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Suite des enseignements du « Confiteor » (1)


4. La partie centrale du Confiteor : l’accusation

 

Nous avons vu la première partie de cette confession qui est un résumé de notre situation réelle et qui contient la description de notre être. Le Confiteor se poursuit par ces paroles : « je confesse … que j’ai beaucoup péché ». Cette reconnaissance que le péché nous est personnel est développée de trois façons : « j’ai beaucoup péché par pensée, par parole et par action ». On ne peut pas pécher autrement puisque les pensées, les paroles et les actions sont l’essentiel de ce que l’existant peut faire. Pécher en pensée, en parole, et en action est le processus décrit par le Seigneur comme étant l’abondance du cœur dont la bouche parle. Nous voyons le processus par lequel notre cœur conçoit – au plus profond de nous-mêmes – et met au monde une action après que celle-ci ait d’abord été une pensée, et que, accueillie et cultivée, celle-ci se soit muée en parole. « Chacun, dit S. Jacques, est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort » (Jc. 1.14,15). Or, nous avons confessé, justement, que le cœur s’est refusé à recevoir le Seigneur Jésus-Christ de telle sorte que, par la nature des choses, nous avons mis au monde quelque chose d’autre que Lui et notamment des actions qui déshonorent le Seigneur.

 

Donc, lorsque nous confessons « j’ai beaucoup péché par pensée, par parole et par action  » nous confessons non plus tellement notre situation vis-à-vis et au sein du monde et de la nature créés par Dieu, mais nous confessons notre situation par rapport au Seigneur Jésus-Christ lui-même, puisque par ces mots nous reconnaissons publiquement que le processus naturellement surnaturel de la génération dans le cœur, qui est le propre de la nature humaine – et qui est fait pour que nous puissions mettre au monde le Seigneur Jésus-Christ – a été dévié de sa finalité, et que, loin de mettre au monde Jésus, nous avons « enfanté le néant » (Ps. 7.15).

 

Arrivés à ce point de la première partie de la confession, par rapport au Seigneur Jésus-Christ, nous disons comme le contraire de « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » : ce n’est pas Christ, hélas, qui vit en moi, c’est moi – ou pire. Si ce n’était plus moi qui vivais mais Christ, mes pensées seraient pleines du Seigneur, j’aurai donné mon cœur à la sagesse et conçu le Seigneur Jésus-Christ ; ensuite je l’aurai extériorisé par des paroles ayant pour patron le Verbe de Dieu incarné ; il en aurait résulté des actions, c’est-à-dire des bonnes œuvres produites par la présence du Seigneur Jésus-Christ dans mon cœur.

Affirmer que « j’ai beaucoup péché par pensée, par parole et par action » n’est pas simplement reconnaître que j’ai péché de toutes les manières possibles, c’est bien plus que cela : par ces mots, nous reconnaissons que nous n’avons pas vécu à l’image et à la ressemblance du Seigneur Jésus-Christ ! Non seulement avons-nous transgressé la Loi, mais encore celle-ci nous met face-à-face avec le Seigneur Jésus-Christ qui n’est pas mentionné – nous verrons pourquoi – et elle nous fait confesser que nous ne lui avons pas ressemblé. Ce qui, pour le chrétien, est un véritable acte de trahison universelle et d’apostasie.

 

Car l’essence du péché n’est pas tellement de transgresser la Loi en soi, comme si la Loi était quelque chose en elle-même (car la loi n’est que le guide, le patron en fonction duquel nous pouvons toujours plus ressembler au Seigneur Jésus) : l’essence du péché, consiste dans le reniement du baptême, et dans le refus d’imiter le Seigneur Jésus-Christ. C’est cela qui offense le « Dieu infiniment bon, infiniment aimable et auquel le péché déplaît ».

 

C’est pour cela que la partie centrale de la confession nous fait dire : « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute ». Ne voyez surtout pas dans cette triple répétition une « façon de parler », encore moins un effet de rhétorique et surtout pas une « vaine redite ». La nouvelle liturgie moderniste de Vatican II fait dire au fidèle « j’ai beaucoup péché, c’est ma faute » : c’est une minimisation diabolique. Pourquoi la liturgie traditionnelle nous fait-elle dire « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » ?

