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Les 24 thèses thomistes

 

I. – Potentia et actus ita dividunt ens, ut quidquid est, vel sit actus purus, vel ex potentia et actu tanquam primis atque intrinsecis principiis necessario coalescat.

La puissance et l’acte divisent l’être de telle sorte que tout ce qui existe, ou bien est acte pur, ou bien se compose nécessairement de puissance et d’acte comme principes premiers et intrinsèques.

(Cf. S. Thomas, Métaphysiques, V, 14 ; IX, surtout I. I, 5, 7, 8, 9. – De Potentia, q. 1, a. 1 et 3 ; Somme théologique, Ire Partie, question 77, article 1, conclusion.)

 

II. – Actus, utpote perfectio, non limitatur, nisi per potentiam, quae est capacitas perfectionis. Proinde in quo ordine actus est purus, in eodem non nisi illimitatus et unicus existit ; ubi vera est finitus ac multiplex, in veram incidit cum potentia compositionem.

L’acte, étant perfection, n’est limité que par la puissance qui est capacité de perfection. Par conséquent, dans l’ordre où il est pur, l’acte se trouve nécessairement sans limites et unique ; mais là où il est fini et multiple, il entre dans une véritable composition avec la puissance.

(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles, ch. 43 ; I Sentences, dist. 43, q. 2.)

 

III. – Quapropter in absoluta ipsius esse ratione unus subsistit Deus, unus est simplicissimus : cetera cunsta quae ipsum esse participant, naturam habent qua esse coarctatur, ac tamquam distinctis realiter principiis, essentia et esse constant.

Aussi seul Dieu subsiste-t-il dans la raison absolue de l’être lui-même, seul il est parfaitement simple ; toutes les autres choses qui participent de l’être lui-même ont une nature qui limite leur être et sont constituées d’une essence et d’une existence, comme de principes réellement distincts.

(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles, cc. 38, 52-54 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 50, a. 2, ad. 3 ; L’Être et l’Essence, c. 5.)

 

IV. – Ens, quod denominatur ab esse, non univoce de Deo, et creaturis dicitur, nec tamen prorsus aequivoce, sed analogice, analogia tum attributionis tum proportionalitatis.

L’être, qui reçoit sa dénomination du verbe être, se dit de Dieu et des créatures d’une façon non pas univoque, ni pourtant tout équivoque, mais analogue d’une analogie et d’attribution et de proportionnalité.

(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles, cc. 32-34 ; De Potentia, q. 7, a. 7.) 

 

V. – Est praeterea in omni creatura realis compositio subjecti subsistentis cum formis secundario additis, sive accidentibus : ea vera nisi esse realiter in essentia distincta reciperetur, intelligi non posset.

Il y a, en outre, dans toute créature, composition réelle d’un sujet subsistant avec des formes surajoutées, des accidents : mais cette composition serait inintelligible si l’existence n’était pas réellement reçue dans une essence distincte.

(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles, c. 23 ; II Contra Gentiles, c. 52 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 3 ; a. 6 ; L’Être et l’Essence, c. 7.)  

 

VI. – Praeter absoluta accidentia est etiam relativum, sive ad aliquid. Quamvis enim ad aliquid non significet secundum propriam rationem aliquid alicui inhaerens, saepe tamen causam in rebus habet, et ideo realem entitatem distinctam a subjecto.

Outre les accidents absolus, il en est un de relatif, en d’autres termes, un rapport à quelque chose. Bien que ce rapport ne signifie pas par lui-même quelque chose d’inhérent à un sujet, il y a souvent toutefois dans les choses sa cause et par suite une réalité entitative distincte du sujet.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 28, surtout a. 1.)

 

VII. – Creatura spiritualis est in sua essentia omnino simplex. Sed remanet in ea compositio duplex : essentiae cum esse et substantiae cum accidentibus.

La créature spirituelle est tout à fait simple dans son essence. Mais il reste en elle une double composition, celle de l’essence et d’existence et celle de substance et d’accidents.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, questions 50-51 et 54 ; De spiritualibus creaturis, a. 1.)

 

VIII. – Creatura vero corporalis est quoad ipsam essentiam composita potentia et actu ; quae potentia et actus ordinis essentiae materiae et formae nominibus designantur.

Quant à la créature corporelle, elle est dans son essence même composée de puissance et d’acte : cette puissance et cet acte de l’ordre de l’essence sont désignés sous les noms de matière et de forme.

