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Sur l’homme tel qu’il existe depuis la Chute

 

L

e chrétien est bien plus moderne qu’il ne se l’imagine, lorsqu’il croit que « l’Etat » est « neutre » parce qu’il ne s’occupe « que » des choses terrestres[1], mais qu’il devrait néanmoins, tout en gardant son indépendance foncière, se laisser conseiller par l’Eglise. C’est la notion apostate de « laïcité positive », qui est une abomination, parce qu’elle revient à admettre le présupposé absolument faux que la laïcité moderne correspond, dans le fond, à l’état de nature. La doctrine politique traditionnelle affirme que Notre-Seigneur Jésus-Christ a remis les clefs du ciel et de la terre à saint Pierre, d’une façon inaliénable ; et que c’est le Souverain Pontife qui délègue le glaive temporel au Roi (et non à un quelconque « élu démocratique »), pour qu’il l’exerce « pour » l’Eglise[2]. L’Etat est serviteur de l’Eglise, comme l’homme est serviteur de Dieu ; il ne jouit d’aucun droit ni d’aucune légitimité intrinsèque ; il reçoit tout d’en haut – non est enim potestas nisi a Deo [3] –, et s’il venait, pour une raison ou une autre, à disparaître[4], l’exercice du glaive temporel reviendrait à l’Eglise, dans la personne de son Vicaire, ou à défaut, de ses Princes, et à personne d’autre. Si la création venait à disparaître, l’ordre absolu n’en serait pas troublé, car tout repose et consiste en Dieu, non accidentellement, mais par principe – structurellement, si l’on peut dire.

 

Parce qu’elle est sciemment apostate, la Modernité engendre des hommes à son image : « aveugles, ignorants, faibles, impuissants, injustes, mauvais, captifs du plaisir et ennemis de la vérité ». Du point de vue cosmologique, ces dispositions sont celles de l’homme devenu l’enfant du démon : l’homme identifié avec son existence. Rappelons que la filiation diabolique est communiquée par la conception et la naissance charnelle ; s’il en était autrement, le baptême ne serait pas une résurrection, un passage de la mort à la vie : translati sumus de morte ad vitam [5].

 

Contrairement à une opinion fausse, de l’homme antélapsaire, dépouillé in abstracto des dons surajoutés, ne subsiste pas qu’un animal crapuleux, sans aucun sens moral, incapable d’aucun bien. Cela reviendrait, nous l’avons dit, à faire de Dieu l’auteur d’un être malicieux, donc imparfait. Mais, contrairement à une autre opinion encore plus fausse, la perfection relative que l’on reconnaît à la créature, abstraction faite des dons surajoutés, n’a rien à voir avec l’état actuel de l’homme. C’est une chose que de distinguer idéalement entre la nature humaine et la grâce divine ; c’en est une autre que de faire de la chute l’actualisation de cette distinction. Certes, la nature et la grâce sont différentes ; mais la grâce a créé une nature qui est capable de la recevoir. Aussi, la chute doit être comprise, non pas comme la restitution de la nature à elle-même, mais l’affaissement de la nature au-dessous de son état normal et de sa raison d’être. L’homme tel qu’il se présente depuis la chute est en état de rébellion contre la grâce. Il ne possède plus l’intégrité de la nature en état d’innocence, c’est-à-dire celui d’une nature déiforme correspondant à la grâce, et déjà surnaturalisée par elle. Dans le Paradis terrestre, l’homme n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, avec les dons surajoutés « en plus » ; il était d’une nature parfaitement ordonnée à la grâce ; aujourd’hui, s’il retrouve la grâce par les sacrements du baptême et de la pénitence, il n’en éprouve pas moins la lutte intérieure qui l’humilie[6], le combat de la chair concupiscente[7] contre l’esprit.

 

Bossuet doit donc être littéralement entendu, lorsqu’il décrit l’homme naturel comme « aveugle, ignorant, faible, impuissant, injuste, mauvais, captif du plaisir et ennemi de la vérité ». Le premier des maux, après le péché mortel[8], est l’identification de l’homme avec son existence. C’est notre quatorzième maxime. L’orgueil de la vie fut l’unique tentation susceptible de séduire un Archange : la contemplation de sa propre perfection, en dehors de sa Source permanente qu’est Je suis. Dire « je suis » sans référence au seul Je suis est, pour l’Ange, le péché irrémissible ; et ce n’est que parce que l’homme fut tenté par le Serpent, une créature, et qu’il ne s’est pas séduit lui-même, qu’il peut encore obtenir miséricorde. Pour éviter le sacrilège, l’unique façon de s’exprimer nous est enseignée par ces mots de saint Paul : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis », Gratia autem Dei sum id, quod sum [9], c’est-à-dire « je vis, non plus moi mais le Christ vit en moi », Vivo autem, jam non ego : vivit vero in me Christus [10]. Devons-nous préciser que seul le saint pourrait les prononcer sans témérité ? Le chrétien doit donc s’abstenir de croire qu’il est quelque chose, et surtout qu’il est « ce qu’il est » (en vérité ce qu’il croit être).

 

Extrait du commentaire du Traité de la concupiscence de Bossuet.



[1] Proposition condamnée par le Syllabus de Pie IX : « L’Eglise doit être séparée de l’Etat, et l’Etat séparé de l’Eglise » (§ 55).

[2] Innocent III, Bulle Unam sanctam, 18 nov. 1302, Denzinger2001, 873.

[3] Romains 13.1.

[4] C’est-à-dire si aucun prince de sang ne réunissait plus les conditions de la légitimité dynastique.

[5] 1 Jean 3.14.

[6] Romains 7.19.

[7] Galates 5.17.

[8] « Le péché mortel, c’est le mal et à vrai dire le seul mal qui existe, puisque tous les autres maux n’en sont que la suite ou le châtiment. » P. Ad. Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Paris : Société S. Jean l’Evangéliste, 1939, § 713.

[9] 1 Corinthiens 15.10.

[10] Galates 2.20.

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