 

Après avoir reconnu que nous avons semé le désordre au sein de l’ordre macro et microcosmique, après nous avoir fait confesser que nous n’avons pas été à l’image du Seigneur Jésus-Christ pourquoi cette affirmation « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » et pourquoi est-elle capitale et extrêmement importante ? Parce qu’elle est exactement le contraire de ce qu’Adam a dit pour se justifier devant Dieu après la chute. Adam a dit : « c’est la femme que tu m’as donnée qui m’a conduit à pécher », et la femme a dit « c’est le serpent », de sorte qu’ils se rejetaient mutuellement la responsabilité de leur prévarication. Or, au cœur de la confession, nous trouvons, non pas le contraire de la chute, mais le contraire de la fuite et du mensonge. « C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » : ayant refait ce qu’Adam a fait, c’est-à-dire péché et transgressé la loi, je me trouve face au Dieu tout-puissant, créateur, auquel je dois rendre des comptes. Et l’Eglise nous apprend, non pas à dire que c’est la faute de quelqu’un d’autre, elle nous apprend à dire « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute », et à nous frapper la poitrine, loge de notre cœur, comme le publicain de la parabole.

 

« C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » sont des paroles capitales, puisqu’en les disant nous nous sortons de la situation d’Adam qui cherchait des excuses.

 

Nous disions tout à l’heure que la confession des péchés empêche le chrétien d’être individualiste, de se prendre pour un atome irresponsable face au Dieu trois fois saint : il est un membre du Corps du Christ, une créature terrestre qui a semé le trouble dans l’ordre créé par le Dieu créateur, tout-puissant. Une telle créature ayant confessé sa non-adéquation avec le Seigneur Jésus-Christ, ne cherche pas à se dérober, mais, agenouillée au Centre de la Réalité, dans le Cœur même de Jésus-Christ, elle manifeste qu’elle sait que le culte logique qui plait à Dieu commence par l’offrande d’un « esprit et d’un cœur contrits et brisés » (Ps. 51.19) En insistant sur le caractère personnel du péché commis – c’est « ma » faute – non seulement on échappe à l’erreur d’Adam qui s’est enfoncé dans sa faute à cause de sa fuite loin de Dieu, mais aussi nous pratiquons la parfaite contrition exigée par le Seigneur, celle-là même qui obtient la rémission des péchés. Ce cœur brisé et contrit ne correspond pas simplement au sentiment plus ou moins accidentel de notre faute, et n’est pas uniquement occasionné par les conséquences plus ou moins catastrophiques qui s’ens-uivent : cette contrition correspond à cette profonde inclination et reconnaissance de la justice de Dieu que nous lisons au verset 6 de ce même Psaume cinquante-et-un : « en sorte que tu seras juste dans ta sentence sans reproche dans ton jugement ». L’essence de la confession du chrétien c’est de reconnaître que sa faute lui vaut l’enfer et que légalement le Seigneur pourrait le damner. Reconnaître cela, dire à Dieu « j’ai fait mal à tes yeux en sorte que tu seras juste dans ta sentence », c’est dire « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » : il n’y a personne qui a péché sauf moi et c’est ce moi qui mérite le dernier châtiment. En disant cela, le chrétien s’éloigne le plus possible de toute propre justice, comme s’il lui était possible d’estimer qu’il en a « déjà assez fait » pour le Seigneur, et que celui-ci lui doit bien un petit crédit de péché. Le prophète nous dit que si un juste vit justement toute sa vie et pèche à la fin toute sa justice ne lui sert à rien.

 

« C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » nous reconnaissons que nous méritons le dernier châtiment, et nous ne faisons rien pour nous justifier nous-mêmes, de sorte que – nous allons le voir – nous pourrons obtenir la justice du Seigneur Jésus.

