le Saint-Esprit nous incline à agir en nous faisant agir volontairement, en tant qu’il nous donne d’aimer Dieu. Les enfants de Dieu sont donc menés par l’Esprit-Saint librement, en vertu de l’amour qu’il met en eux, et non pas servilement et par crainte : Vous n’avez pas reçu, comme autrefois, l’Esprit de servitude dans la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants (Ep. aux Romains, VIII, 15).

 

La volonté, par nature, s’oriente vers ce qui est véritablement bon. Aussi lorsque, sous l’empire d’une passion, d’une mauvaise habitude ou d’une mauvaise disposition, l’homme se détourne de ce qui est le vrai bien, il agit servilement, car il est incliné vers quelque chose d’étranger à l’ordre naturel de la volonté. Toutefois, si on considère cet acte de la volonté par rapport au bien apparent vers lequel elle s’incline, on peut dire que l’homme agit librement lorsqu’il suit sa passion ou son habitude mauvaise, et qu’il agit servilement au contraire si, tandis que sa volonté reste mauvaise, il ne renonce à ce qu’il voulait que par crainte de la loi qui contredit sa volonté. Mais le Saint-Esprit incline la volonté, par l’amour, vers le vrai bien auquel elle est ordonnée par nature : ainsi il supprime toute servitude ; et la servitude par laquelle l’homme devenu esclave de la passion et du péché agit volontairement contre le bon ordre de la volonté ; et la servitude par laquelle, esclave et non pas ami de la loi, il agit selon la loi contre sa volonté mauvaise .C’est pourquoi Saint Paul a dit : Où est l’Esprit .du Seigneur, là est la liberté (2e Ep. aux Cor., III, 17) ; et Si vous êtes conduits par l’Esprit vous n’êtes plus sous la loi. Aussi dit-on que le Saint-Esprit fait mourir les œuvres de la chair parce que nous ne laissons pas les passions charnelles nous détourner du bien vers lequel le Saint-Esprit nous oriente par l’amour : Si vous mettez à mort, par l’Esprit, les œuvres de la chair, vous vivrez (Ep. aux Rom., VIII, 13).

 

 

 

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[1] Les théologiens appellent procession l’acte par lequel une personne de la Trinité dérive, en quelque sorte, d’une autre (sans lui être, cependant postérieure ou inférieure). Le Père ne procède pas. Le Fils procède du Père par mode d’image, d’expression, de parole exprimant le Père. Le Saint-Esprit « procède » du Père et du Fils « par mode d’amour » c’est-à-dire qu’il n’est pas autre chose que l’amour réciproque du Père et du Fils, un amour si parfait et si substantiel qu’il en est une « personne ».

[2] Les trois personnes de la Sainte Trinité n’ont qu’une nature ou essence qui leur est commune à toutes trois, elles sont Dieu également toutes les trois. Ce qui les distingue en trois personnes ce sont leurs relations mutuelles. Ces relations sont tout intimes. Nous ne les connaissons que par la confidence que le Verbe incarné est venu nous apporter. Quand la Trinité agit à l’extérieur d’elle-même, les personnes ne se distinguent plus : c’est la Trinité tout entière, Dieu sans distinction, qui agit. D’autant plus que l’essence des trois personnes, c’est Dieu et que l’activité dérive toujours de l’essence (un homme, un cheval, un navire, agissent chacun dans la ligne de leur nature qui les constitue homme, cheval, navire...).

Tout ce qui suit montre cependant qu’on peut attribuer une action spéciale, à l’extérieur de la Trinité, à une personne particulière. Il s’agit d’une action non par mode de cause productrice ou efficiente (ainsi le peintre est cause efficiente du tableau, il le produit) mais par mode de cause exemplaire (ainsi le modèle est cause du tableau, détermine le tableau à être d’une façon plutôt que d’une autre).

Du côté de la cause exemplaire on attribue des actions particulières à chaque personne de la Trinité par mode d’appropriation : c’est-à-dire qu’on approprie à une personne de la Trinité des œuvres extérieures analogues à l’œuvre qui est son opération propre, et qui définit sa personne, à l’intérieur de la Trinité. Ainsi le propre du Saint-Esprit est d’être l’Amour du Père et du Fils dans la Trinité. On lui appropriera donc hors de la Trinité toutes les œuvres divines qui se rapportent à l’amour.

[3] Cette « parole de sagesse » c’est le Verbe, deuxième personne de la Trinité, qui a un rôle de connaissance. C’est une parole intérieure sans voix, toute de lumière.

[4] Saint Thomas d’Aquin fait intervenir ici un principe philosophique général : une action, une opération quelconque, est l’ « acte » simultané et commun de la cause et de son effet. Là où est l’effet, au moment où il se produit, là est en même temps la cause (non pas tant d’une 1union dans l’espace que d’une union métaphysique, dans l’être). Donc là où est une opération de Dieu, là où Dieu opère, là Dieu est présent.

[5] Dire que le Saint-Esprit « révèle les mystères divins » n’est-ce pas confondre son domaine propre avec celui du Fils ? Non. Car le Fils révèle les mystères à la façon d’un maître, en enseignant la Vérité. Il enseigne comme étant la Lumière. Le Saint-Esprit enseigne comme étant l’Amour. Pour connaître à fond une chose, il ne suffit pas d’en avoir reçu la notion intellectuelle : il faut encore la pénétrer par sympathie. Lorsque Notre Seigneur dit aux Apôtres, en parlant du Saint-Esprit : « Il vous enseignera toutes choses » il ne l’entend pas de nouvelles notions, mais d’une onction qui leur fera connaître par communion intime les révélations qu’il leur a faites et qu’ils n’ont reçues encore que superficiellement. C’est ainsi que la Sagesse, lorsqu’on parle du Fils, signifie la connaissance lumineuse des choses divines ; la Sagesse, lorsqu’on parle du Saint-Esprit, signifie leur connaissance affectueuse, savoureuse, intérieure (sapientia vient de sapere qui veut dire « goûter »).

[6] « Le Saint-Esprit fait de nous des contemplateurs de Dieu. » Il ne s’agit pas ici, évidemment, de la contemplation « face à face » réservée à la vision bienheureuse, mais de cette contemplation dans la foi, seule possible ici-bas, qui consiste dans un regard habituel et insistant sur les vérités divines et qui constitue l’occupation principale de la vie dite « contemplative ».

[7] Exactement « Paraclet » veut dire « défenseur », « avocat ». C’est celui qui défend, console, protège un être sans appui.

[8] Exemple de violence absolue : on jette un homme à l’eau, en le poussant. Exemple de violence mêlée de volontaire : un homme se jette à l’eau pour échapper à l’incendie ; l’eau lui répugne, mais moins que le feu, il choisit le moindre mal. C’est de cette seconde façon qu’on peut obéir servilement aux ordres de Dieu, lorsque l’on n’obéit que par crainte du châtiment, et sans changer sa volonté profonde. Car les ordres de Dieu ne nous imposent pas une violence absolue, physique.

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