(Cf. S. Thomas, De spiritualibus creaturis, a. 1.) 

 

IX. – Earum partium neutra per se esse habet, nec per se producitur vel corrumpitur, nec ponitur in praedicamento nisi reductive ut principium substantiale.

De ces deux parties, aucune n’existe par soi, n’est produite par soi, ne se corrompt par soi, ne peut être rangée dans un prédicament si ce n’est par réduction, en tant que principe substantiel.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 45, a. 4 ; De Potentia, q. III, a. 1, ad. 12.) 

 

X. – Etsi corpoream naturam extensio in partes integrales consequitur, non tamen idem est corpori esse substantiam et esse quantum. Substantia quippe ratione sui indivisibilis est, non quidem ad modum puncti, sed ad modum ejus quod est extra ordinem dimensionis. Quantitas vero, quae extensionem substantiae tribuit, a susbtantia realiter differt, et est veri nominis accidens.

Bien que l’extension en parties intégrantes résulte de la nature des corps, ce n’est pourtant point la même chose pour un corps d’être une substance et d’être étendu. La substance, en effet, par elle-même, est indivisible, non à la façon d’un point, mais à la manière de ce qui se trouve en dehors de l’ordre de la dimension. Mais la quantité, qui donne son extension à la substance, en diffère réellement et c’est un véritable accident.

(Cf. S. Thomas, IV Contra Gentiles, c. 65 ; I Sent., dist. 37, q. 2, a. 1, ad. 3 ; II Sent., dist. 30, q. 2, a. 1.) 

 

XI. – Quantitate signata materia principium est individuationis, id est numericae distinctionis (quae in puris spiritibus esse non potest) unius individui ab alio in eadem natura specifica.

La matière désignée par la quantité est le principe de l’individuation, c’est-à-dire de la distinction numérique, impossible chez les esprits purs, d’individus au sein d’une même nature spécifique.

(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles, cc. 92-93 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 50, a. 4 ; L’Être et l’Essence, c. II.) 

 

XII. – Eadem efficitur quantitate ut corpus circumscriptive sit in loco, et in uno tantum loco de quacumque potentia per hunc modum esse possit.

Cette même quantité fait que le corps se trouve d’une façon circonscriptive dans un lieu et qu’il ne peut, de quelque puissance que ce soit, se trouver de cette façon que dans un seul lieu.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, IIIe Partie, q. 75 ; IV Sent., dist. 10, a. 3 ; Quodlib., III.) 

 

XIII. – Corpora dividuntur bifariam : quaedam enim sunt viventia, quaedam expertia vitae. In viventibus, ut in eodem subjecto pars movens et pars mota per se habeantur, forma substantialis, animae nomine designata, requirit organicam dispositionem, seu partes heterogeneas.

Les corps se divisent en deux catégories : les uns sont vivants, les autres n’ont pas la vie. Chez les corps vivants, pour qu’il y ait dans un même sujet, par soi, une partie qui meuve et une partie qui soit mue, la forme substantielle, appelée âme, exige une disposition organique, en d’autres termes, des parties hétérogènes.

(Cf. S. Thomas, I Contra Gentiles, c. 97 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 18, aa. 1-2 ; q. 75, a. 1 ; V Métaphysiques, lect. 14e ; De Anima, passim., et spécialement L. II, c.I.) 

 

XIV. – Vegetalis et sensibilis ordinis animae nequaquam per se subsistunt, nec per se producuntur, sed sunt tantummodo ut principium quo vivens est et vivit, et, cum a materia se tolis dependeant, corrupto composito, eo ipso per accidens corrumpuntur.

Les âmes de l’ordre végétatif et de l’ordre sensible ne subsistent pas par elles-mêmes et ne sont pas produites en elles-mêmes ; elles existent seulement à titre de principe par lequel l’être vivant existe et vit ; et, comme elles dépendent de la matière par tout elles-mêmes, elles se corrompent par accident à la corruption du composé.

(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles, cc. 80, 82 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 75, a. 3, et q. 90, a. 2.) 

 

XV. – Contra, per se subsistit anima humana, quae, cum subjecto sufficienter disposito potest infundi, a Deo creatur, et sua natura incorruptibilis est atque immortalis. 

Par contre, subsiste par elle-même l’âme humaine qui, créée par Dieu quand elle peut être infusée à un sujet suffisamment disposé, est de sa nature incorruptible et immortelle.