 

« C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » : non seulement reconnaissons-nous que Dieu peut nous châtier et que nous n’avons aucune excuse, mais encore nous reconnaissons que l’essence de notre faute consiste dans l’existence du moi appropriatif qui n’est pas justement dépouillé de lui-même et qui ne vit pas pour le Seigneur Jésus. Donc en disant « c’est ma faute », non seulement nous reconnaissons notre responsabilité personnelle, mais aussi la structure encore pécheresse de notre être intérieur, le désordre qui règne dans le microcosme. « C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute », signifie tout simplement : Je reconnais que mon péché et ce grand nombre de péchés commis par pensée, par parole et par action, a son origine dans le moi. C’est dans la mesure où nous reconnaissons le caractère décentré de notre moi que nous accomplissons le premier pas vers l’union avec le Vrai Moi, le Seigneur Jésus-Christ à l’image duquel nous devons vivre.

 

Jésus-Christ, est le centre de cette confession : toutes ces énonciations servent à le définir par contraste, en négatif. « C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute » est plus apte à produire et à exprimer la contrition – ce regret et cette détestation du péché commis, avec la ferme volonté de ne plus recommencer – qu’une déclaration abstraite du genre : « Je n’ai pas imité le Seigneur Jésus-Christ ». Une affirmation négative est incapable de localiser efficacement l’origine de notre faute. En disant « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute », c’est comme si nous disions « c’est le moi, c’est le moi, c’est mon moi » qui est l’origine de ma faute : cette confession porte donc en elle-même – puisque c’est un chrétien qui la fait – l’antidote absolu qui permettra de ne plus pécher à l’avenir. L’antidote au moi, c’est le vrai moi : le Seigneur Jésus-Christ.

 

A l’image du publicain, nous nous frappons la poitrine, nous nous reconnaissons seuls coupables et nous demandons au Seigneur d’être apaisé envers nous par cet acte symbolique de contrition.

 

5. La dernière partie du Confiteor : la « remontée »

 

Nous en arrivons à présent à la troisième partie de cette confession des péchés. L’Eglise nous fait dire : « c’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie toujours vierge, Saint Michel Archange, Saint Jean-Baptiste, les saints apôtres Pierre et Paul, tous les saints, et vous mon père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu. » Nous voyons que cette deuxième énumération des personnages – dont nous comprenons maintenant la raison d’être – n’est pas simplement une redite mais permettra de restaurer tout ce qui aura été dévié dans notre être intérieur. Etant descendu – si on peu dire – tout en bas de l’abîme, nous remontons par l’échelle providentielle de la confession. La première partie du Confiteor sert à nous abaisser de façon absolue ; la seconde partie, quant à elle, permettra que nous soyons relevés par le Seigneur.

 

Souvenez-vous ce que nous avons dit à propos du peigne, et de sa fonction symbolique.

Dans la troisième partie de cette confession, le chrétien dit : « c’est pourquoi je supplie … de prier pour moi le Seigneur notre Dieu ». La structure même de ce texte nous montre que le haut répond au bas, et nous permet de comprendre qu’il y a une correspondance entre le Dieu très haut et le Dieu qui s’abaisse pour venir nous sauver. Après avoir confessé nos péchés devant eux, nous allons supplier tous les personnages qui correspondent à l’ordre structurel du microcosme de prier pour nous. Cette supplication est un appel à la réintégration, à la réintégration dans le Seigneur Jésus ; et pour ce faire, le chrétien demandera, « du fond de l’abîme » que son être soit réordonné, restauré dans l’harmonie microcosmique restaurée par le baptême en fonction de ce que nous avons perdu et de l’ordre originel que le Seigneur a décrété et selon lequel il a structuré sa création.

 

Dans la première partie, nous avons cité cet ordre macro- et microcosmique et nous avons reconnu que nous y avons semé le trouble puisque nous avons dérangé, lésé et offensé non seulement le Dieu tout-puissant mais encore tout l’ordre qu’il a établi pour nous – non seulement l’ordre extérieur mais aussi l’ordre intérieur à nous-mêmes. Il est donc tout à fait normal que nous retournions vers cet ordre, d’autant qu’il n’est pas abstrait, mais représenté par des personnes bien réelles, afin d’être réconciliés avec le Seigneur. Un tel pardon implique que nous soyons réordonnés et restaurés dans cet ordre. Le Seigneur ne va pas faire un miracle pour nous ni faire quelque chose de neuf ; le Seigneur ne fait rien de neuf, il restaure ce qu’il a créé, puisque sa création étant bonne et parfaite à l’origine, il n’y a aucune raison pour laquelle le Seigneur devrait inventer quelque chose d’autre.

 

Cet appel à la restauration est triple : le chrétien demande sa restauration dans l’ordre du salut, dans l’ordre des choses, et enfin l’ordre intérieur. Ayant reconnu qu’il n’a pas vécu à l’image et à l’imitation du Seigneur Jésus-Christ, il demande que désormais ce ne soit plus lui qui vive mais Christ qui vive en lui, le « moi », ayant été justement reconnu et défini comme la source du péché.

 

Nous supplions tout d’abord, la bienheureuse Vierge Marie. Pourquoi donc ? Parce que nous avons dit qu’elle correspondait à la nature en soi, créée par Dieu et ayant pour finalité d’être christophore, porteuse de Dieu, si on peut dire. Nous nous tournons donc vers le lieu par excellence de l’Incarnation. Si nous voulons être réconciliés avec Dieu il faut que notre cœur soit purifié, que notre nature propre soit restaurée de telle sorte que nous puissions, par l’œuvre du Saint-Esprit, être à nouveau dans des dispositions qui nous rendent capables de recevoir enfin le Seigneur Jésus-Christ.

 

Il est intéressant de voir que cette supplication tout d’abord à la bienheureuse Vierge Marie correspond à la reformation de notre être en fonction, non seulement, du Seigneur perçu de l’extérieur, mais en fonction du Seigneur perçu comme l’archétype in divinis en fonction duquel et d’après lequel nous avons été créés et dont la personne transfigurée (le Saint) est la manifestation, la réalisation ici-bas. En bref, pour imiter le Seigneur Jésus, nous devons être au préalable rendus semblables à la Bienheureuse Vierge Marie.

 

Nous supplions ensuite Saint Michel Archange, le grand combattant du Seigneur, dans lequel l’Eglise reconnaît non seulement le gardien des âmes des fidèles, mais encore l’autre face de l’Ange destructeur. S. Michel ne détruit pas ceux qui sont marqués du sceau du Seigneur puisque nous savons très bien que ceux qui sont marqués du sceau du baptême échappent par principe à la destruction.

 

Nous voyons aussi en Apocalypse 12.7 que Saint Michel nous est décrit comme ayant combattu Satan avec tous ses anges et nous savons par ailleurs qu’il est parfois aussi la figure du Seigneur Jésus-Christ puisque le Seigneur Jésus-Christ est décrit par S. Jean comme l’ « ange qui lie Satan et l’enchaîne dans l’abîme ». Supplier Saint Michel Archange de prier pour nous, c’est s’inféoder à celui qui combat Satan ; nous confessons ainsi que tout ce qui sanctifié par la grâce doit s’opposer absolument aux trois concupiscences que nous connaissons bien : la convoitise des yeux, celle de la chair et l’orgueil de la vie. Finalement  nous demandons à être restaurés à l’image de Saint Michel combattant le diable ; que soit restauré en nous cette faculté et cette volonté de combattre Satan, où que se trouvent et quelle forme que puisse revêtir ses multiples visages tentateurs – le premier d’entre eux étant notre propre faciès.

 

Ensuite, nous supplions Saint Jean-Baptiste, c’est-à-dire le grand convertisseur, le prophète qui annonce le Seigneur Jésus, celui qui a été son avant-coureur et nous le supplions que soit rétablie en nous cette volonté, cette faculté de conversion, de retourner et pas dans n’importe quel sens, mais de nous convertir, de nous tenir à une pratique des commandements du Seigneur, que nous ne les transgressions plus mais que nous retournions à ce qui est la norme de sanctification. Il s’agit de demander à Dieu « le vouloir et le faire », qu’il nous accordera selon sa promesse.