(Cf. S. Thomas, II Contra Gentiles, cc. 83 et suiv. ; Somme théologique, Ire Partie, q. 75, a. 2 ; q. 90 ; q. 118 ; Questions disputées, De Anima, a. 14 ; De Potentia, q. 3, a. 2.) 

 

XVI. – Eadem anima rationalis ita unitur corpori, ut sit ejusdem forma substantialis unica, et per ipsam habet homo ut sit homo et animal et vivens et corpus et substantia et ens. Tribuit igitur anima homini omnem gradum perfectionis essentialem ; insuper communicat corpori actum essendi, quo ipsa est. 

Cette âme raisonnable est unie au corps de façon à en être l’unique forme substantielle : c’est à elle que l’homme doit d’être homme, animal, vivant, corps, substance, être. L’âme donne donc à l’homme tous ses degrés essentiels de perfection ; de plus elle communique au corps l’acte d’existence qui la fait exister elle-même.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 76 ; II Contra Gentiles, cc. 56, 68-71 ; De Anima, a. 1 ; Quest. Disp., De Spiritualibus creaturis, a. 3.) 

 

XVII. – Duplicis ordinis facultates, organicae et inorganicae, ex anima humana per naturalem resultantiam emanant : priores, ad quas sensus pertinet, in composito subjectantur, posteriores in anima sola. Est igitur intellectus facultas ab organo intrinsece independens. 

Des facultés de deux ordres, les unes organiques, les autres inorganiques, émanent de l’âme humaine par un résultat naturel ; les premières, auxquelles appartient le sens, ont pour sujet le composé ; les secondes, l’âme seule. L’intelligence est donc une faculté intrinsèquement indépendante de tout organe.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 77-79 ; II Contra Gentiles, c. 72 ; De Spiritualibus creaturis, a. 11 et suiv. ; De Anima, a. 12 et ss.) 

 

XVIII. – Immaterialitatem necessario sequitur intellectualitas, et ita quidem ut secundum gradus elongationis a materia, sint quoque gradus intellectualitatis. Adaequatum intellectionis objectum est communiter ipsum ens ; proprium vero intellectus humani objectum in praesenti statu unionis, quidditatibus abstractis a conditionibus materialibus continetur. 

L’immatérialité entraîne nécessairement l’intellectualité à ce point qu’aux degrés d’éloignement de la matière répondent autant de degrés d’intellectualité. L’objet adéquat de l’intellection est d’une façon générale l’être lui-même ; mais l’objet propre de l’intelligence humaine, dans son état actuel d’union avec le corps, est fait de quiddités abstraites de leurs conditions matérielles.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 14, a. 1 ; q. 84, a. 7 ; q. 89, aa. 1-2 ; II Contra Gentiles, cc. 59, 72.)

 

XIX. – Cognitionem ergo accipimus a rebus sensibilibus. Cum autem sensibile non sit intelligibile in actu, praeter intellectum formaliter intelligentem, admittenda est in anima virtus activa, quae species intelligibiles a phantasmatibus abstrahat.

Nous recevons donc des choses sensibles notre connaissance. Mais comme l’objet sensible n’est pas actuellement intelligible, il faut admettre dans l’âme, en plus de l’intelligence formellement connaissante, une forme active capable d’abstraire des images les espèces intelligibles.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 79, aa. 3-4 ; q. 84, aa. 6-7 ; II Contra Gentiles, c. 76 et suiv. ; De Spiritualibus creatoris, a. 10.) 

 

XX. – Per has species directe universalia cognoscimus ; singularia sensu attingimus, tum etiam intellectu per conversionem ad phantasmata ; ad cognitionem vero spiritualium per analogiam ascendimus.

 Par ces espèces (intellectuelles) nous connaissons directement des objets universels ; les objets singuliers, nous les atteignons par les sens et aussi par l’intelligence grâce à un retour sur les images ; quant à la connaissance des choses spirituelles, nous nous y élevons par analogie.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, questions 85-88.) 

 

XXI. – Intellectum sequitur, non praecedit voluntas, quae necessario appetit id quod sibi praesentatur tanquam bonum ex omni parte explens appetitum, sed inter plura bona, quae judicio mutabili appetenda proponuntur, libere eligit. Sequitur proinde electio judicium practicum ultimum ; at quod sit ultimum, voluntas efficit.