 

Ensuite nous supplions les saints apôtres Pierre et Paul, qui sont – nous l’avons dit – les princes de l’Eglise et en tant que tels, ils trônent et c’est par eux que le Seigneur Jésus jugera tout chose. Souvenez-vous de ce que dit le Seigneur : « pendant que tu es en chemin vers le tribunal, hâte-toi de te mettre en bons termes avec le juge de telle sorte qu’il ne te juge pas ». Saint Augustin explique cette parole en disant que pour être en « bons termes » avec les apôtres nous devons obéir à leurs préceptes qui nous sont donnés dans les épîtres du Nouveau Testament. Microcosmiquement cela correspond tout simplement à la restauration en nous de cette intelligence du Seigneur Jésus-Christ, cette intelligence de la loi accomplie en Christ afin que nous puissions nous-mêmes vivre une vie à l’image de Dieu et à l’honneur du Seigneur Jésus-Christ.

 

Nous supplions ensuite tous les saints en général, ceux qui sont sous l’autel du Seigneur, dans lesquels Dieu est glorifié, et sur lesquels le Seigneur fait reposer sa gloire de façon partielle en attendant la résurrection. Tout simplement, nous supplions l’Eglise triomphante de venir en aide à l’Eglise militante.

Enfin, nous disons « et à vous mon père » : nous supplions le moyen que le Seigneur a prévu pour nous dispenser la grâce, selon le commandement de S. Jacques de confesser ses péchés les uns aux autres. « Mes frères si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. » (Jc. 5.19) Prier les uns pour les autres, et notamment pour que nos péchés nous soient remis par voie sacramentelle, n’est pas une vaine chose ou une pieuse occupation que le Seigneur nous donne, mais une opération possédant un effet véritable. Et si la prière d’un être en état de voie est efficace pour un autre, combien puissante intercession l’Eglise triomphante n’aura-t-elle pas auprès de Dieu en faveur de l’Eglise militante.

 

Que signifie donc tout ceci ? Qui supplions-nous ? nous supplions la bienheureuse Vierge Marie, Saint Michel Archange, Saint Jean-Baptiste, les saints apôtres Pierre et Paul, tous les saints et le préposé, dans le monde visible, à la dispensation de la grâce divine. Qui sont ces gens, si on refuse de les séparer et de les diviser et de les considérer comme autant d’individus perdus dans l’univers ? En somme, qui supplions-nous ? Nous supplions tout simplement le Seigneur Jésus-Christ qui n’est pas mentionné, vous l’avez sans doute remarqué, dans le Confiteor. Nous supplions le Seigneur Jésus-Christ lui-même qui a dit en Jean 17.10 : « Je suis glorifié en eux » en parlant de ses apôtres et de l’Eglise en général.

 

Notre Seigneur Jésus-Christ est envisagé en tant que principe de la création dans lequel ont été créées toutes choses qui sont dans les cieux et sur la terre, et les choses visibles et invisibles, parmi lesquelles sont les anges. Le Dieu tout-puissant que nous invoquons ici mais qui n’est pas mentionné en toutes lettres, n’est autre que le principe, la deuxième personne de la Trinité, le principe dans lequel toutes choses ont été faites et qui, finalement, est seul capable de prier et d’intercéder efficacement et réellement pour nous. Jésus-Christ est à la fois notre Principe naturel et notre Principe surnaturel : sans Jésus-Christ nous n’existerions ni naturellement ni surnaturellement. Si donc nous existons par et en Lui, le grand interlocuteur devant lequel nous place l’Eglise ne sera autre que le Seigneur Jésus-Christ, celui que le prophète Isaïe nomme le Dieu tout-puissant. C’est lui qui est invoqué et qui reçoit notre supplication au travers des différentes personnes qui composent sa cour, et qui correspondent aussi au moyen de son règne, sachant que les moyens du Seigneur Dieu ne sont autres que des êtres créés certes mais participant à la nature divine.

 

Nous comprenons donc qu’en demandant à être restaurés dans le royaume de Dieu, et ce royaume n’étant rien d’autre que le Seigneur Jésus-Christ lui-même en tant que principe de la création – donc principe de la nouvelle création – nous comprenons le sens de cette parole d’Isaïe (53.12) qui semble assez incompréhensible à la plupart d’entre nous : « C’est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands ; il partagera le butin avec les puissants, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort et qu’il a été mis au nombre des malfaiteurs… il a intercédé pour des coupables. » Qui sont ces « grands » avec lesquels le Seigneur partage le butin, et qui sont ces « puissants » sinon justement le prototype du chrétien, c’est-à-dire la Vierge Marie, Saint Michel Archange le grand chef des armées célestes, Saint Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes, les apôtres saint Pierre et saint Paul qui sont les princes des apôtres et qui résument toute la charge apostolique, les saints qui ont triomphé et qui règnent avec le Seigneur réellement dans le ciel, et aussi, dans un certain sens le préposé à la dispensation de la grâce qui participe par délégation au ministère apostolique ? Ces puissants avec qui le Christ partagera le butin ne sont autres que tous ces gens que nous venons de mentionner – eux-mêmes n’étant autre, en quelque sorte, que la continuation ou la manifestation différente du Seigneur Jésus-Christ au sein de sa création.

 

Ces puissants, avec lesquels le Seigneur Jésus-Christ a part comme leur roi mais aussi au même titre qu’eux dans ce sens où mystérieusement ces gens ne sont autre que lui-même, tous ces puissants nous les supplions – nous supplions Jésus-Christ manifesté dans ses saints – de prier pour nous – pour moi – le Seigneur notre Dieu. Nous revenons de la sorte à ce non-individualisme et à cet aspect personnel de la confession, qui consiste à supplier de « prier pour moi le Seigneur notre Dieu » ; demander que le Seigneur notre Dieu reçoive les supplications de la cour céleste, de Jésus-Christ lui-même, ce n’est autre que demander qu’auprès du Dieu tout-puissant, le Dieu puissant d’Isaïe 9 – c’est-à-dire Jésus-Christ – intercède pour moi le Seigneur notre Dieu, le Père envisagé ici dans sa fonction de juge. Pour échapper à l’inévitable Jugement par lequel le Seigneur Dieu mettra fin au monde tel qu’il est aujourd’hui, il nous faut être cachés et réintégrés dans le principe, qui n’est autre que le Seigneur Jésus-Christ lui-même, notre avocat auprès du Père. Nous savons par ailleurs, d’après l’enseignement de S. Jean, que ces prières des saints qui montent vers le Seigneur sont d’une part symbolisées par l’encens que l’ange fait monter devant le trône de Dieu (elles lui sont donc agréables), et d’autre part, elles sont accompagnées par l’intercession de toute l’Eglise, et traduites par le Saint-Esprit.

 

Par cette confession des péchés que nous disons au début de la liturgie nous invoquons la sainte Trinité en elle-même, non pas toutefois comme si nous lui étions complètement étrangers voire extérieurs, mais nous l’invoquons dans sa manifestation, dans l’ordre qu’elle a établi elle-même et duquel nous faisons partie.

 

Nous voyons bien que si le Seigneur Jésus-Christ était mentionné nommément quelque part dans cette confession, elle deviendrait immédiatement blasphématoire et hétérodoxe, tout simplement, parce que le Seigneur Jésus-Christ ne pourrait être envisagé autrement que comme un intercesseur parmi d’autres. Si le Seigneur Jésus-Christ n’est mystérieusement jamais mentionné, c’est bien parce qu’il est défini en creux ou par contraste.

Pour supplier le Seigneur Jésus-Christ dont nous faisons partie, nous explicitons l’ordre dans lequel nous nous trouvons, ordre que nous avons lésé et en fonction duquel nous voulons être restaurés et dans lequel nous voulons être réintégrés ; nous supplions notre Seigneur Jésus-Christ, notre Forme surnaturelle, pour qu’il nous réconcilie avec le Seigneur Dieu. Ce qui se fait effectivement puisque le Confiteor est suivi de la formule suivante : « Que le Dieu tout-puissant et miséricordieux vous accorde le pardon et l’absolution et la rémission de tous vos péchés ».