La volonté suit l’intelligence, ne la précède point ; elle se porte d’un mouvement nécessaire vers l’objet qui lui est présenté comme un bien rassasiant de tout point l’appétit, mais entre plusieurs biens qu’un jugement réformable lui propose à rechercher, elle est libre dans son choix. Le choix suit donc le dernier jugement pratique ; mais, qu’il soit le dernier, c’est la volonté qui le fait.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 82-83 ; II Contra Gentiles, cc. 72 et suiv. ; De Veritate, q. 22, a. 5 ; De Malo, q. 11.) 

 

XXII. – Deum esse neque immediata intuitione percipimus, neque a priori demonstramus, sed utique a posteriori, hoc est, per ea quae facta sunt, ducto argumento ab effectibus ad causam : videlicet, a rebus quae moventur et sui motus principium adaequatum esse non possunt, ad primum motorem immobilem : a processu rerum mundanarum e causis inter se subordinatis, ad primam causam incausatam ; a corruptibilibus, quae aequaliter se habent ad esse et non esse, ad ens absolute necessarium ; ab iis quae secundum minoratas perfectiones essendi, vivendi, intelligendi, plus et minus sunt, vivunt, intelligunt, ad eum qui est maxime intelligens, maxime vivens, maxime ens ; denique ab ordine universi ad intellectum sezparatum qui res ordinavit, disposuit et dirigit in finem.

L’existence de Dieu, nous ne la percevons point dans une intuition immédiate, nous ne la démontrons pas a priori, mais bien a posteriori, c’est-à-dire par les créatures, l’argument allant des effets à la cause : savoir, des choses qui sont mues et qui ne peuvent être le principe adéquat de leur mouvement, à un premier moteur immobile ; du fait que les choses de ce monde viennent de causes subordonnées entre elles, à une première cause non causée ; des choses corruptibles qui sont indifférentes à être ou à n’être pas, à un être absolument nécessaire ; des choses qui, selon des perfections amoindries d’être, de vie et d’intelligence, sont, vivent, pensent plus ou moins, à celui qui est souverainement intelligent, souverainement vivant, souverainement être ; enfin, de l’ordre de l’univers, à une intelligence séparée qui a mis en ordre et disposé les choses et les dirige vers leur fin.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, q. 2 ; I Contra Gentiles, cc. 12 et 31 ; III Contra Gentiles, qq. 10 et 11 ; De Veritate, qq. 1 et 10 ; De Potentia, qq. 4 et 7.) 

 

XXIII. – Divina essentia, per hoc quod exercitae actualitati ipsius esse identificatur, seu per hoc quod est ipsum Esse subsistens, in sua veluti metaphysica ratione bene nobis constituta proponitur, et per hoc idem rationem nobis exhibet suae infinitatis in perfectione.

L’essence divine, par là même qu’elle s’identifie avec l’actualité en exercice de son existence, en d’autres termes, qu’elle est l’Être même subsistant, s’offre à nous comme bien constituée pour ainsi dire dans sa raison métaphysique et par là aussi elle nous fournit la raison de son infinité en perfection.

(Cf. S. Thomas, I Sent., dist. 8, q. 1 ; Somme théologique, Ire Partie, q. 4, a. 2 ; q. 13, a. 11.) 

 

XXIV. – Ipsa igitur puritate sui esse, a finitis omnibus rebus secernitur Deus. Inde infertur primo, mumdum nonnisi per creationem a Deo procedere potuisse ; deinde virtutem creativam, qua per se primo attingitur ens in quantum ens, nec miraculose ulli finitae naturae esse communicabilem ; nullum denique creatum agens in esse cujuscumque effectus influere, nisi motione accepta a prima Causa.

 Donc, par la pureté même de son être, Dieu se distingue de toutes les choses finies. De là il s’ensuit d’abord que le monde n’a pu procéder de Dieu que par une création ; ensuite que le pouvoir créateur, qui atteint de sa nature premièrement l’être en tant qu’être, ne peut, pas même par miracle, se communiquer à aucune nature finie ; enfin qu’aucun agent créé ne peut influer sur l’être d’un effet quel qu’il soit, si ce n’est par une motion reçue de la Cause première.

(Cf. S. Thomas, Somme théologique, Ire Partie, qq. 44-45, 105 ; II Contra Gentiles, cc. 6-15 ; III, cc. 66-69 ; IV, c. 44 ; Questions disputées : de Potentia, surtout q. 3, a. 7.)  

 

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