 

Pour nous accorder son pardon, le Seigneur Jésus agit par les ministres sacrés qu’il a institués sur la terre ; il répond à notre prière mais il n’est pas mentionné nommément parce que si dans cette confession des péchés il apparaissait d’une manière ou d’une autre, le Seigneur Jésus-Christ serait réduit à un individu, alors qu’il est la totalité – l’alpha et l’oméga, il est le tout, le commencement et la fin, Celui qui est, qui était et qui vient, le même hier, aujourd’hui et éternellement. Il n’est pas nommé, parce que le Confiteor ne parle que de Lui. Si l’on comprend bien le propos de cette confession, en ayant invoqué et confessé et appelé et interpellé la totalité de l’ordre des choses, nous invoquons tout simplement celui qui est l’alpha et l’oméga. Cette prière est donc entièrement orientée vers le Seigneur Jésus-Christ et s’adresse explicitement à Lui.

 

Cette prière rejoint ainsi ce que dit l’apôtre Jean dans son Epître : « Mes petits enfants je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point, et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ; il est lui-même une victime propitiatoire pour nos péchés non seulement pour les nôtres mais aussi pour ceux du monde entier. » Il ne dit pas : si quelqu’un a péché il a un avocat : il dit « Si quelqu’un – un des fragments, un des membres du Corps du Christ – a péché,  nous avons – le corps tout entier – un avocat ».

 

Je me tourne vers l’avocat unique que nous avons et dans cette confession, pour éviter que je me tourne de façon individualiste vers mon avocat, l’Eglise me fait effectuer un détour logique, et me fait invoquer la cour céleste qui n’est autre que le Corps du Christ dont tous les membres sont mis à contribution à cause du « nous » de Saint Jean. Ainsi si « j’ai péché » nous devons avoir recours à notre avocat.

« Il est lui-même, poursuit S. Jean, une victime propitiatoire pour nos péchés », donc de façon permanente, « non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier ». Nous voyons donc que lorsque le chrétien dit : « c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute », non seulement il confesse sa responsabilité pour son péché, mais encore il reconnaît qu’il est inextricablement solidaire du reste de la Création et de la Nouvelle création. Tout comme la totalité de la réalité est solidaire de notre péché, ainsi, nous-mêmes, à notre tour, nous sommes solidaires des péchés des autres et c’est pourquoi nous prions collectivement : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous offensés ». Chaque fois que je pèche, j’affecte le Corps entier de l’Eglise, je mets en danger la Cité de Dieu, et j’affaiblis le bouclier protecteur déployé par le Seigneur sur son peuple. Voilà pourquoi le prophète dit à la fin du psaume 51 : « Répands par ta grâce tes bienfaits sur Sion, bâti les murs de Jérusalem » : cela signifie tout simplement que mon péché ayant semé le trouble et le désordre au sein de Jérusalem, de l’ordre créé, je dois demander au Seigneur, en même temps que ma propre réintégration, que soient consolidés les murs que ma folie a fêlés. Confesser ses péchés et demander pardon à Dieu se complète par la prière que le Seigneur affermisse les membres du Corps du Christ dans le Christ lui-même. « Prier les uns pour les autres » est donc bien plus que le fait d’avoir ses frères « dans son bon souvenir »…

 

Mes très chers frères, que dirons-nous pour terminer ? La troisième parole qui est prononcée par le ministre après la confession des péchés, c’est « O Dieu, tournés vers nous vous nous vivifierez ». La repentance du pécheur provoque, si on peut dire, la « conversion » de Dieu vers lui, c’est-à-dire le retournement de Dieu vers lui. Le texte latin de la liturgie dit clairement : Deus, tu conversus, vivificabis nos, « ô Dieu converti vers nous vous nous vivifierez ». Qu’est-ce donc que cette conversion de Dieu ? Dieu nous révèle sa face et il nous vivifie. Et qu’est-ce que vivifier sinon nous donner Jésus-Christ, qui est la Vie ?

 

Le Confiteor – qui ne mentionne jamais le Seigneur Jésus-Christ mais qui est adressé tout entier à lui – a pour effet de faire que la face de Dieu se tourne vers nous et qu’il nous donne Jésus-Christ. Nous voyons donc que l’effet immédiat de cette prière n’est autre que de nous rendre capables de recevoir le Seigneur Jésus-Christ ; c’est pour cela que nous la prions une nouvelle fois juste avant de communier. Encore une fois nous demandons au Seigneur de nous rendre capables de concevoir le Verbe de Dieu, de nous faire ressembler dans notre être le plus profond (corps, âme et esprit) à la Bienheureuse Vierge Marie – et c’est ce qui sera fait de façon sacramentelle quelques instants après.

 

Le retour de l’âme à Dieu est donc dans un certain sens aussi celui de Dieu vers l’âme et il ne peut s’opérer que dans le médiateur Jésus-Christ, celui qui s’est donné en rançon pour nous, et qui n’est pas simplement extérieur à nous mais dans lequel nous sommes restaurés, vivifiés, et réintégrés. En nous donnant cette prière, l’Eglise nous permet d’obtenir de la bonté divine la réintégration entière dans le Seigneur Jésus-Christ. Il est donc très hasardeux, pour ne pas dire dangereux pour la foi, de prendre la liberté de modifier les textes liturgiques canoniques. Modifier le rite apostolique promulgué par un concile, c’est courir le risque de fermer la porte de la grâce, et de léser la nature même des choses, dans la mesure où cela est possible.

 

Le Confiteor a cette vertu non négligeable de nous montrer que le Seigneur Jésus-Christ est notre tout, non de façon abstraite, mais qu’il est notre Vrai Moi : sans lui nous ne sommes rien, nous n’avons rien, nous ne pouvons rien. Si nous ne sommes pas en lui, nous sommes damnés.

Amen.

 

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen

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JesuMariaNous sommes une communauté de prêtres catholiques sédévacantistes, Chanoines réguliers de Saint-Augustin, sous l'obédience de Monseigneur Michael French (Royaume-Uni). Nos Ordres sacrés viennent de l'Eglise catholique romaine, transmis par le Rituel du Pontificale romanum traditionnel.

Nous professons la Foi catholique orthodoxe, célébrons la Liturgie selon les décrets du saint Concile de Trente en suivant l'Ordo traditionnel, et pratiquons la discipline ecclésiastique conformément au Code de Droit canon de 1917.

 

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Ce lieu de culte étant privé, on est prié de s’annoncer en téléphonant ou écrivant à l’Abbé.

   

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des règles vestimentaires et sacramentelles catholiques.

Prières Catholiques

    trirègneFidélité au Saint-Siège,

c.-à-d. au Souverain Pontife, successeur de saint Pierre, Vicaire de N.-S. Jésus-Christ, garant indéfectible de la Foi catholique.

armes franceFidélité au Prince légitime,

Lieutenant de Jésus-Christ, exerçant le pouvoir par participation au Glaive temporel du Souverain Pontife, Roi des rois.

  voeulouis13 Don Carlos

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oratoire1a

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Les Editions Sainte-Agnès

Editions-et-librairie-Catholique-Sainte-Agnes 2Doctrine catholique traditionnelle intégrale

 

Les Editeurs sont fermement attachés à la doctrine catholique dans son intégralité et son orthodoxie, dans le respect et la soumission au Souverain Pontife, Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et Roi des rois, dont le rôle est de confirmer ses frères dans la foi, et de régir les brebis et les agneaux du Seigneur dans une indépendance complète vis-à-vis des maximes du siècle.  

 

ligne éditoriale 

Les Ecclésiastiques se voient octroyer une remise automatique de 15 %.

 

Vaste choix de rééditions des Enseignements du Magistère

Pie VI, Pie IX, Léon XIII, Pie X, Benoît XV, Pie XII, Conciles...S. Pie X